Jonathan Oriant

Nous dirons chers parce que c’est ce que vous avez coûté à votre pays pour ce périple en Russie, pour le Mondial 2018. Entre vos longues heures de vol de votre coin d’Amérique centrale, votre logement — qui doit être d’un certain standing —, vos déplacements en Russie, ça a sûrement dû vous coûter bonbon. Pourquoi ? Pour un but, le tout premier de votre histoire en Coupe du Monde, contre l’Angleterre.  Que de chemin parcouru pour un si petit but, pour voir vos fans célébrer cet instant comme si vous veniez de gagner le Mondial. Mais on ne vous en veut pas. Loin de là. Si vous aviez quelques conseils à donner au Club M, il serait sans doute preneur. Car, des valises de buts, il en a l’habitude, vous savez. Pas forcément contre des nations plus fortes. Le dernier en date ? Celle prise à la Cosafa Cup il y a à peine deux mois. Alors qu’ils avaient bien débuté — une victoire 1-0 est toujours bonne à prendre, vous serez d’accord ? — les Mauriciens se sont inclinés sur le même score, avant de prendre six buts contre le Botswana.

Nous serons aussi d’accord pour dire que la Cosafa, ce n’est pas le Mondial. Nous avons cherché un peu dans votre histoire. Il n’y a pas beaucoup de 6-0. Mieux encore : nous arrivons à nous faire battre au cours de rencontres qui sont à notre portée. Donc, à bien y voir, votre premier et unique but au Mondial vaut tout son pesant d’or. S’il fallait comparer nos deux pays, vous seriez devant. Une Gold Cup, des accessits : tout nous sépare. Et vous, les Canalleros, avez réalisé le rêve d’un pays tout entier en vous retrouvant en Russie. Ici, quand un footballeur parle de disputer un jour le Mondial, ses compatriotes le traitent de rêveur. Ou alors le renvoient à la triste réalité de sa Fédération. Une Mauritius Football Association (MFA) où il devient difficile de trouver le calendrier du championnat local, sans doute perdu dans les méandres d’un système administratif aussi lent que désuet. Ou encore des matches disputés à un rythme infernal, résultant en cette lourde défaite contre le Botswana.

Vos fans célébrant ce but contre l’Angleterre ont montré au monde comment on soutient son équipe nationale. Ici, rares sont ceux qui iront au stade pour donner de la voix pour notre Club M et le soutenir contre vents et marées sont rares. Plus nombreux sont ceux qui comparent toujours des performances d’un autre temps à celles d’aujourd’hui, ou rêvant d’un impossible retour en arrière. Voyez-vous, l’île Maurice reste un pays unique au monde, à bien des égards. Nous avions le dodo, désormais éteint. Nous avons cette faculté à se remémorer un glorieux passé, sans pour autant préparer un avenir tout aussi glorieux. Et nous avons aussi des gens, sans doute bien intentionnés, qui ont trouvé que le dernier DTN ne pouvait plus rester en poste alors qu’il avait détecté et construit un groupe de jeunes prometteurs pour les envoyer en finale de la Cosafa Cup l’année dernière. C’était une première pour le football mauricien. Ils ont été sèchement battus, il est vrai. Mais ils avaient réussi à montrer que le football se portait légèrement mieux.

Il existe aussi, chez nous, un cruel manque de planification. On parle d’une ligue de football professionnelle. Mais qu’en est-il vraiment ? Peut-on parler de professionnels quand ils ne savent pas encore si la compétition va reprendre après le Mondial ? Ou quand il n’y a pas de cadre légal autour du métier de footballeur ? Si vos dirigeants pouvaient glisser quelques conseils aux nôtres, nous verrions peut-être une lueur d’espoir. Dites-vous bien que notre dernière apparition à une phase finale continentale remonte à 1974 ! Il est grand temps que cela change. En espérant que vous ayez montré l’exemple.

Salutations distinguées.