CHAGOS - PROPOSITION DE LONDRES : GRC, « Non au Fund Package »

  •     Olivier Bancoult pointe du doigt un leader politique pour avoir exercé des pressions sur des Chagossiens
  •     Le Groupe Réfugiés Chagos demande une “Judicial Review” de la décision du gouvernement britannique de ne pas accepter le relogement des Chagossiens

« Nous n’accepterons pas le Fund Package. Nous avons notre dignité. Nous ne sommes pas aussi imbéciles. Nos yeux ne sont pas rivés sur l’argent. » C’est ce qu’a martelé Olivier Bancoult, le porte-parole du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) hier lors d’une conférence de presse. Concernant les £ 40 millions proposées par le gouvernement britannique, il estime que « ce n’est pas de l’argent offert à la communauté », ajoutant : « Ce n’est pas une compensation. C’est le gouvernement britannique qui décide quel projet ce fonds financera. » Selon lui, le GRC a déjà déposé une plainte à la Haute Cour de Londres dans le cadre d’une “Judicial Review” de la décision du gouvernement britannique, le 16 novembre dernier, de ne pas accepter le relogement des Chagossiens aux Chagos. Tout en reconnaissant prendre des risques et sans préciser quand, il a déclaré que « les Chagossiens seront aux Chagos, c’est sûr et certain », avant d’ajouter : « Gete si zot anvi touy nou… ».
« Zot ti krwar kan zot pou vinn avek larzan, zot pou vinn vir nou lizie », a déclaré Olivier Bancoult sur le refus des Chagossiens d’accepter le Fund Package proposé par le gouvernement anglais. Il a tenu à préciser l’intention des Chagossiens à ce sujet, à savoir : « Notre décision demeure inchangée. Nous n’avons plus un sou de confiance dans le gouvernement britannique, qui continue à jouer à la “delaying tactic” avec nous et qui bafoue les droits humains de jour en jour. »
Il a mis en garde les leaders de partis politiques d’essayer de convaincre le GRC d’accepter cet argent. « C’est malhonnête de la part du gouvernement anglais d’essayer par tous les moyens de nous faire accepter, même en passant par l’opposition. » Pour les Chagossiens, « au lieu de nous donner cet argent, utilisez-le pour développer les infrastructures aux Chagos pour que nous puissions y vivre ».
Olivier Bancoult poursuit : « Certains pensent que les Chagossiens ont reçu un “jackpot”. Un “jackpot”, c’est quand vous recevez de l’argent en main, pas quand on décide pour vous. Au contraire, chaque Chagossien aurait dû obtenir une compensation pour toutes les souffrances endurées. Si nous avions accepté le Fund Package, un officier serait venu à Maurice pour étudier nos besoins en éducation, etc. Son per diem et son billet d’avion seraient déduits de ce Fund Package. ».
Olivier Bancoult dénonce de plus le « chantage » de la Haute Commission britannique, qui ne serait plus disposée à assurer des cours d’anglais aux enfants des Chagossiens tant que le GRC n’accepte pas le Fund Package. « Depuis 2011, l’ambassade et le British Council ont collaboré dans le but d’encourager les enfants à l’éducation. Des profs du British Council venaient dispenser des cours et les enfants recevaient des certificats de Cambridge dès la Std II. Pas plus tard que l’an dernier, 22 enfants ayant suivi ce cours ont eu des A+. Lorsque j’ai pris contact avec l’ambassade, ils m’ont dit qu’ils ne dispenseront plus ce cours parce que nous n’avons pas accepté le Fund Package… ».
Alors, que selon le porte-parole du GRC, « dans le “written statement”, mention est faite qu’ils veulent “improve education and employement opportunities”; c’est un cadeau empoisonné ». Idem concernant un autre cours à l’intention de jeunes Chagossiens à la recherche d’emploi, qui a été mis en place en 2015 avec la collaboration du Haut-Commissariat britannique et de l’Open University. « L’ambassade nous a dit que si nous n’acceptons pas le Fund Package, elle ne dispensera pas le cours. C’est du chantage ! » estime Olivier Bancoult.
Le président du GRC rappelle que ce n’est qu’après plusieurs années d’excuses que le 16 novembre 2016, le gouvernement anglais est venu manifester sa position contre le relogement des Chagossiens. « C’est vraiment inexplicable alors qu’il y a quelques années, l’Angleterre avait commandité une étude, qui a été faite par KPMG, pour déterminer la possibilité que les Chagossiens retournent aux Chagos. Le rapport, en 2015, a montré qu’il n’y a aucune barrière légale empêchant les Chagossiens d’y retourner. L’étude a reçu la participation de tous les partenaires, dont les Chagossiens eux-mêmes, la défense américaine basée à Diego, le gouvernement anglais... Même le gouvernement mauricien n’a pas d’objection à ce qu’on rentre aux Chagos. »
« Malhonnêteté »
Olivier Bancoult se demande comment « à Diego, il peut y avoir des Anglais, des Américains, des Singapouriens, des Philippins, mais pas de Chagossiens ». Selon lui, « c’est comme si vous étiez propriétaire d’une maison et que vous ne pouviez retourner chez vous pendant que d’autres s’amusent chez vous ».
Olivier Bancoult rappelle que, selon le rapport KPMG, 98% des Chagossiens sont désireux de rentrer dans leur pays. « Plus d’un an après le rapport, le gouvernement britannique vient dire que, pour des raisons de sécurité, ils sont contre le relogement et qu’ils proposent un “Fund Package”. Encore une fois, c’est de la malhonnêteté de la part du gouvernement anglais. Mais nous ne sommes pas des imbéciles. » Ce Fund Package, selon Olivier Bancoult, « est censé permettre l’accès à la santé, l’éducation, l’aide sociale et le travail, mais côté santé, le gouvernement anglais ne nous a jamais accordé de l’attention ». Il cite le cas de 2013, où il était question d’une visite des Chagossiens dans leur pays.
« À la dernière minute, on dit que le bateau est endommagé. Et ils sont venus avec un plan pour dire qu’étant donné que l’argent prévu pour cela n’avait pas été utilisé, 20 000 livres iraient aux Chagossiens de Maurice, 20 000 livres à ceux d’Angleterre et 20 000 encore à ceux des Seychelles. Nous avons d’abord hésité mais, par la suite, on s’est dit qu’on pourrait utiliser l’argent pour la communauté. Nous avons présenté un plan social au Foreign and Commonwealth Office (FCO). Un mois après, ils nous ont répondu qu’on ne pouvait utiliser l’argent pour des maisons car cela relevait davantage d’une responsabilité politique. Nous avons donc pensé à la santé de notre communauté. On n’a eu aucune réponse jusqu’à ce que je rencontre la baronne Anelay et que l’on nous propose de l’argent. ».
Olivier Bancoult insiste que le Fund Package proposé en novembre dernier « n’est pas de l’argent » à la communauté. « C’est le gouvernement britannique qui décide quel projet financer. Mais il est révolu le temps où les gens peuvent décider à notre place. Par ailleurs, si nous acceptons, nous remettrons en question notre contestation de la décision du gouvernement anglais. »
Le GRC a indiqué travailler sur une campagne pour alerter l’opinion internationale. « Nous recevons un coup de main de notre cardinal, qui est très concerné par notre situation. La Conférence des évêques de l’océan Indien nous donne aussi son appui. Nous avons écrit à la Commission Justice et Paix au Vatican. Nous avions aussi envoyé une lettre à Obama avant qu’il ne quitte la Maison Blanche. »