Les péripéties sur le renvoi de la journée hippique pour cause de terrain impraticable ont fait débat cette semaine puisque le Mauritius Turf Club avait annulé la journée, prévue pour samedi dernier, vingt quatre heures avant la première course programmée. Jusqu’ici, le MTC avait le plus souvent attendu le matin des courses pour se prononcer. Ce changement de donne inhabituel a perturbé ceux qui vivent commercialement de ces journées, mais surtout des turfistes frustrés d’être privés de leur sport favori qui ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux, attribuant toutes sortes de raison à ce changement qu’ils jugent suspect. Dans ce contexte, le MTC avait le devoir de mieux expliquer au public sa décision au lieu de se contenter d’un communiqué laconique sur l’état de la piste qui s’était par ailleurs nettement amélioré à l’heure des courses samedi. Le MTC ne doit pas ignorer que le turfiste mauricien est de nature suspicieuse. Il doute de tout et réagit à la moindre rumeur. Il a besoin d’être rassuré, il a besoin qu’on lui démontre les faits qu’on lui impose. Mais ce qu’il déteste au-dessus de tout, c’est d’être ‘taken for granted’ et qu’on ne s’intéresse qu’à son argent, mais pas à sa connaissance hippique, pas à son amour pour le cheval et les courses.

Au MTC, tous ces enjeux n’ont que peu d’importance. A la moindre critique de la presse libre et indépendante, dont la proportion dans le monde hippique se réduit comme une peau de chagrin, on transmet des cris de putois, de mécontentement, d’accusations et on pointe du doigt… Evidemment, tout esprit critique équivaut à de la malhonnêteté intellectuelle, parce que les meilleurs ne sont évidemment, qu’à la rue Shakespeare. Cela fait plus de trente ans qu’on nous bassine avec la même chanson : « Nous sommes là pour l’amour des courses. » Mais la montagne souvent ne finit que par accoucher…d’une souris. Car, les courses hippiques et le MTC ne vont que de reculade en reculade!

Au point qu’aujourd’hui, avoir l’écoute du conseil d’administration de la GRA ou du bureau du Premier Ministre pour les animateurs actuels du MTC, relève du parcours du combattant…perdu d’avance. Pourtant, l’un des leurs, avait eu un accès direct au Premier ministre, lui-même, mais avait dû pour cela compromettre la solidarité collective le temps que la rencontre soit fixée. Il fut condamné sans appel par ses confrères, lorsqu’il leur confia ce qu’ils qualifièrent de « traîtrise », un prétexte tombé du ciel, pour ne pas respecter la parole donnée de lui confier la destinée du MTC, pour l’année en cours.

Tout cela n’aurait été qu’une péripétie sans conséquence, si tout à coup, n’avait rejailli dans l’actualité une nouvelle affaire Chamarel, redevenue une piste incontournable.

Pour rappel , il y a quelques années, ce lieu fut l’objet d’une actualité choquante qui mit en difficulté, son propriétaire, le président d’alors du MTC, qui a dû subir les affres humiliantes d’une enquête interne qui fut, comme attendue sans conséquences, puisque conduite par ses subordonnées. Le scandale d’alors, avait pour source un déjeuner anodin, qui avait quand même réuni dans la propriété de ce président du MTC, professionnels de courses, dont des jockeys, dirigeants hippiques et des bookmakers et leurs proches. L’affaire avait fait tant de bruit qu’on croyait qu’en matière hippique, Chamarel avait été rayé de la carte.

Mais en fait, il est en train de renaître de ces cendres. D’abord, ce lieu a été enrichi d’un centre d’accueil de chevaux de courses avec des facilités qui comprennent des boxes et une piste synthétique, selon un entraineur qui aurait utilisé ces facilités. Il ne tarissait pas d’éloges pour ce lieu et son propriétaire qui avaient hébergé l’un de ses gagnants au début de la saison. Notons pour l’heure que ce centre d’accueil de chevaux de courses, comme d’autres, n’est homologué ni par le MTC, ni par la GRA et n’était pas dans la liste des centres où ont été effectués les tests anti-dopage inopinés.

On ne sait, si c’est le fameux café Chamarel ou des repas bien arrosés, qui ont conduit, deux hauts dirigeants du MTC, l’un administratif et l’autre du top management, à se rendre dans ce lieu magnifique du sud de l’île, où trône cet ancien Président, qui avait été sévèrement critiqué par la commission d’enquête Parry­— avant un favorable judicial review . Il avait récemment pris la parole lors de la dernière assemblée générale du MTC, pour donner son avis sur l’affaire de la non contribution des pensions des employés depuis des années. Cette rencontre improbable, il y a quelques mois encore, est aujourd’hui un secret de polichinelle et soulève bien des interrogations. D’autant qu’une deuxième rencontre/déjeuner plus élargie y a eu lieu cette semaine. Cette fois, c’est en force que la grande majorité des membres du conseil d’administration du MTC en compagnie d’un membre du top management du MTC s’y sont rendus …

Rien n’a évidemment filtré du contenu des conversations de ces deux rencontres avec cet ancien président controversé du MTC, mais à la rue Shakespeare, on invoque l’affaire des box des chevaux de Chamarel, sans trop y croire. Qu’est-ce qui peut donc motiver une équipe d’administrateurs qui a tout le pouvoir au niveau hippique, à une exception près, à vouloir rencontrer un ancien président dévalué. La réponse est simple : l’obsession de rencontrer le Premier ministre et de faire courber l’échine à la GRA.

Selon des sources concordantes, on prête à cet ancien président un supposé pouvoir d’Agwa, de par ses connections, avec un magnat du jeu, avec lequel il a traité pour le MTC du temps où il présidait aux destinés des courses et avec lequel il entretient aujourd’hui des relations amicales et professionnelles. Cet insatiable magnat du jeu est lui connu, pour ses liens avec un membre influent de la GRA qui est aussi conseiller au PMO. On prête aussi à ce propriétaire d’une galaxie de betting shops, à Maurice et financier des élections, d’avoir l’écoute directe du premier ministre. En tout cas, voilà, par quel biais très sinueux les dirigeants actuels du MTC, espèrent pouvoir rencontrer le chef du gouvernement pour leur prêcher leur bonne foi et leurs intentions saines pour l’hippisme mauricien.

Voilà à quoi serait aujourd’hui réduit la nouvelle administration du MTC : quémander une réunion avec le sommet de l’état, à travers des personnages controversés, à tort où à raison. Alors qu’ils avaient en leur sein, un membre qui avait ouvert une voie d’accès direct. Il fut un temps à l’époque des Paul de Chasteigner du Mée, de Sir Radhamohun Gujadhur et autres Sir Marc David où un simple coup de fil d’un président du MTC aurait entrainé dans l’heure qui suit une rencontre. A cette époque là, le MTC était une institution respectée. Aujourd’hui, il vient confirmer son honneur perdu en cherchant audience avec le sommet de l’Etat à travers des «Agwas» démonétisés.

Bernard Delaître