Nous avons eu une lueur d'espoir tout récemment : la Réforme électorale a mobilisé la scène publique, à croire que son appropriation en termes de réflexions et débats au départ a suscité intérêt pour ensuite finir par lasser.
Entre autres raisons de cette désaffection par rapport à un enjeu national crucial, c'est que, malgré la superficielle impression que la vie mauricienne continue comme avant, que, crise ou pas crise, les Mauriciens « s'en moquent », la réalité, implacable, est là avec son lot de préoccupations et d'anxiétés réelles, loin du jeu de séduction, d'alliance et de contre alliance des politiques sous le « bluff » d'une recherche de plus grande démocratie.
Qui s'intéresse au chômage des jeunes ?
Et pourtant, il y va de l'avenir de notre société, de sa production de biens, de bien-être comme de sa reproduction.
Au-delà des discours et de la démagogie autour de l'enjeu de l'éducation et l'accès au tertiaire, arrêtons-nous un instant sur quelques chiffres très révélateurs.
Quelques données sur le chômage des jeunes en 2011
– Au deuxième trimestre de 2011, 35% du nombre total des chômeurs avaient moins de 25 ans (entre 16 et 24 ans), soit 16,000. Parmi ces derniers, six mille jeunes, soit 37% avaient moins de 20 ans.
– Le taux de chômage dans cette tranche d'âge est trois fois plus élevé que le taux total pour le pays dans son ensemble.
– 43% de ces jeunes chômeurs n'ont pas de School Certificate.
– 7600 jeunes, soit 47 % sont à la recherche d'un premier emploi. Ce qui veut dire que 53% des chômeurs de moins de 25 ans sont à la recherche d'un deuxième, troisième ou énième emploi. C'est un indicateur significatif à la fois de la volatilité des emplois et de la précarité de certains groupes de jeunes sans qualification sur le marché du travail à Maurice.
– Les jeunes filles sont frappées davantage par le chômage que les garçons (25% contre 18%).
Chômage des jeunes et exclusion scolaire
Si la corrélation entre les deux est constante dans presque tous les pays et si certains cyniques, au vu des chiffres en termes absolus pourraient être tentés de les considérer comme quantité négligeable, plaçons-les dans une perspective de génération. Ceux, « égarés » sur le marché du travail en 2011 se trouvent parmi la génération des 33-34 % de ceux qui ont échoué au CPE, les 24-25 % de ceux qui ont échoué au SC et les 22-23 % de ceux ayant échoué au HSC.
Le marché du travail, on le sait, se réorganise du fait des transformations dans les processus de production du capital et des profits, de la crise mondiale et des variables structurelles spécifiques à chaque pays. A Maurice, malgré l'introduction des ZEP, des « pre-vocational schools », c'est plus d'un tiers d'une génération de jeunes qui se trouve piégée à l'entrée de la vie active. Trop inexpérimentés, trop peu scolarisés, sans aucune compétence réelle, ils sont « éjectés » de facto lors des entretiens d'embauche. Ils passent par des périodes alternées de recherche de « p'ti job », travail à durée courte, inactivité, chômage…. Se fixer devient un rêve impossible. La stabilité professionnelle autour des 30 ans comme repère associé au statut matrimonial et la fondation d'une famille n'existe plus. On est jeune précaire et l'entrée dans la vie active quand elle se fait, se passe dans la sphère de la précarité. Le risque est dans sa pérennisation et la fragilisation des trajectoires à la fois professionnelles et extra-professionnelles.
Les repères actuels dans le devenir adulte sont brouillés. Les passages comme l'entrée dans la vie active, la mise en couple, l'acquisition du statut matrimonial en séquences assez clairement définies et traditionnellement respectées ne sont plus d'actualité. Aux parents de « comprendre » et de faire avec cette instabilité grandissante des jeunes, incapables de se fixer et de mener une vie économique indépendante. Dure, la vie quand on recueille un (e) jeune, déjà père ou mère, démuni (e) et rebelle contre ses conditions de vie. Et quand on est soi-même obligé (e) de tirer le diable par la queue.
Allez, parlez-nous de Réforme.