COM — APRÈS 29 ANS D'ENGAGEMENT: Vivian Gungaram tire sa révérence

Le secrétaire-général du comité olympique mauricien (COM), Vivian Gungaram, ne postulera pas pour un nouveau poste au sein de cet organisme lors de l'Assemblée générale élective du 25 avril. Sa décision est prise depuis janvier de l'année dernière et elle est irréversible. Vivian Gungaram prend ainsi définitivement ses distances du mouvement olympique après un engagement de 29 ans. « J'ai passé énormément de temps au sein du mouvement olympique. J'y ai apporté ma contribution pour faire du COM ce qu'il est aujourd'hui. L'heure est venue de partir et l'important est de savoir sortir par la grande porte », a-t-il déclaré.
 L'histoire entre Vivian Gungaram et le COM, c'est plus de 20 ans d'engagement qui trouve sa source à l'issue des élections de 1989, après les Jeux olympiques de 1988 à Séoul en Corée du Sud. Il est alors élu en tant que vice-président au sein du COM, connu à cette époque comme le comité national olympique mauricien (CNOM). Vivian Gungaram cumulera un autre mandat jusqu'en 1996 avant de se retrouver ensuite hors du comité directeur présidé par Chintamun Rambocus pour les huit prochaines années. C'est sa franchise, a-t-il fait remarquer, qui lui a fait payer le prix fort. « Il y avait beaucoup d'opacités autour des finances du CNOM à l'époque et c'est la raison derrière le début de mon long combat pour plus de transparence. »
Un pavé dans la mare après le JO de 1992
De retour des Jeux olympiques de 1992 à Barcelone en Espagne, Vivian Gungaram décide de tout déballer. « C'est aux JO de Barcelone que tout a commencé. Je ne faisais pas partie de la délégation mauricienne, car j'étais dans l'organisation technique de la fédération internationale. J'ai appris certaines vérités sur les finances du CNOM et j'ai décidé de tout étaler. Même feu Ram Ruhee avait reconnu les faits dénoncés à l'époque, même s'il ne les avait pas publiquement dénoncés », a-t-il expliqué.
Dégoûté à l'époque par tant d'opacités sur certains dossiers, Vivian Gungaram ne voulait pas être à nouveau membre du COM lorsque Philippe Hao Thyn Voon est venu le voir chez lui à l'orée des élections de 2005. « Philippe m'a expliqué qu'il avait également eu des problèmes lorsqu'il a cherché à avoir des éclaircissements sur certains dossiers. Il m'a dit que Ram (Ruhee) était avec lui et qu'il allait le soutenir. C'est comme ça que j'ai accepté sa proposition pour revenir aux affaires », a souligné Vivian Gungaram.
Les changements préconisés n'interviennent cependant pas à l'issue des élections de 2005, puisque c'est un partage de pouvoir à l'israélienne qui est adopté — les deux premières années de présidence à Chintamun Rambocus et les deux autres à Philippe Hao Thyn Voon. Il a donc fallu attendre 2009 pour que Vivian Gungaram devienne le secrétaire-général du COM. Neuf ans après, il concède que tout n'a pas été parfait, mais au moins, a-t-il fait remarquer, le COM fonctionne désormais dans la transparence. « Philippe et moi voulions surtout mettre les finances au clair. Neuf ans après, je peux dire que je pars avec le sentiment du devoir accompli », a-t-il indiqué.
Le « nouveau COM » se penchera également sur les aides financiers et autres stages, désormais répartis équitablement. « Avant qu'on prenne les choses en main, les aides financières étaient accordées aux fédérations qui étaient dans un cercle fermé. Il en était de même pour les stages accordés aux athlètes et entraîneurs. Tout cela est révolu. Nous avons désormais des statistiques qui prouvent que tout le monde bénéficie des aides et autres stages auprès du COM », a-t-il fait ressortir.
Finances plus transparentes
Vivian Gungaram a ajouté que depuis 2010, et ce, jusqu'en 2015, presque toutes les fédérations sportives ont bénéficié chacune d'une aide de Rs 40 000 pour leurs besoins administratifs. « Ce n'est que l'année dernière que le COM a cessé de soutenir les fédérations sur cet item, étant donné que l'argent est utilisé pour payer les dettes de la construction du quartier général à Trianon. En somme, on peut dire que les fédérations ont participé à la réalisation du siège du COM, qui comprend aussi le musée olympique », a-t-il déclaré.
C'est donc avec le sentiment du devoir accompli que Vivian Gungaram mènera à terme sa dernière mission qu'est l'organisation du Queen Baton Relay prévu demain et après-demain. « Ma décision de partir avait été prise en janvier 2016. J'ai dit que je partais après les Jeux olympiques de Rio (Brésil). Les jeux terminés, Philippe m'a demandé de prendre en charge l'organisation de la formation MEMOS II et du Queen Baton Relay avant de me retirer définitivement. J'ai accepté sans me rendre compte que ces deux activités étaient en 2017. J'ai donc décidé de boucler la boucle avant de partir », a-t-il souligné.
Pour conclure, Vivian Gungaram a précisé qu'il a décidé de prendre ses distances ni pour cause de fatigue et encore moins pour des raisons de santé.« Je suis une personne de principe et donc, je me retire après les Jeux de Rio comme décidé. Je l'ai également fait en 2009 après 20 ans en tant qu'ITO (international technical officer) au sein de la fédération internationale », a-t-il déclaré. Il a ajouté que son départ du COM lui laissera beaucoup plus de temps pour se consacrer à son rôle de président au sein de l'Association mauricienne d'Athlétisme (AMA), mais également en tant que consultant au sein de l'International Association of Athletics Federation (IAAF) et en tant que représentant du COM au sein Comité organisateur des Jeux des îles (COJI) dont les jeux sont prévus en 2019 à Maurice.



SON PLUS MAUVAIS SOUVENIR: Les « menaces » des élections de 2013
Ce sont les « menaces venant de la part de deux haut cadres du ministère de la Jeunesse et des Sports » le jour des élections du COM de 2013 qui demeurent, à ce jour, le plus mauvais souvenir de Vivian Gungaram en tant que SG. Il était alors en compagnie de Jérôme Poivey, représentant du Comité international olympique (CIO), et de Mustapha Beraf, premier vice-président de l'Association des comités nationaux olympiques africains (ACNOA) à Port-Louis.
« Les haut cadres du MJS m'ont dit que si je ne venais pas au Gold Crest à Quatre-Bornes avec tous les documents nécessaires pour la tenue des élections, les aides financières allouées à la fédération d'athlétisme allaient être bloquées par le MJS. On a même voulu me faire peur en me disant que la police allait m'arrêter. En colère, je leur avais dit qu'il n'y avait personne d'assez puissant pour me faire venir à Quatre-Bornes. Et je ne suis pas parti », se remémore Vivian Gungaram.
Il a précisé qu'il était sûr de sa position face à ces « menaces », car la veille, il avait déjà pris connaissance du jugement du juge Bushan Domah au sujet de ces élections du COM. « Dans le 'ruling', il n'y avait aucune nécessité d'organiser des élections. Ce qui m'a le plus dégoûté, c'est la façon de faire, voire ces menaces venant de deux fonctionnaires de l'État. Il n'empêche que cela ne m'a ensuite pas empêché de pardonner et de garder de bonnes relations avec ces deux officiers. Car ils ont été contraints d'agir sous pressions politiques », a-t-il souligné.
D'autre part, les neuf dernières années passées en tant que SG du COM ont aussi permis à Vivian Gungaram de mieux cerner la personnalité des dirigeants sportifs. Il pousse le bouchon plus loin en précisant : « j'ai appris à mieux connaître les dirigeants sportifs, leurs objectifs et surtout leur façon d'opérer pour rester au pouvoir. Je dirai même que certains dirigeants du COM et de fédérations t'attendent souvent au coin de la porte pour te donner ensuite un coup dans le dos. C'est aussi ça le sport mauricien ! Et ce n'est malheureusement pas de cette façon que le sport progressera. »
S'il est resté toujours fidèle au sport, c'est surtout par amour, par principe et par plaisir. « Si j'ai passé autant de temps dans le sport, c'est avant tout par plaisir. Car il est très important lorsque je rentre chez moi que ma journée de travail ait été un réel plaisir. Valeur du jour, je ne suis pas retourné à la maison en colère. Je me retire donc du COM pour éviter que cela ne se produise à l'avenir », a-t-il précisé dans une phrase lourde de sens…