CHANGEMENT DU NOM DE L’AÉROPORT DE RODRIGUES : Respectons l’autonomie !

Le hasard fait toujours bien les choses. La polémique autour du changement de nom de l’aéroport de Rodrigues a lieu alors que le Mouvement socialiste militant est au pouvoir. C’est durant le mandat 2000-2005 de ce même parti, en alliance avec le Mouvement militant mauricien, que l’État décida d’octroyer l’autonomie à l’île Rodrigues. Ce faisant, sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger concrétisèrent un vœu de leur ancien parti, et de Serge Clair, élu lors du 60-0 de 1982, pour donner à Rodrigues son cachet autonome.
Il serait donc illogique que le présent gouvernement, dirigé par Pravind Jugnauth, infirme une décision du Rodrigues Regional Council, entérinant le changement de nom à l’aéroport. Car Pravind Jugnauth faisait partie du gouvernement MSM/MMM du mandat 2000-2005 !
J’ai lu les tribunes de mes amis Me Jacques Panglose et Devarajen Kanaksabee. Si la missive de l’ami et élève du Grand E se situe dans le droit fil de l’amitié éternelle qui le liait à sir Gaëtan Duval, je m’étonne cependant que Devarajen ait pu oublier certains faits de l’histoire, lui pourtant si passionné de culture. Donnant dans l’ironie, Devarajen se demande si les Rodriguais ne doivent pas penser à un changement de nom pour leur île également.
Why not, répondrons-nous. Sait-on que Robert Mugabe changea le nom de l’ancienne Rhodésie, en Zimbabwe, et que Bob Marley, en personne, rendit hommage à ce nouveau pays à travers la chanson-éponyme, gravée sur l’album  intitulé Africa Unite ? Beaucoup de pays d’Afrique changèrent de nom pour se débarrasser des vilains oripeaux du colonialisme français, anglais, portuguais et belge, entre autres. Sir Seewoosagur Ramgoolam n’a sûrement pas voulu se casser la tête pour trouver un nouveau nom pour notre île, préférant garder le “Mauritius” des Hollandais, mais lui aussi aurait eu le droit et le choix de le faire. Il n’y a donc rien de mal à vouloir changer le nom d’un aéroport, d’une rue, d’un édifice, voire d’une personne. Les nombreux « Change of name » qui jonchent les journaux tous les jours en sont d’ailleurs une preuve. Et la Cour entérine cela !
Je m’étonne également du trou de mémoire de mon ami Devarajen. N’est-ce pas son Tamil Council qui épousait les idéologies des Tamil Tigers du Sri Lanka, qui réclamait l’indépendance du Tamil Nadu ? Pourquoi aujourd’hui vouloir faire obstacle à l’autonomie d’une île et de son peuple, Devarajen ?
Par ailleurs, si notre île, par le biais de notre État, a rendu Rodrigues autonome, c’est-à-dire libre de pouvoir « dibout lor so lipye »,comme le proposa le Pape Jean-Paul II, lors de son historique visite dans l’île sœur, qui sommes-nous pour vouloir aujourd’hui résister à la volonté de l’Assemblée régionale de changer le nom de son aéroport ? Avons-nous donné une vraie autonomie à Rodrigues ou bien n’est-ce qu’une autonomie de façade ?
Bien entendu, le PMSD a exprimé sa colère, par l’entremise de Mahmad Khodabaccus, qui a même donné dans la vulgarité, et de son leader Xavier-Luc Duval, fils de sir Gaëtan. Et des membres du Parti travailliste, qui a gouverné de pair avec Duval père et fils, condamnent eux aussi ce changement d’appellation. Chose normale pour deux partis, qui n’ont jamais tenu Rodrigues en estime. Et Navin Ramgoolam n’a jamais daigné visiter l’île durant ses trois mandats successifs à la tête du pays. Ce qui est malheureux de la part d’un Premier ministre !
Il n’y a rien « d’inélégant » dans ce que fait l’Assemblée régionale de Rodrigues. Au contraire, la vraie inélégance viendrait de nous, si on osait contrecarrer tout ce que fait Rodrigues. Bien sûr que la décision du RRA ne fera pas que des heureux, mais il faut respecter son choix. C’est la moindre des choses. D’ailleurs, à ma connaissance, Devarajen Kanaksabee n’avait pas protesté quand les autorités donnèrent le nom de Chitrakoot à Vallée des Prêtres ou de sir Seewoosagur Ramgoolam à la rue Desforges, pour ne citer que deux exemples !
Le hasard faisant bien les choses, l’"État de Virginie, aux États-Unis, procède actuellement à la démolition des statues des chefs confédérés, qui étaient pro-esclavages. Les nationalistes et autres nostalgiques du « White Supremacy » d’antan protestent, mais les pelleteuses ont bien mené leur mission. Ce qui nous ramène à feu Dr James Burty David, qui voulait en faire de même avec la statue d’Adrien d’Epinay. Il y eut des pour et des contre, et en fin de compte, d’Epinay trône toujours au jardin de la Compagnie.
À cet effet, je rejoins ce qu’avait dit Shenaz Patel, dans un récent entretien à l’express selon lequel il y avait des méchants chez les métis. Il faut donc l’assumer. Dans toutes les communautés à Maurice, nous avons eu des ancêtres qui ont fait de mauvais choix. Et il faut avoir le courage de dire non à ce qu’ils ont fait. D’Epinay était le représentant des colons qui avaient des esclaves. On ne peut plus choisir d’être de son côté aujourd’hui. Mais, il faut avoir le courage de le dire. Tout comme il faut sans cesse interpeller ceux qui bloquent de vraies recherches sur l’immigration indienne afin que la vérité ne soit pas connue sur la communauté hindoue.
Les États-Unis sont un exemple à suivre quand il s’agit de la quête de vérité. Notre pays a encore un long chemin à faire dans ce douloureux processus. Mais quand nous restons élégants envers notre prochain, c’est déjà un premier pas dans la bonne direction. C’est pour cela que nous, Mauriciens, n’avons pas le droit de dicter aux Rodriguais ce qui est bon pour leur île, et leur aéroport. Respectons leur autonomie !