Il n’aime pas que l’Assemblée nationale siège lorsqu’il n’est pas au pays. C’est Pravind Jugnauth, lui-même, qui a fait cet aveu alors qu’il était interrogé sur la décision d’ajourner les travaux parlementaires au vendredi 14 février prochain. Une petite réunion le vendredi 7, jour de son départ pour le Sommet de l’Union africaine, n’aurait pas été la fin du monde. Elle aurait permis à Arvin Boolell de poser sa deuxième Private Notice Question et la poursuite des débats sur le discours-programme.

Son explication peut aussi être interprétée comme un manque de confiance dans son frontbench, composé du Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo et de la vice-Première ministre, Leela Devi Dookun-Luchoomun, pourtant tous des parlementaires avec une certaine expérience.

A moins qu’il ne craigne le comportement de son armée de néophytes et que, sur la base de la prestation de certains d’entre eux, lundi dernier lors du démarrage des débats sur le discours-programme, il ait des raisons d’anticiper dérapages et sources d’embarras pour son gouvernement. Et là, il n’aurait pas tout à fait tort, parce que, pour ce que l’on a vu lundi, il y a de vraies raisons de ne pas lâcher les ministres néophytes dans l’arène de l’hémicycle.

Les autres arguments mis en avant pour repousser les séances du Parlement et éviter la tenue de celle du mardi qui comportent le volet obligé du Question Time est que l’Assemblée nationale ne siège généralement pas pendant les mois de janvier et de février. Oui, c’est absolument vrai. La reprise des travaux en début d’année se faisant toujours après les fêtes de l’Indépendance et de la République du 12 mars. Or, il y a aussi, cette année, le fait que le Parlement n’a pratiquement pas siégé durant les mois de novembre et de décembre, alors qu’en période normale, on enregistre de six à huit séances dans les deux derniers mois de l’année. Cela aussi doit être mis dans la balance lorsqu’il s’agit d’aller chercher des justificatifs à ce calendrier parlementaire qui est devenu tributaire de l’agenda et des caprices du Prince.

Puisqu’on en est au Prince, il était la grande vedette lundi à l’Assemblée nationale. Tous ceux qui, des rangs de la majorité, sont intervenus se sont sentis obligés de se montrer dithyrambiques à l’endroit de Pravind Jugnauth. La compétition était en fait rude pour obtenir le titre du meilleur cireur de pompes. Anjive Ramdhany, le médecin formé en Ukraine, qui a pris pour référence Vladimir Poutine en matière d’intelligence artificielle, a même été jusqu’à anoblir le Premier ministre en s’adressant à lui en tant que « the right honorable Prime Minister ». Or, le « right » n’est d’usage que pour ceux qui ont reçu des titres honorifiques de la Grande-Bretagne, comme celui de Sir conféré à SAJ et à d’autres personnalités avant 1992, année du passage au statut de république. A vouloir trop en faire, il a manqué un peu d’intelligence réelle à ceux qui ont pris le prétexte du discours-programme pour continuer leurs excès langagiers d’avant le 7 novembre 2019. A écouter certains orateurs de la majorité, on se serait cru en campagne prolongée.

Quant au député de Rivière-des-Anguilles/Souillac, le dentiste Ismaël Rawoo, dont on ne sait pas s’il a reçu sa formation au Jamel Comedy Club, il est parti pour une carrière parlementaire aussi remarquée que celle d’un certain Ravi Rutnah. En évoquant « l’éclatement du Parti travailliste », le PPS, aussi connu comme IR 13, a eu ceci à dire : «L’hémorragie rouge au Parti travailliste, le coronavirus est implémenté dans une partie en mode de quarantaine ». Une traduction en mode lisible et intelligible serait la bienvenue. Et même urgente.

Il vaut mieux ne pas s’attarder sur la prestation de TD 18 parce qu’on a vraiment peine à croire que cette dame était jusqu’à tout récemment une Lecturer. Tania Diolle que les radios s’arrachaient il y a quelques années parce qu’elle était l’incarnation même de la « fraîcheur » est passée à côté de son sujet en voulant trop faire. Il faut dire que Jack Bizlall ne s’était pas trompé, lorsqu’il avait vu dans la protégée d’Alan Ganoo l’expression même de l’opportuniste. C’était lors de la campagne pour la partielle du No 18 tenue en décembre 2017.

Heureusement qu’à côté des allocutions de caisse de savon, il y a aussi eu des interventions de très bonne facture des deux côtés de la chambre. Et s’il y avait un vote populaire pour désigner les deux intervenants qui sont sortis du lot, il n’y a aucun doute que ce sont Kalpana Devi Koonjoo-Shah et Mahend Gungapersad qui remporteraient facilement la palme. Ils ont su faire preuve d’élégance tout en étalant leur talent oratoire.

La ministre de Droits de la Femme et de l’Egalité des Genres a, certes, eu des passages convenus, mais elle a surtout marqué les esprits par sa maîtrise de l’anglais, sa détermination à faire avancer les dossiers dont elle a la charge et les bons mots qu’elle a eus pour Paul Bérenger, un opposant qui fut longtemps un compagnon d’armes de son père au MMM.

Mahend Gungapersad, le député travailliste de Grand-Baie/Poudre d’Or, a aussi impressionné par son aisance, son parler facile, son art maîtrisé de la réplique et sa connaissance poussée du secteur éducatif. C’est d’ailleurs lorsqu’il était le recteur du Rabindranath Tagore Secondary School d’Ilot que l’établissement enregistrait ses deux premiers lauréats en 2011. Une tradition qui perdure pour un collège qui n’existe que depuis 2003.

Il n’y a plus qu’à souhaiter que ceux qui ont failli fassent mentir l’adage selon lequel « You don’t have a second chance to make a first impression » et que ceux qui ont passé la rampe maintiennent le cap.