Gary Oldman holds his Best Actor Oscar for Darkest Hour, in Hollywood, US, on March 4, 2018. Photo: Reuters

« La Forme de l’eau » a triomphé lors d’Oscars marqués par les appels à l’inclusion. Les autres grands gagnants sont notamment Gary Oldman, Sam Rockwell et Frances McDormand.

La Forme de l’eau du Mexicain Guillermo del Toro a été sacré Oscar du meilleur film dimanche, remportant au total 4 prix lors d’une cérémonie marquée de vibrants appels contre les discriminations sexuelles et raciales. Autre grand gagnant, 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance, est reparti avec les statuettes de meilleur second rôle masculin pour Sam Rockwell et meilleure actrice Frances McDormand, qui interprète une mère en colère face à l’enquête non élucidée sur le meurtre de sa fille.

La Forme de l’eau, romance fantastique sur une muette travaillant dans un laboratoire gouvernemental secret qui tombe amoureuse d’une créature reptilienne captive, partait forte de 13 nominations et a valu au compositeur français Alexandre Desplat son 2ème Oscar. « J’ai grandi au Mexique, je pensais que ça ne m’arriverait jamais », a déclaré del Toro, 53 ans, également lauréat du titre de meilleur réalisateur, sur la scène du Dolby Theatre.

Espérant que ses films génèrent « l’empathie envers les autres », il a appelé les jeunes cinéastes qui veulent « utiliser le genre fantastique pour raconter ce qui se passe dans le monde aujourd’hui à mettre un grand coup de pied dans la porte ». Belle soirée pour le Mexique : Coco, de Pixar, un hommage à la Fête des morts, a remporté les Oscars du meilleur film d’animation et de la meilleure chanson. C’est la 6ème victoire d’affilée pour le groupe Disney.

« Des histoires à raconter »

Chez les comédiens, Allison Janney a reçu le prix du meilleur second rôle féminin pour avoir joué la mère abusive de la patineuse Tonya Harding dans Moi, Tonya, et l’anglais Gary Oldman celui du meilleur acteur pour son interprétation fiévreuse de Winston Churchill dans Les heures sombres. Lors d’un des moments les plus forts de la nuit, Frances McDormand a appelé toutes les artistes féminines dans la salle, actrices, compositrices, productrices, scénaristes, réalisatrices, à se lever.

« Nous avons des histoires à raconter et des projets qui ont besoin de financement », a insisté la comédienne de 60 ans, oscarisée pour la seconde fois. Dans son discours introductif, le présentateur Jimmy Kimmel a ironisé sur la statue de l’Oscar, « qui garde ses mains là où on peut les voir, il ne dit rien d’insultant et n’a pas de pénis, (…), on a besoin de plus d’hommes comme ça » à Hollywood. Il a ajouté que le cinéma doit « montrer l’exemple » en matière de harcèlement et d’égalité entre hommes et femmes au travail.

Ces Oscars étaient les premiers depuis les révélations sur Harvey Weinstein, le producteur déchu accusé d’avoir harcelé ou agressé sexuellement une centaine de femmes dont des stars comme Gwyneth Paltrow et Salma Hayek. Aux côtés d’Ashley Judd, l’une des premières à avoir parlé publiquement contre Weinstein, et d’Annabella Sciorra qui accuse le producteur de l’avoir brutalement violée, Salma Hayek a présenté une vidéo contre les discriminations à l’encontre des femmes, des minorités sexuelles et ethniques. « Nos voix se sont finalement élevées et jointes dans un choeur puissant pour dire “c’est terminé” », a déclaré Judd, émue. La cérémonie a été marquée de messages contre la politique anti-immigration du président américain Donald Trump. « Nous devons continuer à effacer les murs plutôt qu’à les rendre plus profonds », a ainsi enjoint Guillermo del Toro.