CHAGOS : « Les conditions de Londres inacceptables »

L’assemblée du Groupe Réfugiés Chagos maintient que les Anglais continuent à bafouer les droits fondamentaux des Chagossiens

Le projet de Resettlement concocté par Londres pour accueillir entre 150 et 1 500 Chagossiens dans l’archipel, dépendant des conclusions d’un projet pilote, se heurte à un premier obstacle majeur. Le Groupe Réfugiés Chagos, qui regroupe la majorité des descendants d’exilés, rejette de manière catégorique les conditions contraignantes imposées par les autorités britanniques à cet effet. Cette décision a été entérinée lors d’une assemblée des Chagossiens au centre de Pointe-aux-Sables hier. Le leader du GRC, Olivier Bancoult, a annoncé que toute la question sera évoquée lors de la prochaine visite de deux émissaires du Foreign and Commonwealth Office de Londres à partir du 13 septembre. Il s’est appesanti sur le fait qu’avec le rejet de ces conditions, la communauté chagossienne ne renonce nullement au retour dans leur archipel natal.
Les consultations et surveys engagés par les autorités britanniques auprès des Chagossiens à Maurice, aux Seychelles et à Crawley en Grande-Bretagne, au sujet d’un projet pilote de Resettlement dans l’archipel, font face à un premier obstacle en attendant que les autorités mauriciennes ne se décident à agir en faisant usage d’autres moyens diplomatiques et juridiques. Les Chagossiens dénoncent avec forces les conditions attachées à ce retour par Londres. Ces détails sont inclus dans un document intitulé « British Indian Ocean Territory Policy Review of Resettlement Consultation with Interested Parties ». Un questionnaire en dix-sept parties accompagnant ce document doit être rempli avant le 27 octobre par des Chagossiens intéressés par cette dernière initiative, ressemblant plus à un piège des Anglais.
« Comme j’avais eu l’occasion de le dire la semaine dernière, les Chagossiens, réunis en assemblée, après avoir pris connaissance de ces développements, ont exprimé sans hésitation leur désaccord avec la démarche des Anglais. Les conditions imposées par le Foreign and Commonwealth Office ne font que bafouer davantage les droits fondamentaux des Chagossiens. C’est inacceptable et je pense que Londres aura compris qu’elle ne pourra pas poursuivre dans cette voie », a déclaré en substance Olivier Bancoult après la réunion d’hier.
Pour mieux exprimer la colère et l’indignation des Chagossiens face aux Anglais, le leader du GRC cite en exemple deux des conditions pour le retour dans l’archipel à la lumière des conclusions de l’étude de faisabilité de KPMG. Au chapitre de « Transport/Access to BIOT », le document du FCO fait ressortir que les Chagossiens auront à encourir les frais de déplacement par vols charter et en bateau, car aucun vol commercial ne sera autorisé dans l’archipel. Plus grave encore est le fait que « Resettled Chagosians would not be able to have visitors in Diego Garcia ».
Sur ce dernier point, la colère des Chagossiens est profonde. « Cette condition à l’effet que nous n’allons pas recevoir de visites constitue une véritable atteinte à notre dignité. Même des prisonniers ont droit à des visites. Pourquoi pas nous quand nous serons installés dans nos îles ? Les Anglais veulent nous traiter comme des Contract Workers. Ce n’est nullement acceptable car nous sommes les Belongers. Nous n’accepterons jamais une telle proposition », souligne avec force Olivier Bancoult.
Un autre point de litige fondamental entre les Chagossiens et les Anglais va au cœur de la problématique du Resettlement. « There would be no private ownership of land, as all land would continue to be owned by the Crown », réaffirme le document official du FCO. « Il est extrêmement difficile d’accepter cette décision des Anglais, en nous retirant ce droit à notre terre natale. Les Anglais doivent se rappeler que nous sommes des fils du sol et nous n’abandonnerons jamais ce droit », s’insurge le leader du GRC, qui conteste également le fait que la tranche d’âge favorisée pour le Resettlement est de 18 à 65 ans. « Le retour aux Chagos doit davantage privilégier les Chagossiens du troisième âge. C’est presque une évidence », dit-il.
Les autres conditions controversées et contestées du projet anglais portent sur l’absence de « full-fledged medical facilties » pour les Chagossiens dans l’archipel, la séparation des familles vu que les enfants devront être scolarisés hors de l’archipel faute d’école ou encore la discrimination pour les bénéfices sous les UK Pensions.
Le GRC, qui se prépare pour un prochain round de discussions avec des représentants du FCO à partir du 13 septembre, est confiant que la position adoptée hier par l’assemblée générale spéciale est partagée par des Chagossiens aux Seychelles et même ceux qui sont installés en Angleterre, à Crawley. Pour ce qui est du questionnaire des Anglais, Olivier Bancoult avance que les Chagossiens pourront bien le remplir mais en y ajoutant « nos conditions en remplacement de celles des Anglais ».
D’autre part, Lalit et MLF, deux mouvements qui luttent aux côtés des Chagossiens depuis ces 40 dernières années, par voie d’une lettre ouverte aux Chagossiens, replacent ce move des Anglais dans son contexte géopolitique à l’approche de l’échéance de 2016. « Now, in 2015, the UK and US are finally, partly through your Court Cases, exposed. Now, in 2015, the environmentalist organizations that the UK had press-ganged into their plot stand shamed publicly by the Wikileaks cables. Now, in 2015, the UK is finally, through the UNCLOS judgement, exposed. Being imperialist powers, the UK and USA are wily. They are now turning to their Plan B », soutiennent Lindsey Collen et Ragini Kistnasamy.
Commentant le questionnaire au cœur du survey des Anglais, Lalit et MLF mettent en garde contre tout risque de « divide and rule ». « This is a time of all dangers. We write this letter to appeal to you and your Committee to keep in mind the following principles, while deciding how to cope with the onslaught of the British “Questionnaire”, which is like a grenade that has been thrown your way, a grenade disguised as a life-line to your return. It is immoral and illegal to cut up a country, in this case Mauritius, as a condition for Independence. Chagossians are Mauritians by birth and as a people. We are one people. We were carved up cruelly by the colonial power », font-elles comprendre dans ce document remis à Olivier Bancoult samedi, soit à la veille de l’assemblée des membres du GRC.