THE CLARISSES SISTERS LANCENT KALEIDOSCOPE ! : Soft & Swing

Papitou les a conduites à bon port. Annoncé à travers cette reprise de la chanson de Ti Frer en 2014, l’album de The Clarisse Sisters est sorti en ligne la semaine derrière. Dans ce Kaleidoscope !, une explosion de couleurs lancées haut dans le ciel comme un grand feu d’artifice pour célébrer un événement longtemps espéré. Une œuvre magistrale qui swingue dans un soft jazz qu’Annick, Véronique et Dominique dédient à Maurice, en prélude à un deuxième projet à dimension internationale.
D’autres diraient Ayo ! Pas sur le ton énervé qui coupe court à la discussion pour envoyer balader son vis-à-vis d’un revers de la main. Non ! Ce serait ici un Ayo ! presque langoureux. Vous savez : une expression exprimant un émerveillement ineffable que l’on aimerait pouvoir expliciter. Parce qu’une telle trouvaille ne se vit pas en égoïste. Au contraire, elle demande d’être partagée.
Mais quels mots choisir ? Comment savoir qu’ils sont les bons puisque nous entrons ici dans une dimension très technique, musicalement et vocalement ? Comment être sûr que le swing de ce douze-titres saura être expliqué avec toute la force ressentie ? Puisqu’il porte en lui cette énergie qui rend la musique tridimensionnelle et qui crée un espace où l’on se baladerait encore et encore pour mieux profiter des panoramas offerts. Trouvera-t-on la bonne formule pour décrire ce soft jazz complexe, domestiqué et rendu accessible par ces grandes voix complémentaires ? Et quoi dire au sujet de l’arrangement musical, qui vogue à travers les couleurs et les formes modulables d’un kaléidoscope pointé vers la lumière ?

Azio !
Tout cela serait un peu complexe à raconter si Ayo ! n’existait pas. Autant donc y aller ! Même pas Azio, comme tendent à le dire ceux qui font le duck face au moment des selfies. Mais un beau et gros Ayo primaire et admiratif, au risque de nous faire passer pour des groupies envoûtés. Et puis quoi encore ? Écoutez-les chanter : “Ayo c’est tout Maurice, petit, mignon et équivoque / Un mot sucré, malin, joyeux ou / triste, selon l’époque / Depuis l’enfance de plage en plage / au 3e âge dans la case / Ayo berce nos vies / nos émotions, c’est notre base. (…) Ayo c’est l’dernier mot / quand tout est dit, quand c’est fini / Dernière chanson, dernier poème / même pour le son / pas dire Amen / Ayo, mam, Ayo papa, au bout du compte et bien Merci / Car c’est si beau, et c’est d’ici / en guise d’Adieu vous dire / Ayo et… je vous aime !”, et vous comprendrez toute la magie de cet album.
C’est sur ces paroles tirées de leur titre Ayo que se ferme Kaleidoscope !, le tout premier album du trio The Clarisse Sisters. Un spectacle merveilleux, une grande balade musicale avec les sœurs Annick, Véronique et Dominique, qui se livrent ici sans retenue pour un opus qui marquera définitivement son temps. Kaleidoscope ! n’a pas de comparaison. Il n’en a pas besoin, ses propres références lui suffisent. Faut-il encore citer la solide collaboration qui a lié Véronique et Annick à la chanteuse polonaise Basia ? Ou que les jumelles restent considérées comme les meilleures choristes d’Erasure, qu’elles ont accompagné alors que le groupe de pop-électronique britannique vivait son âge d’or ? Que Dominique est l’une des plus prestigieuses chanteuses du circuit hôtelier et qu’elles ont toutes l’expérience internationale ?
Le défi pour les sœurs Clarisse était d’être à la hauteur de cette solide réputation qu’elles se sont construite durant ces deux dernières décennies, à travers un parcours qui les a conduites vers de nombreuses expériences musicales et autant de rencontres à travers le monde.

Retour.
Des amis des États-Unis ont acheté l’album, sorti sur iTunes la semaine dernière, et les premiers commentaires venant de là-bas ont été élogieux, nous dit leur entourage. Kaleidoscope ! n’espérait pas aller aussi loin. Ces premières réactions confirment que son succès sera au-delà des stratégies imaginées. Pensé pour être international, l’album a fait un virage pour revenir en terre natale au fil de sa conception. Le premier single présenté l’année dernière avait montré le désir des Clarisse Sisters d’être résolument mauriciennes. Leur reprise de Papitou était un hommage à Ti Frer et à leurs racines.
Les prochaines compositions dans le cadre de ce projet étaient des hommages systématiques qu’elles rendaient à Maurice. Décision fut finalement prise d’orienter Kaleidoscope ! vers le public mauricien, alors que des collaborations avaient déjà été conclues avec Basia, Jason Heerah, Jean-Paul Bluey Maunick et quelques autres. Fire and Ice, déjà enregistré avec la chanteuse polonaise, et les autres titres à portée internationale, ont été mis de côté pour un deuxième projet.
En quelques mois, de nouvelles compositions ont été travaillées pour compléter Kaléidoscope ! Après une première fructueuse collaboration avec Belingo Faro, le trio a compté sur la sensibilité d’Olivier David pour finir son album. Daryl Manick, Ashley Spéville, Maurice Antoinette, Philippe Thomas, Samuel Laval, Kersley Sham et l’Ensemble 415 figurent parmi les artistes qui ont participé à l’album, où l’on retrouve aussi Menwar.

Port-Louis.
Mais pour le moment, direction Port-Louis : “Ça boit du alouda ou une chopine cola / Ça parie aux courses ou dans l’Quartier chinois / Ça prie la Vierge et Père Laval / Partout ça processionne : Marie Reine de la Paix, Ste Croix / Vive la devoción / T’es à Port Louis / Des ruelles, des tours, du bruit et le parfum du briani…” Annick, Dominique, Véronique et Jean-Luc Willequet ont puisé dans le paysage local pour composer. En français, anglais et en kreol, les chanteuses racontent le pays avec réalisme, tout en évitant la naïveté de l’image carte postale. Il y a aussi cet hommage à Malcolm De Chazal avec Petrusmok, qui intervient avant une histoire d’exode : Australis. Guardians of Eden est considéré comme ce trait d’union qui lie Kaleidoscope ! au prochain album des Clarisse Sisters.
“Le moment était venu. Nous le ressentions au fond de nous !”, répondent presque en même temps les trois sœurs pour expliquer la décision de sortir enfin un album. La période d’angoisse qui les avait accompagnées au moment où le projet avait été lancé il y a deux ans est passée. Entre-temps, à travers différents live, The Clarisse Sisters a su renouer avec la scène locale, que le trio ne compte pas quitter de sitôt.
Très prochainement, l’album physique sera sur le marché. Des concerts sont prévus pour accompagner ce lancement.