Cette semaine marque un tournant important pour la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos avec les auditions devant la Cour Internationale de Justice à La Haye. L’opinion de celle-ci, même si elle n’a pas de pouvoir juridique, pourrait se révéler déterminante dans ce combat. Alors que ce combat s’apprête à connaître un nouveau tournant, nous avons rencontré quelques jeunes Chagossiens qui nous parlent de leurs attentes.

Annick Raboude

“Je me battrais jusqu’à mon dernier souffle. Je suis disposé à reprendre la barre pour la nouvelle génération. Nous nous devons d’assumer cette charge, je suis convaincu qu’il y a la victoire au bout. Il faut que nos droits fondamentaux soient respectés, nous devons nous battre pour cela”, dit Sylvestre Marin, 31 ans. “Si la réponse est toujours non, je continuerais à me battre quoi qu’il arrive”, confie pour sa part Nigel Evenor, 31 ans. “Nous continuerons à lutter quoi qu’il arrive”, soutient Leroy Bancoult, 29 ans. “Je ferais tout pour que ce combat se termine par une victoire, j’irai jusqu’au bout. La jeune génération doit tout faire pour continuer la lutte. Définitivement je ferais partie de ceux qui reprendront le flambeau si la première et la deuxième génération n’arrivent pas à leurs fins”, martèle Annick Raboude, 30 ans. Dans l’attente du jugement de la Cour Internationale de Justice à La Haye sur la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos, ces jeunes Chagossiens sont remontés à bloc.

Aspirations.

Quand nous les avons rencontrés, ces représentants de la troisième génération de Chagossiens vivant à Maurice étaient dans l’expectative d’un verdict en faveur de leur communauté, ce qui serait un pas en avant dans ce combat. Un résultat positif qui répondrait à leurs aspirations pour leur communauté et pour eux-mêmes. “J’ai envie d’aller vivre là-bas, je suis sûr que je serais plus à l’aise qu’ici en termes de qualité de vie. Je me sens révolté, je me sens comme un étranger dans mon propre pays. J’ai perdu mon père quand j’avais un an et ma mère quand j’avais 12 ans. Mon plus grand regret est de n’avoir jamais pu voir la terre où ils sont nés. Je veux à tout prix le faire”, dit Leroy Bancoult, de Cassis.

Leroy Bancoult

À force d’entendre des histoires racontées par leurs grands-parents au sujet de la vie sur les Chagos, ces jeunes ont été bercés par ce rêve de poser le pied sur ces terres. Annick Raboude, de Cassis, et Nigel Evenore, de Vallijee, veulent ainsi avoir le droit d’aller sur les Chagos surtout pour accomplir le plus grand souhait de leurs grands-parents. “Mon grand-père, qui est décédé, a toujours souhaité revoir son île natale. Je veux y aller afin qu’il puisse réaliser son rêve à travers moi”, confie la première nommée. Nigel Evenore veut faire le même geste. “Ma grand-mère, qui est née là-bas, est décédée. Quand elle me racontait comment était la vie là-bas et quand je voyais des photos et des vidéos, ça me déchirait le cœur. Je veux aller aux Chagos ne serait-ce que par reconnaissance envers ma défunte grand-mère.”

Droits fondamentaux.

Beaucoup veulent y aller coûte que coûte, quitte à changer radicalement de mode de vie et à tout reprendre à zéro. “S’il y a la victoire au bout du combat, je serai à bord du premier bateau qui partira aux Chagos. Je veux découvrir cette terre que nos ancêtres nous ont laissée en héritage, c’est mon rêve. Nous reconstruirons tout, donnez-nous seulement les facilités pour pouvoir le faire. Nous pourrons construire des auberges et lancer notre propre économie. Il y a un manque dans ma vie. Pour moi, je suis né là-bas, je le ressens comme ça au plus profond de mon être”, témoigne Sylvestre Marin, de Bois Marchand.

Sylvestre Marin

Nigel Evenore pense que le peuple chagossien peut prendre soin de lui-même et reconstruire sa vie sur ces terres. “Le monde a évolué, nous ne pourrons pas forcément vivre comme le faisaient nos ancêtres. Nous devrons tout recommencer à zéro me si bizin fer li mo pou fer li san problem.”

Nigel Evenore

D’autres ne veulent pas forcément aller vivre aux Chagos mais veulent que leurs droits fondamentaux leur soient restitués. Ce qui passe irrémédiablement par le droit d’aller sur l’archipel quand ils en ont envie. “La vie a changé depuis que mes grands-parents ont dû quitter les Chagos. Même si je ne vais pas y vivre, je veux voir les Chagos de mes propres yeux. Tout comme les Rodriguais ont le droit de retourner à Rodrigues même s’ils habitent à Maurice, je veux que moi aussi, ainsi que toute la communauté chagossienne, nous puissions aller sur nos terres quand nous le souhaitons”, confie Annick Raboude.


“Perte de temps.”

Si beaucoup veulent continuer à se battre pour retrouver les Chagos, d’autres ont l’intime conviction que ce combat est perdu d’avance. “Je pense que c’est un gaspillage de temps, enn konba dan vid, ale vini mem zafer, ale vini zot ranvway zafer la. La ter la pa pou gagne mem sa. C’est pour ça que j’ai toujours dit qu’il fallait accepter la compensation car, de toute manière, nous ne récupérons jamais ces îles”, confie Charlène Armoogum, 22 ans, habitante de Pointe aux Sables.

Benny Antoine et Charlène Armoogum

Le cousin de Charlène Armoogum, Benny Antoine, 25 ans, de Pointe aux Sables également, se dit lui pas du tout concerné par ce combat. “Je me sens plus Mauricien que Chagossien. Je ne me sens pas du tout concerné par ce combat, c’est une perte de temps.” Il va plus loin en évoquant une fracture entre les leaders de la cause chagossienne et une partie de la jeunesse chagossienne. “Je me sens délaissé par les leaders. Quand il y a des sorties, on prend toujours d’autres personnes, pa get tou zanfan parey.” Les deux cousins confient que ce délaissement qu’ils évoquent est dû au fait que leurs aïeux viennent eux de Diego, alors que “la majorité des Chagossiens vient de Peros Banos et de Salomon.”