L’abattage des chauves-souris échappe au contrôle des autorités. La décision du gouvernement d’abattre quelque 20,000 chauves-souris afin de réduire la population de 20% a provoqué une résurgence du braconnage, désormais perpétré dans toute l’île, en toute impunité. Alors que l’abattage devait s’arrêter le 27 novembre, il se poursuit sans que le ministère n’en ait informé le public. D’ailleurs, le ministère de l’Agro-Industrie ne communique ni sur la date de l’arrêt de l’abattage ni sur le nombre de chauves-souris tuées jusqu’à présent.
La chasse aux chauves-souris est ouverte. C’est un peu le message que le public a compris lorsque le ministère de l’Agro-Industrie a lancé sa campagne d’abattage du mammifère volant endémique, le 6 novembre. Aux quatre coins du pays, les amis des animaux s’offusquent des agissements de certaines personnes et dénoncent le braconnage qui a pris de l’envergure depuis que le ministère de l’Agro-Industrie a entamé sa campagne d’abattage. Il est aussi porté à notre connaissance que des chauves-souris mortes sont vendues à certains endroits, ce qui est révélateur de l’ampleur de la situation.
La Mauritian Wildlife Foundation s’offusque de cette situation et tire la sonnette d’alarme.
Braconnage.
L’ONG fait état de plusieurs personnes qui viennent vers elle pour dénoncer le braconnage dont ils sont témoins régulièrement. “Notre personnel sur le terrain nous informe que le braconnage se fait en forêt comme dans les arrière-cours. Des gens nous appellent pour nous le signaler, alors que d’autres attirent notre attention en publiant sur notre page Facebook. Une dame nous a raconté que son voisin à Pamplemousses est en train de tuer des chauves-souris à coups de fusil dans sa cour, ce qui est totalement interdit par la loi. Je dois déplorer que ni la police ni le ministère concerné ne prennent leurs responsabilités. Il y a des gens qui nous informent du massacre et nous disent qu’ils en ont informé la police mais que les officiers n’ont pas pris leurs déclarations”, souligne Vikash Tatayah, de la Mauritian Wildlife Foundation.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages pleuvent. Beaucoup de gens affirment avoir vu d’autres personnes massacrant des chauves-souris. “J’ai vu mes voisins donner des coups de bâtons à des chauves-souris. Elles étaient environ sept à être restées piégées par un filet de protection installé sur un arbre chez les voisins. Ils n’ont même pas essayé de les relâcher, mais ont commencé à les frapper pour les tuer”, confie une habitante des Plaines Wilhems. En découvrant que l’une d’elle était encore vivante, elle a demandé à ses voisins de la lui laisser, ce qu’ils auraient accepté. “Je l’ai soigné, et trois jours après, elle est repartie”, dit-elle.
Manque de communication.
Vikash Tatayah indique qu’à ce rythme, ce sont des milliers de chauves-souris qui vont être victimes de braconnage. “Selon nos estimations, elles seraient 2,000 chauves-souris par an à être victimes de braconnage, mais ce chiffre va considérablement augmenter.” Il souligne que même si le gouvernement entreprend un contrôle de la chauve-souris, cette espèce est toujours protégée par la loi. “Le public n’a pas le droit d’abattre les chauves-souris, quels que soient les moyens utilisés. Beaucoup de gens le font en connaissance de cause alors que d’autres interprètent mal le message qu’envoie le gouvernement avec ce contrôle.”
Si la situation dérape actuellement, c’est aussi en raison du manque de communication de la part des autorités concernées. La campagne d’abattage devait durer trois semaines uniquement, comme cela avait été écrit dans un communiqué officiel du ministère de l’Agro-Industrie, publié peu avant le début de la campagne d’abattage. Elle aurait dû donc se terminer le 27 novembre. Or, la campagne se poursuit sans que le ministère concerné ne l’ait communiquée au public. “Le gouvernement n’informe pas le public que la chasse continue. On est en train de lui mentir. Quand l’État ment à la population, c’est un manque de respect pour le peuple. Je n’ai aucun doute que l’objectif de 18 à 20,000 chauves-souris a été atteint depuis le 27 novembre. La prolongation de la chasse se fait sous la pression des planteurs. On ne peut plus parler de contrôle mais d’extermination”, conclut Vikash Tatayah.