CLIMATO-SCEPTICISME : LA MENACE SE PRÉCISE

Trump ne s'est pas trompé. C'est plutôt l'incompatibilité du système économique actuel avec la préoccupation écologique au niveau mondial qui se trouve sur le banc des accusés. D'ailleurs, ce n'est certainement pas un hasard si tous les dirigeants des pays développés avaient choisi de faire complètement l'impasse sur le rapport accablant « Planète vivante », un vaste bilan de l'état de la Terre et de sa biodiversité, publié en octobre 2015 par le WWF. S'il convient tout de même de saluer les efforts consentis par 193 États à Paris en décembre 2015 – Accord renié désormais par les États-Unis – , limitant toute augmentation de la température atmosphérique à 2ºC, force est de reconnaître toutefois que l'exigence de la croissance à tout prix pour maintenir à flot un système économique dont l'existence dépend entièrement d'une alimentation ininterrompue en matières premières, provoque un changement majeur au niveau environnemental ; d'autant que la concentration du gaz principal du réchauffement climatique, le CO2, a déjà franchi le seuil symbolique de 400 ppm, par rapport à 280 ppm au début de la révolution industrielle. Même le Protocole de Kyoto de 1997 prônant une réduction des émissions des gaz à effet de serre de 5,2% du niveau de 1990 durant la période 2008-12 n'a pas donné les résultats escomptés. Dans ce contexte, il va sans dire qu'entre la ratification des résolutions du COP21, pourtant chaudement acclamées par  les 193 États  à Paris et leur mise en pratique, il y a loin de la coupe aux lèvres.
 Donc, avec la décision de Donald Trump de renoncer au COP21, la prévision de l'Agence environnementale européenne (AEE) portant sur un réchauffement entre +2ºC et +6ºC durant ce siècle – par rapport à +0,95ºC durant le siècle dernier – risque malheureusement de se matérialiser. Selon de nombreux observateurs, cette décision du président américain ne peut être dissociée des intérêts financiers inavouables des grands groupes pétroliers et d'autres énergies fossiles dont les contributions à la caisse de la campagne électorale de 2016 sont estimées à plus de 100 millions de dollars et dont 90% étaient destinés aux candidats républicains. Mais la corruption du système politique qui phagocyte tant les principes fondamentaux de la démocratie, n'est pas un phénomène endémique aux États-Unis ; aucun pays, y compris le nôtre, n'en est épargné. Prenant manifestement à contre-pied sa fille et proche Conseillère, Ivanka, le président Trump avait prétexté que, tout en favorisant d'autres grands pollueurs tels l'Inde et la Chine,  l'Accord de Paris « constitue un obstacle majeur à notre  économie » et « c'est pourquoi il nous faut en sortir ».
  Pourtant, comme avait fait ressortir la Banque mondiale dans un rapport publié en novembre 2012, « la lutte contre le réchauffement climatique n'est pas l'ennemi de la croissance ; elle constitue même une opportunité singulière pour relancer l'économie sur des bases saines et durables à travers l'exploitation de nouveaux secteurs de développement ».  Selon les statistiques publiées en 2016 par l'International Energy Agency (IEA), les émissions du CO2 per capita représentent une moyenne de 4,5 tonnes sur le plan global ; or, ce chiffre est 4 fois supérieur pour un Américain. Ainsi, avec Trump rejoignant le camp des climato-sceptiques, suscitant du coup la relance de l'industrie du charbon et d'autres énergies fossiles aux Etats-Unis, la menace sur l'ensemble de la biosphère ne fait que s'amplifier. Le temps presse, la biocapacité de la Terre est limitée et la course infernale vers la croissance risque de la suffoquer davantage. D'ailleurs, selon un rapport de l'UNICEF publié le 31 octobre 2016, plus de 500,000 enfants de moins de 12 ans meurent chaque année des causes de la pollution environnementale. C'est pourquoi, le changement de notre relation envers l'environnement est, dans les circonstances actuelles, primordial et doit être motivé par un impératif de survie de la planète, de toutes les espèces qu'elle abrite, y compris la nôtre.