La crise financière a bon dos. Le président français demande un second mandat à ses compatriotes pour pouvoir accomplir les promesses qui n'ont pas été réalisées durant le premier quinquennat, dont le rétablissement du pouvoir d'achat et le plein emploi. Or, il convient de constater qu'après leur sauvetage, les institutions bancaires ont repris le pouvoir et renoué avec les mêmes pratiques, tant décriées, qui y prévalaient avant l'effondrement de Wall Street en 2008. Pourtant, les pays émergents ont pu amortir les secousses et naviguer, tant bien que mal, dans la tempête économique, enregistrant un taux de croissance relativement confortable qui a permis de maintenir sous contrôle le cancer du chômage de même que le pouvoir d'achat. La Chine, où les compagnies d'État détiennent environ 80% des valeurs des marchés boursiers et qui a plus que triplé son Produit intérieur brut (PIB) durant cette dernière décennie, s'est dite même disposée à acheter une partie de la dette européenne.
Après un début de mandat caractérisé par le très controversé slogan « travailler plus pour gagner plus », symbolisé par la défiscalisation des heures supplémentaires mais qui a été jugé « peu efficient » par l'inspection générale, Nicolas Sarkozy lance une autre mesure , tout aussi controversée, « la TVA sociale » – projet visant à mettre un frein à la tendance de la délocalisation mais rebaptisé, selon les sensibilités, « TVA anti-sociale » ou « TVA Sarkozy » bien que le gouvernement avance qu'elle serait quasi indolore pour le porte-monnaie des Français, ce que contestent vivement certains économistes, syndicats et opposition.
En ce début de campagne en tant que candidat, Nicolas Sarkozy annonce aussi son intention de renforcer la démocratie en proposant une dose de proportionnelle aux législatives mais aussi de recourir aux référendums pour « donner la parole au peuple plus souvent » sur des sujets spécifiques. Pourtant, dans toutes les démocraties dignes de ce nom, pour un laps de temps défini – 4 ou 5 ans selon les cas –, les citoyens accordent, en leur âme et conscience, une confiance totale et toute latitude voulue à leurs représentants qu'ils considèrent aptes et crédibles à prendre en leurs noms les décisions qu'ils jugent convenables et à trancher même les cas les plus controversables et ce dans le but de sauvegarder leur intérêt et celui du pays. Mais quand, au cours d'une mandature, les dirigeants élus reviennent vers le peuple pour le faire endosser la responsabilité des décisions de haute sensibilité, de sérieuses interrogations émergent non seulement quant à la compétence des décideurs politiques concernés mais aussi quant au fonctionnement même des principes de base de la démocratie. Car, très souvent, le résultat d'un référendum ne reflète guère la perception et le sentiment populaire sur une problématique donnée dont l'essence, la nature et la portée sociale, économique ou politique pourraient échapper à la connaissance et la compréhension d'un certain segment, parfois même majoritaire, de l'électorat mais sur la popularité des dirigeants en place.
C'est effectivement ce qui s'est passé en France en mai 2005 lorsque la nouvelle Constitution européenne était soumise devant le peuple pour approbation. Or, est-ce que les 42 millions d'électeurs avaient d'abord parcouru ce volumineux document très technique avant de se prononcer ? Selon toute vraisemblance, la grande majorité des Français avaient plutôt saisi la perche tendue pour régler leur compte avec l'administration du président Chirac, en nette perte de vitesse au sein de la population, en rejetant le traité. Éventuellement, Nicolas Sarkozy n'a fait qu'utiliser les prérogatives que ses compatriotes lui avaient conférées lors de la présidentielle de mai 2007 pour obtenir, en toute légitimité, l'approbation du projet quelques mois plus tard par les représentants du peuple à l'Assemblée nationale.
Il va sans dire qu'un pouvoir sain et crédible ne peut être engendré par un système de démocratie vicié à la racine. Cependant quand les Britanniques rejettent massivement – par 69% de voix contre 31% – par voie de référendum le mode de scrutin alternatif préconisant une plus grande représentation populaire pour le maintien du dispositif majoritaire de First Past The Post (FPTP), c'est un sentiment de défiance qui est exprimé à l'égard du gouvernement, particulièrement, du leader du LibDem, commanditaire du scrutin, pour sa participation dans une coalition responsable des mesures d'austérité draconiennes.
Chez nous, après la promesse faite par l'Alliance sociale en 2005 pour l'organisation d'un référendum sur la réforme électorale, « l'Alliance de l'avenir » opte maintenant pour « une large consultation populaire » en vue « d'instaurer une deuxième République mauricienne ». Mais au-delà de l'appellation – référendum ou consultation populaire –, un tel exercice risque d'acquérir d'abord et surtout une connotation plutôt communale comme c'est le cas pour le débat actuel sur l'abolition ou non du BLS. Ou même quand la question de l'indépendance de notre pays était en jeu lors des législatives d'août 1967 qui avaient suscité la division du pays en deux blocs – 56% et 44% représentant la communauté majoritaire et les minorités respectivement.
Le référendum ne peut constituer un sujet de campagne pour appâter l'électorat. Loin de là. En revanche, un bilan médiocre sur le pouvoir d'achat et l'emploi – deux thèmes cruciaux d'un projet de société – , est prémonitoire d'une déroute annoncée. Car, il y a des signes qui ne trompent pas.