Le combat du siècle

Las Vegas, États-Unis, samedi 26 août 2017… Mayweather et McGregor s’affrontent sur un ring de boxe. Au dixième round, l’arbitre met fin au supplice de l’Irlandais et proclame l’Américain gagnant. En bons sportifs, vainqueur et vaincu se donnent l’accolade, heureux de la couverture médiatique dont ils ont bénéficié mais surtout à l’idée de se partager une cagnotte colossale.
À l’autre extrémité de la planète, dans une île de l’océan Indien, se livre un autre combat qui dure depuis maintenant plus d’un demi-siècle, celui opposant les enfants de la patrie à un adversaire commun prénommé : Drogue. En quête de sensations fortes et de plaisirs artificiels des centaines de nos proches sont piégés par des trafiquants, des mafieux et leurs agents. Ils se retrouvent au tapis de la décadence physique et morale qui les mène lentement, mais sûrement à une mort prématurée avec dans son sillage le calvaire insupportable de leurs proches.
L’ampleur qu’a prise ce fléau national a contraint les autorités à mettre sur pied une commission d’enquête pour faire la lumière sur ce dossier brûlant, ce fléau national et pour émettre des préconisations. Avant même la soumission du rapport, des voix avisées s’interrogent ouvertement si la lutte contre la drogue n’est pas une bataille perdue d’avance.
Jeter l’éponge n’est pas du tempérament du Mauricien qui est doté d’une foi inébranlable qu’il puise dans les plus grandes religions du monde présentes chez nous. Pour preuve, le nombre de nos compatriotes qui de la police, du judiciaire, du corps pénitencier, des religieux, des journalistes, des politiciens et des ONG,   dont les Groupe (A) de Cassis, CDS, Centre Goumany, SSS St-Paul et le Centre d’Accueil de Terre Rouge (CATR), sont montés au créneau pour s’attaquer à ce fléau national. Dans l’arène aux avant-postes de cette guerre contre la toxicomanie : des volontaires, présents au front dès le début sur le plan de la réhabilitation. Ils se dressent comme un dernier rempart contre ces vampires qui s’enrichissent sur les cadavres de leurs concitoyens. Parmi les pourfendeurs de la drogue et des trafiquants : Cadress, Imran et Joe.
Incursion dans le passé et le quotidien de Joe : enfance paisible dans une famille qui puise ses racines dans la Chine millénaire. Il s’apprête à concourir aux examens de la « Form V ». Comme tout élève, il est anxieux à l’idée d’affronter cette étape importante de son parcours scolaire. Un de ses amis lui propose de fumer du gandia qui, selon ce dernier, a la double propriété de le détendre et d’agir comme stimulant pour ses révisions. Joe se laisse tenter et goûte en clandestinité aux plaisirs de cette drogue dite douce. L’emprise de ce soi-disant stimulant sur le jeune adolescent est quasi-instantanée. Au fil des jours, il en est complètement dépendant et il sera amené à consommer d’autres drogues plus fortes dont la quantité et la fréquence vont augmenter. L’univers du jeune homme, promis à un bel avenir, bascule et c’est la descente aux enfers qui l’éloigne des valeurs de la vie au grand dam de ses proches jusqu'au moment où il est pris dans les filets des forces de l’ordre.  
Incarcéré à la Prison centrale pour trafic de stupéfiants, un commerce qu’il est contraint de pratiquer pour se procurer sa dose quotidienne, il prend alors conscience de la profondeur de l’abîme où il se retrouve. Un deuxième événement le bouleversera. C’est la visite de sa mère, les traits tirés par la douleur de voir son fils chéri derrière les barreaux, symbole de sa déchéance. Elle a les yeux emplis de larmes et la gorge nouée par l’émotion. Son frère qui est présent remue le couteau encore un peu plus dans la plaie. Il lui dit: « To pe touy maman, Joe ! »
Ce soir-là, il ne ferme pas l’œil, hanté par le remords d’avoir fait endurer toute cette peine à sa mère. Il n’a qu’une idée en tête : se suicider. C’est alors qu’il se remémore un feuillet que lui avait remis un prêtre venu lui rendre visite. Il prend connaissance du contenu : « Va, ta foi t’a sauvé ». C’est le déclic, ce verset des Écritures saintes l’interpelle et l’empêche de commettre l’irréparable. Il s’y agrippe et à travers la prière entrevoit une lueur d’espoir au bout du tunnel, d’où sa résolution de changer de cap. Ses trois mois de peine écoulés, c’est dans la voiture du même prêtre venu le récupérer qu’il se dirige vers le Centre d’Accueil de Terre-Rouge (CATR) nouvellement créé et il fait partie du premier groupe de dépendants de la drogue venu en ce lieu retrouver leur dignité d’homme et d’enfants de Dieu. Pendant neuf semaines à ce centre, il livre avec ses compagnons d’infortune une lutte quotidienne pour dire non à ces produits toxiques, retrouver l’estime de soi et sa place dans la société.
Le stage terminé, Joe en reconnaissance de ce qu’il a reçu, décide de rester au centre pour poursuivre la  bataille, partager avec ses frères son expérience et sa motivation. Cela fait maintenant 31 ans depuis que Joe est monté sur le ring du C.A.T.R.  Il a accédé au poste de directeur et il a autour de lui pour l’aider dans sa tâche une équipe constituée d’autres ex-toxicomanes, aujourd’hui réhabilités ainsi que l’aumônier, le Père Gérard, qui lui a tendu la main alors qu’il était au fond de l’abîme. Leur combat contre la drogue se poursuivra tant que l’adversaire ne se retrouve pas au tapis et pour de bon.
 Le combat de Joe n’est-il pas aussi celui de l’île Maurice à l’entame de ce troisième millénaire ?   

P.S - Si vous possédez des meubles que vous n’utilisez plus, faites-en don au Centre d’Accueil de Terre-Rouge (CATR) qui se chargera à travers ses stagiaires de les récupérer, de les rénover et de les revendre pour alimenter leur budget. Tél : 248 7041 ; Fax : 249 2498 Email :  cdadtr@intnet.mu  Website :  www.cdadtr.com  Merci pour votre aide.