Dans son quartier des basses Plaines Wilhems, Patrice est un véritable phénomène. En une partie de chasse, il peut ramener une bonne vingtaine de tanrecs, avec pour seul attirail un gourdin et son crochet. Âgé de 14 ans, le collégien a appris à se fier à son instinct et à écouter les bruits de la nature pour débusquer ses proies. La semaine dernière, nous l’avons suivi dans la nuit, alors que les commandes de tang affluent à l’approche des fêtes.
Patrice se met soudain en état d’alerte. Il s’arrête, écoute, puis bondit au-dessus de la haie de feuillages qui mène au petit bois. Éclairant un point précis de sa lampe torche, il commande au petit David de se hâter. Le frêle garçon sait qu’il faut faire vite. Sans tarder, il s’engouffre dans le bosquet que lui a indiqué son ami. Ce dernier s’excite un peu : “Degaz twa ! Get li la. Blok li !” Personne ne distingue encore ce qu’indique Patrice, mais le petit David et son frère aîné Denis savent qu’ils peuvent se fier à son flair.
Patrice ne se l’explique pas forcément, mais il le sait, il le sent : l’animal est là au milieu de cette touffe de hautes herbes aux duvets piquants. Mais ce ne sont ni les morsures des plantes ni les piqûres de moustiques qui l’arrêteront. Encore moins les possibles coups de dent que pourrait infliger la bête apeurée. Parce que là, dans le noir, rôde un tanrec, qui s’est blotti en entendant venir les chasseurs. Mais le petit rôdeur a cette fois eu affaire à plus têtu. Patrice persiste, s’enfonce et finit par débusquer l’animal, qui amorce une fuite en courant dans toutes les directions. En des bonds rapides, le chasseur le suit, gourdin en avant. Un premier coup raté; il ne s’autorise pas ensuite la même erreur. En quelques petites frappes rapides, il arrête net la course de l’animal. Il est de la bonne taille. David le ramasse tandis que Patrice est déjà sur une autre piste dans le noir.