Savrina Chinien et Edmund Attong sont venus de Trinité-et-Tobago pour présenter en avant-première le 9 août dernier A mauritian mobius, une fiction mauricienne tournée principalement avec la Trup Sapsiway, dont Gaston Valayden, Marcel Poinen et Géraldine Boulle tiennent les rôles principaux. Maître de conférences à l’Université de West Indies (en littérature francophone et cinéma), la cinéaste défend ici le genre, nouveau à Maurice, de la comédie d’horreur qui fait rire tout en soulignant les travers de la société mauricienne.
A mauritian mobius a été présenté la semaine dernière au MCiné de Trianon sous l’égide de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC), organisme dont la réalisatrice, qui a quitté Maurice il y a 18 ans, a découvert l’existence après le tournage. Une première pour cette fiction et aussi pour le genre de la comédie d’horreur qu’elle inaugure à Maurice. Envisagé au départ comme un court-métrage, A mauritian mobius dure finalement une heure, et ce qui pourrait s’en tenir ailleurs à un sympathique et frissonnant divertissement, concentre, sous le regard de Savrina Chinien et Edmund Attong, les maux d’une société mauricienne où l’argent dicte sa loi et favorise l’exclusion.
Le titre fait référence à la boucle de Möbius, ce ruban qui, par le truchement d’une torsion, n’a ni envers et endroit, mais bien une seule et même surface. Avec ce film, ces caractéristiques se traduisent dans la narration, par l’exposition de trois histoires différentes, qui sont pourtant toutes reliées entre elles, par un même personnage, cette sexagénaire à la belle chevelure grise incarnée par Marie-Claude Comarmond, qui ouvre et conclut le film par la même séquence, filmée cependant sous un angle différent. Aussi, les différentes thématiques évoquées – les sans-abri, la drogue, l’affairisme qui détruit des vies au nom du progrès, les superstitions, et aussi l’influence prégnante des femmes – constituent la trame d’une seule et unique société mauricienne…
La caméra pénètre une charmante maison créole, où de nombreux objets témoignent d’un riche passé familial, mais cette balade nostalgique tourne vite au tragique lorsqu’elle s’attarde sur un avis d’expulsion posé sur le bureau. S’en suit la pénible scène du suicide de la maîtresse des lieux, qui se pend au moyen d’un sari, méthode particulièrement répandue dans la grande péninsule. Une poignée de main satisfaite devant la façade introduit aussitôt après, un jeune homme d’affaires interprété par Bruno Cheung. Nous le retrouvons peu après en compagnie de sa jeune épouse dans une maison flambant neuve, dont il faut déduire qu’elle a remplacé la maison en bois…
Cette idée de rupture liée à l’évolution économique de la société mauricienne est aussi illustrée à plusieurs reprises par le défilé de vues en mouvement (des travellings en termes techniques) des rues de Port-Louis, qui mettent en relief à la fois le chaos urbanistique, où s’entrechoquent des immeubles aux styles et conceptions grossièrement contrastés, et la disparition de la vie de quartier souligné notamment par la désertion nocturne qui hante chaque soir la capitale. Ces rues inhospitalières sont pourtant habitées par des sans-abri, deux dans le film que nous rencontrons en mauvaise posture devant l’écrasant immeuble de la Bank of Mauritius.