COLLECTIF URGENCE TOXIDA - CAMPAGNE DE SENSIBILLISATION : Gurib-Fakim se jette dans la lutte contre la drogue

La présidente de la république  : « Les toxicomanes sont des malades qui ont besoin de traitement et d’encadrement »

 Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République, est intervenue brièvement, hier, lors de la conférence internationale de CUT (Collectif Urgence Toxida), axée sur la réduction des risques, qui se tient au Palms Hotel, à Quatre-Bornes. « J’ai déjà entamé le travail avec un “think tank” au niveau de la State House. On lancera, d’ici peu, une campagne de sensibilisation que l’on voudrait forte et frappante », dit-elle. Citant l’exemple du Portugal, elle a déclaré que « les toxicomanes sont traités comme des malades ! Il faut changer de regard… »
« Nous devons comprendre et apprendre des exemples de l’étranger », a déclaré la présidente de la République. « Il y a beaucoup d’autres pays qui connaissent la répression. Je me suis documentée récemment sur le cas du Portugal, par exemple, et la manière dont ce pays a entrepris de résoudre le problème de la drogue en ce qui concerne les toxicomanes ». Elle devait noter que « ce matin, lors de son intervention ici même, le Premier ministre vous a certainement fait part de son mandat s’agissant des trafiquants et du combat qui est mené par le pays contre ces derniers. Et je crois comprendre qu’il a également évoqué la question de traitement pour ce qui est de ceux qui sont victimes de la drogue, les toxicomanes ». Au Portugal, dit-elle, « les toxicomanes sont des “in-patients”. Ce sont des personnes qui ont besoin d’être prises en charge et qui requièrent des traitements ». De ce fait, dit-elle, « il convient de changer de regard. Cela aidera aussi à changer le regard dans la manière des uns et des autres à considérer le malade lui-même. (…) Nous allons bientôt lancer une campagne de sensibilisation. J’hésite à utiliser ce mot, mais pour résumer en une formule, nous allons faire de sorte que cette campagne ait un “Coca Cola effect”. C’est-à-dire qu’elle sera constante et présente, soutenue par des images choc destinées à frapper et faire réfléchir ». Comme exemple, Ameenah Gurib-Fakim a évoqué « un cerveau sain et un autre qui a été affecté par la prise de substances nocives… Je peux vous dire que c’est le type de message qui aura certainement un impact sur les jeunes ! »
Elle a démarré sa courte allocution sur les mesures de réduction de risques (RdR) en relevant qu’« au niveau de la présidence de la République, nous avons lancé un processus de réflexion depuis quelque temps déjà, avec des acteurs dans ce secteur, dont Nicolas Ritter, qui est présent ici aujourd’hui ». Plusieurs Ong font également partie de ce « think tank », a-t-elle ajouté. « Nous avons ainsi fait notre “homework”, et nous savons que le danger le plus grave concerne les nouvelles drogues synthétiques (NDS). En tant que scientifique, j’ai compris que ces produits qui sont à la portée de nos jeunes contiennent un peu de tout et de rien. Et le plus grave, c’est que ces produits tuent ». D’où, a-t-elle fait ressortir, « la nécessité de cette campagne de sensibilisation qui ciblera surtout les plus jeunes et qui sera une constante ».
La campagne comprendra « des activités destinées à valoriser autant nos jeunes que leurs parents ». Ameenah Gurib-Fakim a expliqué que « nous avons réalisé que nos jeunes deviennent les proies faciles des trafiquants de drogue quand ils sont livrés à eux-mêmes. Par exemple, dans la fourchette de 15 heures à 18 heures, entre le moment où ils rentrent chez eux après les classes et l’arrivée à la maison de leurs parents… » L’action envisagée sous la férule de la présidente de la République « s’attachera à impliquer nos jeunes dans des activités sportives et artistiques. Mais nous amènerons aussi les parents de ces jeunes à s’impliquer, car il n’y a rien de plus valorisant pour un jeune de s’illustrer, que ce soit sur le plan sportif ou artistique, en présence de ses parents. De même, ce type d’exercice servira à raffermir les liens entre parents et enfants ».
La présidente de la République a également annoncé la mise en opération d’une hotline « qui garantira l’anonymat à ceux qui appelleront, car nous savons qu’à Maurice, l’addiction demeure un sujet tabou. Et en même temps, nous voulons que sur cette ligne, ceux qui appelleront bénéficient d’une écoute, voire de conseils ».
Pour sa part, Nicolas Ritter, directeur de PILS, a souligné que « beaucoup de nos jeunes, dont des mineurs, deviennent, jour après jour, victimes des drogues. Et ils n’ont pas d’accès aux traitements ni aux soins, parce qu’ils ont moins de 18 ans. Pas de méthadone, pas de seringues propres parce qu’ils sont mineurs. Il faut sérieusement penser à “take on board” ces jeunes victimes… »

Danny Philippe :
« Il faut arrêter d’incriminer les consommateurs »

« Il faut arrêter d’incriminer les consommateurs de stupéfiants ». C’est qu’a plaidé le président de l’Ong Collectif Urgence Toxida (CUT), hier, au Palms Hotel, Quatre-Bornes. Danny Philippe intervenait à l’ouverture de la troisième édition de la Mauritius Harm Reduction Conference en présence du Premier ministre, Pravind Jugnauth. Pour lui, c’est « en incriminant les consommateurs que les programmes visant à réduire la dépendance se soldent par un échec ». Il a fait un plaidoyer auprès des autorités pour que soit revue la politique qui consiste à incriminer les consommateurs. « La place des consommateurs ne doit plus être en prison », affirme-t-il.
S’appuyant sur un exemple concret qui se serait déroulé il y a une semaine, où « quatre policiers se sont déguisés en infirmiers près d’un van de distribution de méthadone pour mettre la main sur un consommateur », le président de CUT a fait ressortir qu’une telle approche décourage les consommateurs à venir suivre le programme. « C’est sûr que certains consommateurs qui, sous l’influence de la drogue, commettent parfois des délits, seront réticents à venir chercher de la méthadone ». Il ajoute qu’à l’étranger, dans des pays où la consommation des stupéfiants a chuté de manière importante, « les policiers ne viennent pas là où on distribue de la méthadone ».
Il cite aussi le cas d’un consommateur arrêté cette semaine après avoir bénéficié d’une seringue. « Nous avons deux lois ici : la HIV Aids Act, qui autorise les seringues, et la Dangerous Drug Act, qui incrimine cela. Tout cela décourage les personnes dépendantes aux stupéfiants à venir suivre le programme. Si on marche avec une seringue, la police peut nous arrêter. Les programmes de “harm reduction” ne peuvent pas bien marcher ainsi ». Danny Philippe fait ressortir que bien des pays sont en train de modifier leurs lois, à l’exemple des Seychelles. « La place des consommateurs de drogue ne doit plus être à la prison ». Pour cela, il se dit d’avis qu’il faut « une réelle volonté politique ». Et d’ajouter : « Nous voulons travailler avec les autorités, mais il importe de revoir cette politique qui consiste à incriminer les consommateurs ».
Shaun Shelly, qui a consacré beaucoup de temps à la compréhension du recours aux stupéfiants et à l’effective drug policy et qui complète par ailleurs un doctorat en Addiction Psychiatry à l’Université de Cape Town, a pour sa part dit son appréciation de voir des représentants des autorités présentes à l’ouverture de la conférence. « Cela démontre que vous prenez la vie des gens au sérieux ». Celui qui est en outre l’African and Middle Eastern Representative on the Strategic Sub-committee for the International Drug Policy Consortium, a interpellé par ailleurs les membres du gouvernement : « At the end of the day, when you sit in front of your people, they will ask you : “what did you do ?” ». Il devait rejoindre le président de CUT en disant que « nous ne pouvons incriminer les consommateurs. Certains se remettent plus vite, d’autres prennent plus de temps ». Les thérapies qui “antagonisent” ne fonctionnent pas, dit-il. « La thérapie sur le long terme, elle, marche ». La question aujourd’hui, poursuit-il, est celle-ci : « What are we going to do to make it happen. Just prove that the programs work. I want you to be a shining light in Africa ».