Clavet est un village paisible, entouré de champs de cannes, situé entre Sébastopol et Kewal Nagar, dans l’est de l’île. C’est un hameau convivial abritant un peu plus d’une cinquantaine de maisons. Sa petite taille et son atmosphère chaleureuse séduisent les visiteurs, qui sont accueillis par des villageois sympathiques.

Entre les champs de cannes et les bananiers

 

Clavet est quasiment introuvable sur la carte de Maurice. Ce n’est qu’en traversant Sébastopol que nous parvenons à le situer. Il serait dommage de passer à côté sans faire un petit arrêt car l’endroit, gâté par la nature, est assez typique. Nous découvrons ce hameau bordé de quelques maisons, de champs de cannes et de bananiers. Pour les petits comme pour les grands, Clavet est synonyme d’évasion. C’est un endroit où l’on respire l’air frais et qui permet d’échapper à la vie stressante.

L’histoire de Clavet, selon Gundrunath Soopal

Gundrunath Soopal nous accueille sur le seuil de sa maison. Il tient à nous raconter

Gundrunath Soopal

l’histoire et l’évolution de Clavet. Préférant discuter à l’air libre afin de nous montrer son patelin, le doyen de 77 ans a les souvenirs intacts. Il habite le village depuis 1945. “Ma maman est née ici. Elle est partie vivre à Quatre Sœurs quand elle s’est mariée. Je suis né là-bas. Je suis retourné à Clavet après le passage d’un cyclone en 1945.”

Gundrunath Soopal a vécu à une période où le village était doté de peu de facilités. Il n’y avait pas de route asphaltée et pas la moindre trace d’infrastructure : “ti ena sime saret”. Les maisons étaient en paille et le seul moyen de transport à Clavet était la charrette à bœufs. “J’ai connu cette époque où les enfants allaient à l’école pieds nus. L’école primaire se trouve à Sebastopol et il fallait marcher pour s’y rendre car aucun autobus ne passait par ici.” Pour poursuivre sa scolarité, il devait aller à Flacq à vélo car l’argent ne coulait pas à flot. “Un ticket d’autobus coûtait Rs 6. Une somme que je n’avais pas.”
Gundrunath Soopal se rappelle des histoires que racontaient ses aïeux.

Le hameau était la propriété de Mademoiselle Poisson, une riche propriétaire. “Son neveu a eu les papiers entre les mains et a acquis le terrain”, relate cet ancien conducteur d’autobus scolaire à la propriété de Beau Champ et ancien président du village. C’est alors que le bourg fut nommé Clavet. Les choses ont peu à peu changé et les villageois ont chacun eu une parcelle de terre.

Ce n’est qu’après l’indépendance que les routes de Clavet ont été asphaltées. “En 1975, nous avons enfin eu l’électricité. Par la suite, le bourg a connu beaucoup de changements.”
Gundrunath Soopal est aujourd’hui à la retraite, après avoir travaillé pendant quarante ans. Il s’estime heureux de pouvoir vivre à Clavet. “Ou kapav kit ou loto la. Pa pou ariv nanye.”

Jayraj Prayag, le peintre en carrosserie

Pistolet de peinture à la main, Jayraj Prayag s’attelle à la tâche. Au moment où nous débarquons dans son garage, il est en train de peindre les parties importantes d’une camionnette. Comme tous les peintres en carrosserie, il redonne des couleurs aux véhicules abîmés.

Jayraj Prayag

Jayraj Prayag exerce ce métier depuis une dizaine d’années et est connu de tous les habitants du village. “Avant, je travaillais dans une usine. J’ai tenté ma chance ailleurs et j’ai changé de profession. Depuis, tout roule. Les gens des villages avoisinants me sollicitent beaucoup”, dit cet homme de 33 ans. Il reçoit le soutien de ses voisins. “Mes voisins ne se sont jamais plaint des vapeurs toxiques des peintures, des solvants et du bruit. Zot konpran ki mo pe tras mo lavi”, nous confie ce natif de Clavet, avant de prendre congé de nous.

L’homme de labeur

À peine sortis de l’atelier de peinture en carrosserie de Jayraj Prayag, nous rencontrons

Oodrassen Moosanah

Oodrassen Moosanah. Il flâne dans les rues et n’hésite pas à nous toucher quelques mots. À 62 ans, il a passé la majeure partie de sa vie à travailler dans les champs de cannes. “Nous sommes entourés de champs de cannes. Avant, nous étions nombreux à y travailler. Les jeunes d’aujourd’hui n’exercent plus ce métier”, confie ce père de trois enfants, visiblement heureux malgré la dureté de la vie. “Nous avons la chance de vivre ici. Le climat et les gens sont agréables.”

La joie de vivre de Droopatee Matadeen

Peu après l’heure du déjeuner, nous nous dirigeons vers la maison de Droopatee Matadeen. Elle s’affaire à couper les tiges de bred sonz dans sa cuisine. Cette veuve de trois enfants, qui habite la région depuis qu’elle s’est mariée, nous partage sa passion pour la cuisine. “J’adore cuisiner mais je ne cultive pas de légumes même si je laboure la terre”, dit cette dame fort sympathique de 59 ans.

Droopatee Matadeen

Pour s’approvisionner en fruits et en légumes, les habitants se rendent à Sébastopol, à Montagne Blanche, à Flacq et à Bel Air.
Droopatee Matadeen se réveille tous les matins à 3h30 pour aller travailler dans les champs. “Je suis habituée à la vie d’ici. Je n’ai pas peur de marcher toute seule aux petites heures du matin pour me rendre au travail.”

Après le décès de son époux, elle a été contrainte de travailler. “Travailler les champs est dur mais je suis habituée. C’est la vie. Il faut faire avec”, dit-elle, le sourire aux lèvres.

Le sport rassemble la communauté

En face de la demeure des Matadeen, nous apercevons Navin Chatkan, entraîneur de

Navin Chatkan

volley-ball et employé au centre communautaire de la localité. Il nous reçoit dans son lieu de travail car la pluie pointe le bout de son nez. Comme Gundrunath Soopal, il s’occupe du bien-être du village, en privilégiant le sport. “Les jeunes du quartier se rencontrent souvent au centre pour jouer au volley-ball”, confie cet homme de 43 ans. Navin Chatkan souligne que les gens se rassemblent autour du sport car il n’y a pas d’autre activité disponible.
Nul besoin d’aller ailleurs pour être au calme. Navin Chatkan affirme que Clavet a su garder sa tranquillité au fil des années.