CHAMPION NATIONAL DE RUBIK’S CUBE : Milind Bhoyroo : 26 secondes chrono !

Visualisant son casse-tête géométrique, il tourne et retourne avec une dextérité étonnante son 3x3. En 26 secondes chrono, les six faces sont alignées. Du haut de ses 18 ans, Milind Bhoyroo est le champion national de Rubik’s Cube. Un temps de résolution qu’il a amélioré de cinq secondes en juillet lors du World Rubik’s Cube Championship 2017, qui s’est tenu à Paris. Il nous propose de découvrir l’art de ces cubes magiques.
Pour le commun des mortels, la résolution du cube prend des heures, voire des jours. Pour les champions de la discipline comme Milind Bhoyroo, ce sont les secondes qui comptent. C’est en Afrique du Sud, plus précisément à la African Leadership Academy (où il termine actuellement son deuxième cycle), que sa passion pour le Rubik’s Cube s’est accentuée. Lors d’une compétition à Johannesburg en octobre 2016, il a battu par plus de douze secondes le record de Maurice, avec un chrono de 31,43 secondes dans la catégorie 3x3. Avec ce titre en poche, “j’ai été invité à participer au World Rubik’s Cube Championship 2017, ou j’ai amélioré mon record dans deux catégories, notamment en 26,42 secondes (3x3) et 11,58 secondes (2x2)”. L’Américain Max Park, 15 ans, est détenteur du record mondial, avec un temps de 5.87 secondes. “Il s’entraîne depuis l’âge de 9 ans, et pratique à peu près huit heures par jour”, confie Milind Bhoyroo.
À 18 ans, le champion de Maurice ne pratique cette discipline en compétition que depuis fin 2016, mais progresse de manière impressionnante. Dans son sac à dos, il a toujours deux ou trois cubes. Lorsqu’il mange, regarde la télé, pour déstresser avant les examens ou simplement lorsqu’il discute, son cube magique n’est jamais loin. Il y consacre entre 30 à 45 minutes par jour. Un temps qui a augmenté après la compétition internationale de juillet.
Son ambition est de se classer dans la catégorie des moins de 8 secondes. “Il faut être en mesure de développer la technique One Look : voir toutes les résolutions du cube en un regard et la compléter en un minimum de mouvements.”

Mémoriser les signes visuels.
Avec de l’entraînement, celui qui débute dans le domaine peut très vite se mesurer aux plus fins calculateurs. “Pour que mon temps descende en dessous de vingt secondes, il me faut travailler entre deux à quatre heures par jour, et cela est faisable en huit à dix mois. Pour réduire davantage l’écart entre les secondes, il me faudrait en moyenne un an et demi, avec beaucoup plus d’heures de pratique.”
Le Rubik’s Cube 3x3 est le plus populaire. Il est composé de 26 petits cubes de couleur, chaque face comportant 9 cubes, fixés à un axe central. Ce jeu aiguise le raisonnement et la capacité du cerveau à mémoriser les signes visuels. “Il faut comprendre l’algorithme pour résoudre rapidement un cube, mais il faut aussi beaucoup de pratique dans le but de progresser et descendre des paliers.”
C’est une science qu’on peut également appliquer dans la vie réelle, avec une prise de décision rapide en cas de crise. “C’est comme un pilote de formule 1. On peut savoir conduire, mais c’est uniquement ceux qui sont les plus efficaces sur le circuit qui arrivent à prendre les meilleures décisions et finir dans les premiers.” Il s’agit aussi d’avoir un regard différent sur certaines choses, comme lorsqu’on cherche la meilleure façon d’éviter les embouteillages.

Résoudre des algorithmes.
Milind Bhoyroo, qui aspire à devenir programmeur spécialisé en cyber-sécurité, a réalisé qu’il pouvait aussi appliquer ses acquis à des activités manuelles, dans le bricolage ou l’initiation à des instruments de musique. “En six mois, je me suis initié à la guitare, au piano et à la flûte traversière. Comme j’ai souvent l’habitude de résoudre des algorithmes, cela me permet de mémoriser plus facilement les mouvements.” En somme, c’est une discipline qui apprend la patience, la rapidité, l’analyse et à repousser ses limites.
“Milind a toujours été un enfant intelligent”, confie son père, Girish Bhoyroo. Il a développé son potentiel grâce à des jeux manuels. “Depuis que je suis tout petit, Papa m’a appris que les activités manuelles sont aussi stimulantes que rester devant un écran.” Les cadeaux de fin d’année consistaient en beaucoup de Lego, pour qu’il apprenne la valeur du travail dans le jeu.
Milind demande aux jeunes de ne pas banaliser sa discipline de prédilection. On ne peut pas gagner sa vie avec le cube, mais c’est un art et une passion qui peuvent vous changer la vie…


Une histoire de cube
Le concepteur du cube, Erno Rubik, professeur de design et architecte hongrois, est né le 13 juillet 1944 à Budapest. Son objectif premier en 1974 était d’utiliser ce casse-tête géométrique pour encourager ses étudiants à deviner le mécanisme permettant de déplacer cet objet suivant les trois axes. La discipline a connu une fulgurance extraordinaire dans les années quatre-vingt, servant notamment de support à l’enseignement des mathématiques. Son inventeur a raflé le prix Kossuth (récompense culturelle hongroise de prestige) en 2007.


Le Rubik’s Cube bientôt nationalisé
Selon Girish Bhoyroo, le Magic Cube est une discipline qui mérite qu’on s’y intéresse. Le pays ne disposant d’aucun organisme pour sa promotion, ce dernier a sollicité la World Cube Association pour l’organisation d’un concours au niveau national, qui se tiendra d’ici janvier 2018. Un délégué sera à Maurice au mois de décembre. “Les champions dans ce domaine n’ont pas l’occasion de se faire connaître. C’est la raison pour laquelle on veut fournir la plate-forme idéale pour dénicher ces talents”, confie notre interlocuteur.
Ce dernier compare la maîtrise du Rubik’s Cube à l’apprentissage du langage. “Plus on tarde, plus ça devient difficile de le maîtriser.” Quand on est jeune, la mémoire motrice ainsi que la facilité du mouvement sont meilleures.