CARTE BIOMÉTRIQUE : Mother India face au poids de la presse

Le télescopage de deux événements (le jugement de la Cour suprême indienne relatif à la carte biométrique et les tensions presse mauricienne/Premier ministre) fournit de précieux renseignements au citoyen quant au rôle des médias dans une démocratie pour peu qu’il s’y intéresse.
En effet, d’une part nous apprenons avec consternation que de nombreux représentants de la profession journalistique, pas tous heureusement, ne souhaitaient pas que la réunion Presse/PM du vendredi 25 août soit rapportée dans les détails. Ceux-là mêmes, qui réclament à cor et à cri une Freedom of Information Act, seraient-ils ainsi les chauds partisans de cette exécrable dérive qu’ils sont censés combattre inlassablement: la rétention d’information pour quelques privilégiés, cette censure honnie qui ne s’avoue pas? Occultant l’essence même d’un métier au cœur du dispositif démocratique: le droit du citoyen de savoir. La Media Trust, après sa louable et courageuse sortie contre le Premier ministre suite à l’accusation de ce dernier contre certains médias ‘en contact avec la mafia de la drogue’, a du pain sur la planche en sus d’avoir à gérer la nomination discutable, dit-on, de son nouveau président.
D’autre part, la presse s’est concurremment fait l’écho, tout en s’en réjouissant, à juste titre d’ailleurs, d’un jugement historique de la Cour suprême de Mother India – celle qui légitimement nous inspire dans de nombreux domaines – réitérant le droit constitutionnel du citoyen à la vie privée dans le sillage de la contestation de la carte biométrique. Dressant un parallèle avec notre République, cette presse raille AUJOURD’HUI les pressions exercées par un gouvernement reniant ses engagements et surfant sur la peur pour traîner le citoyen aux bureaux de conversion. Cette presse s’interroge AUJOURD’HUI à propos de la destruction réelle et effective de la base de données. Celle qui annihile l’objectif de la carte, car rendant caduque la mécanique anti-usurpation d’identité. Oui, ici aussi, le droit du citoyen de savoir aurait dû s’appliquer, mais il semble avoir été ostracisé en la circonstance. Il est en effet infiniment regrettable que ces informations ne furent pas révélées en amont. Un devoir de la presse pour s’assurer que le citoyen prenne des décisions en connaissance de cause. Tout au contraire, dans un passé pas très lointain, cette presse invitait sarcastiquement les contestataires de la carte biométrique à réclamer le statut de réfugiés politiques et à s’exiler tout en offrant au contentieux une couverture médiatique qui ne correspondait pas à l’idée que tout observateur qui se veut juste se fait de l’impartialité. Le poids des mots et le choc des images auront décuplé la difficulté des opposants.
Cela étant, le verdict de New Delhi semble en fait rejoindre celui de la Cour suprême de Maurice, confirmé par le Conseil privé de la Reine, et qui affirmait que la prise d’empreintes sans le consentement du citoyen constituait incontestablement une violation de la section 9 (i) de notre Constitution: « The coercive taking of fingerprints clashes with the above section and represents an interference with the integrity and privacy of the citizen. » Mais notre Cour suprême choisira toutefois de donner la préséance à la section 9 (2) de notre constitution, autorisant une dérogation «...in the interest of public order… »
Citoyen lambda, nous ignorons si la constitution de la plus grande démocratie du monde contient des dispositions similaires et sur lesquelles sa cour suprême était susceptible de buter, mais à première vue cette dernière semble avoir sacralisé le “privacy of the citizen”. Nous ignorons également si les neuf juges possédaient déjà leurs cartes biométriques avant le prononcé du jugement.