Toute la République de Maurice retient actuellement son souffle alors que la Cour internationale de justice s’apprête à entendre du 3 au 6 septembre les arguments sur les effets juridiques de la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice en 1965.

Les 15 juges qui y siégeront seront appelés, après avoir entendu toutes les parties concernées, à donner un avis consultatif sur les questions suivantes : (a) le processus de décolonisation a-t-il été mené à bien lorsque Maurice a obtenu son indépendance en 1968, à la suite de la séparation de l’archipel des Chagos de son territoire et au regard du droit international, en particulier les résolutions qui ont été adoptées par les Nations unies ? et b) quelles sont les conséquences en droit international du maintien de l’archipel des Chagos sous l’administration du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, notamment en ce qui concerne l’impossibilité dans laquelle se trouve Maurice d’y mener un programme de réinstallation pour ses nationaux, en particulier ceux d’origine chagossienne ? (https://www. icj-cij.org/fr/affaire/169).

Il est bon qu’au nom de l’intérêt national, les principaux partis politiques aient, du moins sur le dossier des Chagos, mis en veilleuse pour le moment leurs divergences et les guéguerres politiques internes. Même si les uns et les autres ont exprimé des réserves sur la composition de la délégation mauricienne qui ne reflète pas l’entente interparlementaire et nationale sur la question, les leaders politiques affichent tous leur solidarité avec l’équipe qui représente la République à La Haye.

Il est bon aussi, à cette occasion, que les Mauriciens d’origine chagossienne fassent partie intégrante de la délégation mauricienne et aient même la possibilité d’exprimer leur état d’âme en ce moment crucial et historique. La mère patrie est de tout coeur avec vous et nos pensées sont avec vous un peu comme chaque parent dont l’enfant se présente aux examens de PSAC ou tout autre examen.

Nous sommes toutefois rassurés d’avoir une équipe aguerrie qui a réussi son passage devant la cour arbitrale des Droits de la mer en 2015 et devant l’Assemblée générale des Nations Unies en juin de l’année dernière. Pour nous à Maurice, cet exercice nous permet de voir le vrai visage de l’ex-empire britannique qui a annoncé déjà que « it would robustly defend its position ». Une menace déguisée. Malgré les bonnes relations dans de nombreux domaines, la Grande-Bretagne ne s’est jamais départie de cette attitude colonialiste à notre égard en ce qui concerne les Chagos.

On croirait que 50 ans d’indépendance, qui ont permis à Maurice de démontrer au monde sa maturité en tant que Nation respectée, n’ont pas suffi pour effacer les préjugés qui animaient la Grande-Bretagne à notre égard avant l’accession à l’indépendance comme le démontrent les prédictions du professeur James Mead à l’époque et l’attitude britannique concernant les Chagos. Elle persiste à dire, aujourd’hui, que les Chagos nous seront rendus lorsqu’ils ne seront plus nécessaires pour la sécurité dans la région. Ce qui implique que Maurice n’est pas consciente de l’importance de la sécurité dans la région ou risque de mettre en peril la sécurité mondiale si la République devait récupérer son territoire. C’est contre cet esprit colonial, cette arrogance et ce manque de considération que nous nous battons. Pourquoi, la Grande-Bretagne ne nous fait-il pas confiance lorsque l’État mauricien, par le truchement de sir Anerood Jugnauth, affirme que nous sommes conscients de la sécurité mondiale et que nous n’avons aucun problème avec la base militaire américaine et que notre seul souci est l’achèvement du processus de décolonisation de Maurice et, par extension, de l’Afrique ? Aujourd’hui, Londres joue sur les sentiments et parle d’action inappropriée entreprise par un pays ami. Maurice n’est pas dupe.

Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l’économie, a trouvé les mots justes pour s’adresser aux autorités américaines. « The US occupies one of Mauritius’ offshore islands, Diego Garcia, as a naval base without compensation, officially leasing it from the UK, which not only retained the Chagos Islands in violation of the UN and international law, but also expelled its citizens and refuses to allow them to return. The US should now do right by this peaceful and democratic country: recognise Mauritius’ rightful ownership of Diego Garcia, renegotiate the lease and redeem past sins by paying a fair amount for land that it has illegally occupied for decades. » (voir « The Mauritius miracle, or how to make a big success of a small economy ») En ce moment délicat, disons ensemble : « Allez Maurice ! »