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COMBAT CONTRE LA PAUVRETÉ DANS LE MONDE: Un dialogue de sourds

De nombreux intervenants des pays du sud - comprenant le ministre des Affaires étrangères de Maurice - qui se sont succédé à la tribune des Nations unies fin septembre/début octobre n'ont pas manqué de souligner que ce sont leurs économies qui sont aujourd'hui les plus durement touchées par les effets de la crise financière de même que du phénomène du réchauffement climatique alors qu'ils ne sont guère responsables de cet état des choses. S'il est vrai qu'à la signature de l'accord de Marrakech en 1994 régnait, chez les pays en développement, une certaine appréhension par rapport à l'élimination des barrières tarifaires, le sentiment de se retrouver dans la cour des grands et de pouvoir être tiré vers le haut par les plus puissants avait fini par convaincre les plus sceptiques de la justesse de leur décision.
Or, aujourd'hui, alors que c'est la relance des activités de la part des États développés qui est attendue pour faire repartir la croissance, l'imposition de l'austérité à la récession ne fait qu'aggraver le climat de morosité et de déprime au niveau global. Et il est malheureux qu'en voulant, sans doute, aller vite en besogne et ce, manifestement, pour des motifs purement politiques après le chute du communisme, les concepteurs de la politique de la mondialisation n'ont prévu aucun mécanisme de protection pour les États les plus pauvres contre les défaillances économiques venant d'ailleurs. Et ces derniers en paient aujourd'hui lourdement les conséquences. Car l'on ne peut procéder au démantèlement de façon abrupte, des frontières commerciales protectrices en l'absence d'un level playing field en matière de moyens de production et de développement. Et c'est effectivement l'existence des conditions inégalitaires qui encourage le dumping des produits dans les pays du sud, à l'instar des produits agricoles subventionnés aux États-Unis et en Europe et qui a, dans une grande mesure, jeté des centaines de milliers des paysans en Afrique dans les affres du chômage et en Amérique latine, dans les filets d'une narco-économie qui constitue leur seule source de survie.
 Mais ce qui est encore plus préoccupant dans les circonstances actuelles, c'est qu'avec l'approfondissement de la récession dans de nombreux pays du nord, la crise de la croissance pourrait se transformer en crise de développement dans les États les plus vulnérables, remettant fondamentalement en cause le processus de la réduction de la pauvreté. Déjà, de nombreux pays du continent africain sont aujourd'hui plus mal lotis qu'ils ne l'étaient il y a 50 ans. Si, à l'époque des indépendances, leurs revenus per capita dépassaient souvent ceux des pays d'Asie du sud-est, aujourd'hui, ce sont 40% des 900 millions Africains qui vivent avec moins d'un dollar par jour alors que la Corée du sud, elle, est 40-50 fois plus riche qu'en 1960.
 Mais il convient toutefois de reconnaître que parmi les facteurs qui ont tant handicapé le développement du continent, l'on relève l'instabilité politique chronique et la mauvaise gestion des affaires de l'État. Ce sont d'ailleurs les pays africains qui arrivent en tête de liste de Transparency International sur la perception de la corruption. Or, les investissements directs constituent l'un des meilleurs indicateurs de la santé économique d'une nation. Mais il est évident que sans la politique de bonne gouvernance et de l'application des lois, l'attraction des capitaux ne pourrait se manifester. Seuls des partenariats entre les gouvernements et les investisseurs sûrs permettraient au continent de sortir de la situation actuelle dans laquelle il est plongé. Même l'annulation de la dette pourrait ne pas donner les résultats escomptés car tout en ruinant les efforts de bonne gouvernance mis en place par quelques États vraiment décidés à s'affranchir de la tutelle financière de l'occident, elle est susceptible, en même temps, de récompenser des pays qui, eux, ne font rien pour promouvoir la transparence de leurs comptes et l'assainissement de leur administration.
 Certes, l'Aide publique au développement (APD), même si elle est en pleine régression, a joué un rôle non négligeable dans le combat contre la pauvreté. Cependant, les pays donateurs apporteraient une contribution beaucoup plus significative s'ils travaillaient de concert avec les leaders politiques locaux mais aussi les dirigeants des milieux économiques et de la société civile afin d'élaborer avec eux des solutions durablement efficaces.
 Ainsi, si en matière de développement économique, le continent africain a encore un long chemin à parcourir, sur le plan environnemental, cependant, il continue à subir en silence les effets du réchauffement climatique qui sont particulièrement sévères sur la sécurité alimentaire de même que sanitaire. Ayant été manifestement dans l'incapacité de voir plus loin que le bout de leur nez, les concepteurs de l'accord de Marrakech ont, semble-t-il, complètement fait l'impasse sur les conséquences écologiques de la folle course vers la croissance et la compétitivité sur la planète dans son ensemble et sur les pays les plus vulnérables, en particulier. Car si la grande majorité des pays aujourd'hui sont membres de l'OMC, les plus grands pollueurs, en revanche, ont refusé d'adhérer au protocole de Kyoto prônant une réduction des gaz à effet de serre (GES) et c'est effectivement sur la problématique de l'économie qu'avaient buté les conférences de Copenhague 2009, de Cancun 2010 ; et le sommet de Rio en juin dernier avait même été boycotté par les chefs d'État et de gouvernement qui sont les plus grands émetteurs des GES. Il serait malheureux si les suppliques des intervenants des pays du sud à l'ONU tombaient encore une fois dans les oreilles d'un sourd comme ce fut le cas lors de la 66e session de l'Assemblée Générale en 2011.