CARTE D’IDENTITÉ NATIONALE : Le gouvernement campe sur sa position

Le Collectif du 17 mars demande le soutien de la population
  • Rs 25 000 d’amende contre Rs 100 000 dans le passé et deux ans de prison au lieu de cinq ans pour les contrevenants

La nouvelle carte d’identité biométrique est désormais la seule et unique pièce d’identification à Maurice. Le Finance (Miscellaneous) Bill sera voté mardi à l’Assemblée nationale pour la mettre en application. Une série de modifications sera apportée concernant l’utilisation de la carte. Des lecteurs de cartes seront bientôt installés dans les secteurs privé et public pour la lecture des données des personnes. Ces démarches sont vivement contestées par des opposants qui ont déjà commencé à recueillir des signatures à leur pétition contenant 11 points. Les deux centres de conversion et d’enregistrement continuent leurs opérations normalement. Plus de 400 cartes sont livrées quotidiennement.
Le Finance Bill entraînera une série de changements sur l’utilisation de la carte. Désormais, des lecteurs de cartes et des cartes Secure Access Module (SAM) ou Module d’accès sécurisés seront utilisés pour l’identification. Ces appareils seront installés dans les banques, les hôpitaux et autres institutions. Les informations qui seront lues à travers ces appareils sont les noms, le numéro de la carte, le sexe, la date de naissance et, dans des cas extrêmes, les empreintes digitales.
Parmi les amendements qui sont apportés, les « minutiae» tout comme les empreintes digitales seront obligatoires. Ces données stockées seront ensuite effacées après la l’utilisation de la carte, soit après sept jours. Les cartes SAM seront aussi utilisées pour l’identification des empreintes digitales ou des « minutiae ». Toutefois, les nouveaux changements précisent que ces données ne doivent pas être stockées ni copiées. S’agissant de l’amende et du temps d’incarcération pour ceux qui ne convertissent pas leur ancienne carte laminée, elle est de Rs 25 000 contre Rs 100 000 dans le passé et de deux ans de prison au lieu de cinq ans.
Le ministre des TIC, Yogida Sawmynaden, soutient que la loi n’autorise pas le stockage des données biométriques et des empreintes digitales dans le Civil Identity Register. Désormais, pour pouvoir lire les données sur la carte de la personne, des lecteurs de cartes seront installés. En cas d’usurpation d’identité, les cartes SAM seront utilisées pour recueillir les empreintes digitales de la personne. Il rassure qu’une application sera nécessaire pour que les empreintes puissent être lues.
« C’est une carte smart qui nous permettra d’économiser plus de temps. Toutes les informations qui sont contenues dans la carte sont sécurisées et ne présentent pas de risque d’usurpation », explique un préposé du Mauritius National Identity Card. Il ajoute qu’aucune carte n’a pu être usurpée depuis 2013, soit l’année où les Mauriciens étaient appelés à changer leur carte laminée. Il regrette que les contestataires refusent cette carte alors que le passeport contient des données qui sont lues à travers une machine.
Le Collectif du 17 mars lutte contre l’entrée en vigueur de la carte d’identité biométrique. Animant une conférence de presse, mardi matin, au centre social Marie, Reine de la Paix, le porte-parole du collectif s’attend à ce que la population se rallie avec eux. « Nous mettons en garde la population sur les dérives qui puissent se produire avec les données biométriques. Nous voulons que le citoyen ait le choix de ne pas donner ses empreintes», dit Jeff Lingaya, porte-parole du collectif. Les amendements apportés à la NIC Act à travers le Finance Bill font encore plus craindre le collectif. Il exprime aussi ses inquiétudes sur le «hackability » des cartes SAM. Pour lui, la carte d’identité n’est pas la propriété du Mauricien, mais plutôt du gouvernement qui décide de son plein gré du contenu de la carte.
Leur « pétition circonscription» envoyée dans les 21 circonscriptions de l’île a recueilli environ 700 signatures. Un nombre très faible pour le porte-parole qui s’attend toujours à ce que le chiffre augmente à travers les campagnes. Une « pétition nationale » a aussi été envoyée au Premier ministre, Pravind Jugnauth, et à l’Attorney General, Rai Yerrigadoo. L’ancienne députée Jocelyne Minerve qui s’est jointe au collectif ne cache pas sa colère face aux changements qui seront apportés au Finance Bill. Elle craint que le DPA ne protège plus les données biométriques de la personne.
 Selon des statistiques obtenues auprès de l’état civil, le nombre de Mauriciens détenteurs de la nouvelle carte biométrique s’élève à 1,014, 036 à ce jour. Les chiffres révèlent qu’ils sont 8 886 personnes qui n’ont pas fait le déplacement pour prendre possession de leur carte. A jeudi soir, un total de 145 personnes s’était rendu dans les deux centres de Port-Louis pour un exercice de conversion de l’ancienne carte d’identité. Et une à Rodrigues.