Fermons les yeux un instant et essayons d’imaginer la Première Guerre mondiale alors que les soldats partaient en guerre, laissant derrière eux femmes et enfants. Tel est exercice qu’ont fait les élèves de l’École du Centre-Collège Pierre Poivre, du Lycée Labourdonnais et du Lycée des Mascareignes lundi lors du « Jour du Souvenir » au Lycée des Mascareignes. Coquelicots et bleuets, qui fleurissaient la salle, n’ont certes pas exhalé l’odeur de la poudre à canon, mais de leurs pétales fanés émanait un devoir de mémoire, d’autant qu’entre 1914 et 1918, de nombreux Mauriciens faisaient partie des forces alliées…
C’est en 2014 que l’École du Centre-Collège Pierre Poivre et le Lycée Labourdonnais ont mis en avant le projet « L’île Maurice et la Grande Guerre ». En regroupant tous les documents liés à la guerre, des lettres de soldats aux souvenirs de famille, ils sont ainsi parvenus à ériger une grande fresque rendant hommage à ces vaillants combattants, dont 2 231 Mauriciens, engagés dans la Première Guerre mondiale. Et c’est à partir des voix d’enfants – comme Ophélia Geneviève, Vincent Ithier et Orphée Teyseddre, tous âgés de 12 ans, du Lycée Labourdonnais – que le projet a permis de susciter davantage d’intérêt.  
Pour Orphée Teyseddre, apprendre que des soldats mauriciens ont traversé l’océan pour se battre sur une terre inconnue rien que par patriotisme il y a une centaine d’années de cela est lourd de sens. « Quand on nous a appris que c’est cette tempête de violences et de morts qui a généré la Première Guerre mondiale, je me suis sentie interpellée devant tant de souffrances. Surtout qu’ils ont laissé leurs bébés derrière eux de même que leurs épouses. » Idem pour Ophélia Geneviève, qui dit avoir découvert, à travers la guerre, une page d’histoire qu’elle ne connaissait pas. Et d’ajouter qu’ensemble, avec les élèves de l’École du Centre, ils ont travaillé sur « Le mur de la mémoire », où sont regroupés plusieurs combattants. Orphée dit même avoir découvert un certain capitaine Hippolyte, qui faisait partie de la kyrielle de soldats de l’époque. Quant à Vincent Ithier, il a trouvé un vieux proverbe des bords du Rhin intéressant : « Ce proverbe nous enseigne qu’un homme meurt deux fois. Le jour où il cesse de vivre et le jour où l’on cesse de parler de lui. C’est pour cela qu’on a réalisé cette grande fresque murale : pour que la mémoire des soldats morts sur le front de guerre puisse perdurer. »
Fort sentiment de patriotisme
Du côté de l’École du Centre-Collège Pierre Poivre, Jessica Ng Yee Cheong, Ayesha Serally, Leah Coorjee et Melven Parmanum, tous âgés de 14 ans, se sont également sentis concernés par cette « Cérémonie du Souvenir » du 13 novembre. « On a créé un  monument du centenaire, précisément pour rendre hommage aux 2 231 Mauriciens engagés dans la Première Guerre mondiale. C’est important que la jeune génération, dont on fait partie, connaisse cette partie effroyable de la guerre. On s’est documenté et  on a créé un cénotaphe avec les noms de ces soldats disparus et des lettres qu’ils ont écrites. Et on a fabriqué des pendentifs pour se souvenir d’eux », laisse entendre Jessica Ng. Notre jeune interlocutrice raconte que le bleuet rend hommage aux jeunes recrues de l’armée, que les poilus (surnom donné aux soldats français de la Première Guerre mondiale qui étaient dans les tranchées, Ndlr) avaient affublées du même nom en raison de la couleur bleu horizon de leur uniforme. Elle nous apprend qu’à l’époque, deux infirmières, en l’occurrence Charlotte Malleterre et Suzane Lenhardt –, touchées par la souffrance des blessés graves, avaient mis en place un atelier où on fabriquait des bleuets pour redonner une place active  dans la société aux soldats. « Cette fleur est aussi symbolique que le coquelicot car ces deux couleurs, bleue et rouge, rappellent qu’elles contrastaient avec celle de la boue des tranchées. »
Pour Leah Coorjee, l’initiative lui a permis de s’exprimer sur un sujet brûlant : « Lors de nos recherches, on a découvert des lettres que ces soldats écrivaient à leur famille. Moi, j’ai été touché par l’histoire d’un soldat du nom de Georges Tostée. On a pu, à travers ce travail pédagogique, mémorial et historique partir du souvenir familial d’un soldat à un autre en recréant autour de tous une mémoire nationale, voire mondiale, car l’Histoire aura toujours une pensée pour ces soldats morts sur le front de bataille. » Melven Parmanum, lui, se dit ravi d’avoir pu s’exprimer devant une audience. « Il faut aussi avoir la force des mots pour toucher et sensibiliser les gens. Notre regard d’adolescent porté sur un sujet historique nous a permis de grandir en générant chez chaque étudiant un fort sentiment de patriotisme. Chaque année, en commémorant tous les soldats mauriciens et étrangers morts entre 1914 et 1918, cela nous pousse à avoir une pensée pour ces personnes qui sont mortes pour une cause. D’autres écoles devraient aussi suivre nos pas. »
Du côté du Lycée des Mascareignes, le prof d’anglais, Azagen Vencatapillay, parle d’un projet conjoint avec l’École du Centre. « Cela a permis de démontrer les horreurs de la guerre et les séquelles engendrées auprès des familles. Mityana Vaccaro, 16 ans, a écrit une chanson de circonstance, “Petals of War”, pour bien restituer ces moments d’attente entre un soldat parti à l’armée qui écrit à sa femme. Lui a été un héros de guerre et sa femme, une héroïne au foyer. Le coquelicot symbolise l’espoir. » Chloé Joseph, 16 ans, trouve pour sa part vitale l’initiative d’ériger un monument du centenaire pour garder en mémoire un passé qui, à chaque mois de novembre, est recomposé. Pour Mityana Vaccaro, 16 ans également et auteur de la chanson Petal of Wars, les femmes des soldats qui sont restées à attendre leur mari ont aussi contribué à apporter une révolution à leur manière. « Elles ont dû faire bouillir la marmite, s’occuper de la maison, des enfants… Et, surtout, accomplir des métiers d’homme. C’est une occasion pour nous, à cette date de commémoration, de mettre en valeur les acquis de cet enseignement. »