CAUTION CONTESTÉE À SANDIP MOONEA: Sévères remontrances du juge Caunhye

En Cour suprême vendredi, le juge déclare à l'avocat du suspect: "Should we do like the magistrate and brush all this under the carpet?"

Le juge Asraf Caunhye, siégeant en Cour suprême aux côtés de son collègue Gérard Angoh, a effectué de sévères critiques envers la magistrate Sheila Bonomally, qui avait écouté la Bail Motion du suspect Sandip Moonea en marge de l'affaire Michaela McAreavey (NDLR: voir texte plus loin). Jeudi et vendredi, les juges Caunhye et Angoh ont écouté les points avancés par Mes Nataraj Mooneesamy, représentant le State Law Office (SLO) et Navin Bhoyrul, qui défend les intérêts de Sandip Moonea. Pour rappel, la magistrate Bonomally avait accordé la liberté conditionnelle au suspect, sous la forme de deux cautions de Rs 200 000 et une Recognizance de Rs 1 million. Cependant, Moonea était demeuré emprisonné puisque le SLO avait fait appel contre la décision de la magistrate. D'où les débats en Cour suprême.

Jeudi et vendredi, les juges de la Cour Suprême ont passé en revue tout ce qui s'est passé durant la Bail Motion de Sandip Moonea au mois de mars dernier et ont aussi pris officiellement connaissance du fait que les travaux de l'enquête préliminaire dans l'affaire Michaela McAreavey sont presque arrivés à leur terme. En examinant les différents Grounds of Objections mis en avant par le Parquet devant la cour de Mapou, notamment la possibilité que Sandip Moonea quitte le pays s'il était remis en liberté, les juges ont appris — se basant sur le témoignage du chef-inspecteur Luciano Gérard  — que Moonea avait séjourné illégalement pendant six ans en Angleterre, tandis que la police avait retrouvé une fausse carte d'identité française chez lui peu après son arrestation. Ce qui n'a pas manqué d'interpeller le juge Caunhye.

S'adressant à Me Navin Bhoyrul, le juge Caunhye a eu ceci à dire: "The magistrate cast this aside and did not seem to have taken that into account. The magistrate did not go too deep into that risk of absconding and interfering with witnesses. Pourtant, Maurice est connue pour ne pas avoir d'immigrants illégaux (...) Maurice est aussi connue pour avoir des citoyens qui respectent la loi. C'est pourquoi la Grande-Bretagne et l'Union Européenne ne requièrent plus de visas de notre part." Se basant sur le Ruling de la magistrate Bonomally pour accorder la caution à Sandip Moonea, dans lequel il est mentionné qu'il n'avait pu se rendre en France avec sa fausse carte d'identité nationale, le juge Caunhye n'a pas manqué de formuler quelques critiques lapidaires en direction de la magistrate Bonomally.

"There is no evidence on that issue. Did he try to go to France within the six years or after he overstayed in England? The magistrate is nearly surmising. Where does she consider that? Where is the evidence? He has not been able to live in France as if he tried", a-t-il déclaré. S'adressant toujours à Me Bhoyrul, le juge Caunhye a lancé un certain nombre de questions qui sont restées sans réponse. "Qu'avez-vous à dire à propos de tout ceci? Ce suspect est-il honnête et digne de confiance? Ne voyez-vous rien de sinistre avec quelqu'un qui possède une fausse carte d'identité et qui a séjourné illégalement à l'étranger pendant six ans? Serait-ce une personne digne d'être libérée sous caution? Feriez-vous confiance à une telle personne et lui laisseriez-vous vos clés chez vous?", a entre autres, demandé le juge Caunhye.
Elaborant sur ce point précis, le juge s'est demandé si toute cette affaire ne démontrait pas quelle genre de personne le suspect Moonea est, mais que la Cour Suprême ne comptait pas faire abstraction de tous ces points. "Absconding means leaving the country. What would be the purpose of having  a fake French national ID card? For the purpose of playing Monopoly it serves no purpose. Should we do like the magistrate and brush all this under the carpet? (...) To stay for six years in a country where the criminal justice system is developed must be a feat! If it had been in the Sahara desert, it would have been different. You have to be resourceful to evade and avoid any form of detection in a developed policing system. We are just looking at the plain facts. How do you stay illegally in this country for six years?"
Répondant au juge Caunhye, Me Bhoyrul a souligné que la magistrate avait pris tous ces points en considération avant d'accorder la caution à son client. Il a aussi fait ressortir que Sandip Moonea faisait l'objet d'une Prohibition order, qui l'empêcherait également de quitter le pays tant qu'il est un accusé dans l'affaire Michaela McAreavey.
Autre point sur lequel le juge Caunhye s'est appesanti; le témoignage du chef-inspecteur Gérard en cour de Mapou portant sur des menaces qu'un témoin (NDLR: Raj Theekoy) aurait reçu de Sandip Moonea. Me Mooneesawmy, représentant le Parquet, a insisté sur le fait que ce point précis n'a pas non plus été retenu par la magistrate Bonomally.
Les juges Caunhye et Angoh ont réservé leur jugement dans cette affaire.