CHEZ LES 9 À 13 ANS : Le sexe au lieu des jeux d’enfants

Ils ont entre 9 et 13 ans et sont sexuellement actifs. Leurs partenaires sont de leur âge ou plus âgés. Le phénomène prend de l’ampleur. Il n’est pas sans conséquence pour ces enfants qui n’ont jamais été préparés à “ce petit jeu”.
Avec la candeur de ses 14 ans, Sheila nous raconte sa première fois. “J’ai commencé à avoir des rapports sexuels à 13 ans. J’avais envie de franchir le cap avec mon petit ami. J’ai connu plusieurs hommes mais je n’ai couché qu’avec trois d’entre eux.” La jeune fille souligne qu’elle avait pris la peine de se protéger. “Je me souviens de la première fois : ça m’a fait mal. Pourtant, j’ai continué à coucher”, confie celle qui a mis un terme à ses études cette année.
Même constat pour Priya, âgée de 16 ans et mère d’un enfant. “J’ai couché pour la première fois avec mon copain à 12 ans. Peu de temps après, je suis tombée enceinte. Il m’avait promis que si on le faisait, il se marierait avec moi et il l’a fait.”
Il est fini ce temps où les enfants disaient, un peu dégoûtés : “Errrk ! Mes parents se sont embrassés.” Curieuse de savoir ce qu’est le sexe, Vanessa, 14 ans, n’a pas tardé à y goûter. “J’avais 13 ans et demi quand j’ai commencé. Avec mon copain, nous aimions regarder des films pornographiques. Nous avons eu envie de faire pareil.”

Le désir d’imiter.
Selon le site bfmtv.com, une enquête révèle que 10% des utilisateurs de sites pornographiques au niveau mondial sont des enfants de moins de dix ans.
Ils sont nombreux à franchir le cap, à peine sortis de l’enfance. Une enseignante du primaire témoigne. “Avant d’entamer les causeries sur la sexualité à l’école primaire, les enseignantes se font un devoir de prévenir les enfants sur les mots qu’utiliseront les officiers concernés afin qu’ils ne soient pas choqués. Une des filles de la classe nous a informés qu’elle avait des relations sexuelles avec son cousin, alors qu’elle a 9 ans et demi. Elle nous a aussi confié qu’elle avait commencé par se faire toucher par son cousin quand elle était en troisième et que cela lui procurait du plaisir. Aujourd’hui, elle a des relations sexuelles avec ce dernier.”
Le psychologue Bhagan du Mauritius Family Planning souligne : “Les enfants ont des pulsions sexuelles tôt, sont influencés par ce qu’ils voient et veulent tout imiter.” Un enfant est souvent intrigué par les nouvelles sensations qu’il ressent. Il se touchera par plaisir et sera tenté d’expérimenter encore plus. “Les jeunes sont influencés par leurs amis. Dans un groupe d’amis, si l’un d’eux a des rapports sexuels, les autres auront tendance à l’imiter.”


Séropositive à 15 ans
“Je suis séropositive depuis l’année dernière. À 13 ans, j’ai commencé à avoir des rapports sexuels. Je l’ai fait avec plusieurs de mes petits copains. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que j’ai contracté le VIH après qu’une dame m’a conseillé de me faire dépister. Par la suite, j’ai commencé à perdre mes cheveux et j’étais souvent très malade”, confie celle que nous prénommerons Cindy. Qui affirme qu’elle ne savait pas ce qu’était le VIH. “Quand j’ai su que j’étais séropositive, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je ne mangeais pas, j’étais abattue. Je me demande pourquoi cela m’arrive à moi et pas à quelqu’un d’autre. Toutes ces questions me taraudent.”


Vidya Charan, directrice de Mauritius Family Planning :
“Le corps de l’enfant n’est pas prêt”

Quelle est la situation concernant la précocité de la sexualité chez les enfants ?
En 2015, il y a eu 95 cas recensés; en 2016, 89 cas ont été recensés, et de janvier à mai 2017, il y a eu 31 cas.

Comment peut-on expliquer cette situation ?
Aujourd’hui, les enfants sont exposés à pas mal de choses, dont les smartphones et les tablettes. L’accès à internet n’arrange rien. Qui dit internet dit également accès libre aux contenus sexuels. Il faut évoluer avec son temps, mais il y a une limite à tout et il y a un âge pour tout. Leur jeune âge fait que des enfants sont tentés de répéter les choses qu’ils voient sur le net. Les moins jeunes exploitent les plus jeunes. Ils les poussent à faire certaines choses, dont des activités sexuelles.
Par ailleurs, il y a un renoncement de certains parents. Faute de temps, certains préfèrent laisser leurs enfants chez des voisins. Cela peut être dangereux. On ne sait pas vraiment ce que font les enfants quand ils ne sont pas chez eux.
De nos jours, les parents préfèrent offrir un objet à leurs enfants pour que ces derniers les laissent tranquilles. L’affection familiale et les corrections sont délaissées. Il faut savoir être ferme et strict.

Le manque d’affection joue-t-il un rôle ?
Quand un enfant est entouré et encadré par ses parents et ses proches, il ne pense pas à s’adonner à des activités sexuelles. Mais lorsqu’un enfant se sent délaissé, il aura tendance à se laisser faire. La façon de se comporter devant un enfant est importante. La manière d’interagir a un impact direct sur lui.

L’enfant sait-il ce qu’il fait en s’adonnant à un acte sexuel ?
Le fait de répéter ce qu’il voit ne signifie pas qu’il sait ce qu’il fait. Son corps n’est pas prêt pour un acte sexuel. L’envie de savoir ce qu’il en est le pousse à le faire.

Quelle est l’influence de l’environnement sur le développement des enfants ?
L’environnement où vit l’enfant a effectivement un impact. Si l’enfant grandit dans un environnement où les gens se bagarrent, il finira par trouver cela normal. Cette tendance marquera sa vie à jamais.

Faut-il apprendre aux enfants à l’école primaire ce qu’est le sexe ?
Cela fait un moment que nous avons demandé qu’on enseigne la Comprehensive Sexuality Education aux élèves de Standard 5 et 6, mais rien n’a été fait. Il incombe aux parents d’expliquer à leurs enfants ce que sont les parties intimes. Pour le reste, c’est à l’établissement scolaire de s’en charger.


À 8 ans, il est violé par des adolescents
Au lieu de mener une vie tranquille comme tous les adolescents de son âge, David, 14 ans, est obligé de fréquenter une école spécialisée. À 8 ans, il a été abusé sexuellement à plusieurs reprises par des adolescents de son quartier. Depuis, il vit dans le doute et se sent perdu. “Trois jeunes m’ont traîné dans les bois, près de chez moi. Ils m’ont sodomisé plusieurs fois. Je ne pouvais pas me battre car ils étaient nombreux.”
Meurtrie et blessée de l’avoir appris trop tard, sa tante avoue : “Timide et sur ses gardes, David a longtemps gardé pour lui son secret. Ce n’est que plus tard qu’il m’a tout raconté. Cette situation m’attriste énormément car cela a eu un impact sur sa vie. Il n’a pas eu de scolarité normale à cause de ces voyous. Tout petit, il n’a jamais connu l’amour de son père; ce dernier est toxicomane. Il est orphelin de mère; elle est décédée très tôt. Aujourd’hui, il vit chez moi. Je veux qu’il aille mieux.”


Du sexe pour de l’argent
“J’avais 10 ans à l’époque et j’adorais me promener dans les alentours de ma maison. Un jour, un vieil homme m’a proposé de m’offrir de l’argent : en échange, je devais avoir des rapports sexuels avec lui. La première fois, il m’a donné Rs 25; la deuxième fois, j’ai eu Rs 30, et la troisième fois Rs 50”, avoue celui qui est âgé aujourd’hui de 12 ans.
Trop jeune et naïf, il s’est laissé tenter par l’argent. Sa mère confie : “Il ne m’a rien raconté, jusqu’au jour où la direction de son école primaire m’a convoquée. Elle m’a informé que mon fils avait un comportement bizarre. Par la suite, il m’a dit qu’il avait très mal au postérieur. Il m’a raconté que cet homme lui faisait regarder des films X et qu’il le sodomisait fréquemment.”


Agnieszka Duvergé, directrice d’Action Familiale :
“Banalisation de la sexualité”

“Les enfants sont de plus en plus sexuellement actifs. Il y a une banalisation de la sexualité dans les messages véhiculés par les médias. En général, peu de jeunes sont équipés pour savoir comment différencier les messages diffusés par les médias”, souligne Agnieszka Duvergé, directrice d’Action Familiale. Dans des écoles primaires et secondaires, “nous rencontrons des jeunes qui ont été sexuellement abusés. Ils portent en eux des cicatrices jamais guéries. Ces jeunes-là ont une image déformée de l’amour et de la sexualité”.
Selon Agnieszka Duvergé, il faut aider un enfant à comprendre son corps, lui expliquer l’hygiène et “le bon et le mauvais toucher”. Il faut lui faire comprendre qu’il est un être sexué et lui parler de l’amour vrai. “Si l’enfant pose tôt la question de savoir ce qu’est une relation sexuelle, les parents sont appelés à répondre en la situant dans son vrai contexte et en adoptant la réponse à l’âge de l’enfant.”
En matière d’éducation sexuelle chez les enfants, la directrice d’Action Familiale confie : “Il faudrait penser à une pédagogie qui rejoint le jeune, à une approche intelligente, interactive et utilisant les technologies modernes.”