Christiane Taubira, garde des sceaux et ministre de la Justice française a accroché un deuxième trophée à son palmarès.
En 2001, elle fit adopter la loi sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité. Elle s'est tant investie dans cette lutte que la loi porta finalement son nom - la loi Taubira.
En 2002, elle fut la première candidate venant d'outre-mer, et de surcroît noire, à se porter candidate à la présidence sous la bannière du parti radical de gauche. Comme il fallait s'attendre dans tout système électoral monopolisé sinon accaparé par les grands partis politiques, elle n'eut qu'un très faible pourcentage de votes mais le parti socialiste commença à s'intéresser à elle.
Cette fois, en 2013, elle entrera définitivement dans l'histoire politique et juridique de la France par la grande porte. Introduisant le texte de loi sur le mariage pour tous, c'est-à-dire l'ouverture du mariage légal aux couples du même sexe, elle prit la peine de faire l'historique de la longue marche vers l'égalité des sexes dans le mariage, le divorce et la garde des enfants. Le principe du mariage civil portant l'empreinte de l'égalité devint la pierre angulaire de son argumentation. Tous, indépendamment de leur orientation sexuelle, doivent dans une société laïque et démocratique, bénéficier des mêmes droits matrimoniaux. Malgré la levée des boucliers, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'hémicycle, elle tint bon et défendit son projet de loi, bec et ongles, avec passion, verve et intelligence. De plus, elle nous révéla une intelligence très poétique. Un penchant pour la poésie, un sens d'humour très « à propos » semblent être sa marque de fabrique. En janvier 2013, elle termina son discours, par les mots du poète, Léon Gontran-Damas : « L'acte que nous allons accomplir est beau comme une rose dont la Tour Eiffel assiégée à l'aube voit s'épanouir enfin les pétales comme un besoin de changer d'air ».
Un mois s'est écoulé et finalement le 12 février 2013, la loi fut votée par le parlement. Elle doit maintenant être ratifiée par le sénat - croisons les doigts. De nouveau, comme lors de l'introduction de ce projet de loi, elle nous gratifia d'un cours magistral touchant à la relation homme-femme. Non sans un brin de son humour classique, elle rassura, en premier lieu, que le texte de loi ne supprimerait pas le « jeu amoureux ni chez les homosexuels ni chez les hétérosexuels ». Puis, elle continua - c'est trop important, pertinent et d'actualité, pour ne pas être reproduit dans son intégralité. « Il restera beaucoup de femmes pour vous regarder, messieurs, pour vous observer, pour essayer de percevoir derrière vos carapaces, la tendresse qui parfois vous habite, pour essayer de percer les défauts qui se cachent parfois sous vos dehors affables et pour discerner dans l'entrelacs de vos talents et de vos faiblesses si vous êtes capables de tracer des chemins sur la mer. Une fois qu'elles vous auront jugés, les femmes décideront soit de vous faire languir, soit de vous séduire ». Elle eut droit à un long « standing ovation » des députés et à un sourire approbateur du président de l'assemblée.
Ces paroles sont et seront sûrement d'actualité dans beaucoup de sociétés contemporaines.
Huit pays d'Europe reconnaissent le droit au mariage pour tous. A Maurice, il semblerait qu'on soit encore très loin d'une telle démarche - notre Code pénal criminalise toujours ce que les législateurs définissent comme la sodomie !
L'émergence d'une Christiane Taubira sur la scène politique mauricienne n'est sûrement pas pour demain compte tenu du poids sociopolitique des lobbies socioreligieux. Mais la politique ne doit-elle pas être aussi l'art du possible…