COMITÉ DIOCÉSAIN 1ER FÉVRIER : « L’avenir d’Agalega dans le rapport de la CJ & V »

Le Comité diocésain 1er février, qui est intervenu hier lors d’une conférence de presse dans les débats sur Agalega, a mis l’accent sur l’avenir de l’archipel plutôt que sur les déclarations controversées du ministre Hervé Aimée à l’encontre de l’Église catholique. Pour les principaux animateurs de cette instance diocésaine, les réponses aux nombreux problèmes de l’île se trouvent dans le rapport de la Truth & Justice Commission. Ils ont insisté sur l’urgence de l’élaboration d’un integrated development plan pour Agalega, qui est la principale recommandation de ce document.
La polémique autour des récentes déclarations du ministre Hervé Aimée à l’encontre de l’Église catholique se poursuit mais les animateurs de ce comité diocésain, mené par le père Jean-Maurice Labour, ont adopté hier un ton beaucoup plus sobre. Ils n’ont pas versé dans les réactions enflammées même s’ils ont fait clairement comprendre qu’ils « ne sont pas d’accord » avec l’attitude du ministre envers l’Église. Ils affirment que ses propos ont blessé les Agaléens qui sont en majorité de foi catholique et aussi l’ensemble des catholiques en ce temps de carême. Le père Alain Romaine souhaite que le ministre présente ses « excuses publiques aux catholiques ».
Le président de ce comité diocésain maintient que « Agalega est géré à la petite semaine » faute d’un plan conducteur et que l’OIDC pare au plus pressé à chaque fois qu’il est confronté à un problème. Or, dit le père Labour, il est temps d’avoir un plan intégré en vue d’un Agalega moderne, qui mettrait en valeur les atouts de l’archipel et qui valoriserait par là même ses habitants. « Bizin fer enn plan devlopman integre pou Agalega. Se ki nou pe dir la inn fatigue dir li dan boukou rapor », affirme Jean-Maurice Labour.
La préparation d’un Master Plan comme recommandé par la Commission Justice et Vérité sera l’occasion, ajoute le Père Labour, d’un travail de partenariat GM/Église catholique/société civile, en faisant remarquer que cela aussi est une recommandation de cette Commission. Le président du Comité 1er février a demandé hier à Hervé Aimée de mettre en pratique cette recommandation s’il a un réel désir de vouloir associer l’Église catholique aux projets concernant Agalega. Cette recommandation est comme suit : « All stakeholders, including the elected members of Constituency No. 3, ministry of Local Government and Outer Islands, the OIDC/OIDB, the Island Council, l’Association Les Amis d’Agalega, the Church (Mouvement diocésain 1er février) and all other groups or individuals who have an interest in Agalega, should join together to work towards a Master Plan for a modern Agalega ».
Manquements
Pour les membres du Comité diocésain 1er février, le chapitre concernant Agalega dans le rapport de la Commission Justice et Vérité est un volet remarquable, contenant une quarantaine de recommandations. Ce comité du diocèse de Port-Louis suggère à ceux qui ont à cœur cette île de parcourir ce document, qui contient tous les éléments de réponse pour le progrès d’Agalega.
Cette conférence de presse a aussi été l’occasion pour le père Labour corriger « certaines faussetés », dit-il, dites par Hervé Aimée pendant sa conférence de presse. L’Église, soutient-il, est à la base des négociations qui ont abouti au statut d’employé permanent pour les employés de l’OIDC et à l’accès à la terre sous bail. « C’est l’Église qui a fait pression et qui avait pris l’initiative d’un comité de soutien pour discuter de ces deux questions. Ce comité de soutien est un bel exemple de collaboration de l’Église contrairement à ce que veut faire croire M. Aimée », a répliqué le Père Labour au sujet de la déclaration du ministre des Îles éparses selon laquelle « pa enn sel fwa legliz inn asiz avek moi dan ninport ki sirkonstans ».
Le Comité ler février a également répliqué au ministre au sujet de ses remarques selon lesquelles l’Église reste « silencieuse » sur la consommation de drogue, qui prend une proportion inquiétante à Agalega. « Ce n’est pas à l’Église d’envoyer l’ADSU à Agalega ! » dit le Père Labour. « Si dans un aussi petit espace qu’Agalega les autorités n’arrivent pas à faire un contrôle du gandia, cela veut dire que la République n’est pas capable de contrôler la drogue », ajoute le vicaire général.
Le président du Comité diocésain 1er février a mentionné hier l’existence d’autres rapports et correspondances rédigés par des personnes occupant des postes de responsabilité dans le diocèse pour dénoncer la situation à Agalega et qui ont été envoyés aux autorités concernées. « Ces rapports et ces lettres mettent en exergue à chaque fois les manquements de la part des autorités. Sak fwa nou denons mem zafer et c’est peut-être là une des raisons de la colère du ministre Aimée contre l’Église ».
Pour les animateurs du Comité diocésain 1er février, les politiciens des deux bords sont responsables de la lenteur de l’exécution des projets pour l’avancement d’Agalega. « Il y a une absence de volonté politique pour faire avancer les choses y compris de la part de l’opposition. Nous ne voyons pas qu’il y a un souci pour Agalega au niveau du Parlement », affirme le père Labour.

« Non au pseudo-discours d’empowerment paternaliste »
Lors de sa conférence de presse jeudi, Hervé Aimée a cité le nom de Jimmy Harmon, chef de Département Pédagogie Appliquée à l’Institut Cardinal Jean Margéot, comme étant une des personnes au sein de l’Église catholique qui fait des critiques régulières sur la gestion d’Agalega. Jimmy Harmon, qui se trouve à l’étranger en ce moment, avait envoyé en décembre dernier au Prime Minister’s Office et aux autres autorités responsables de la gestion d’Agalega un rapport très sévère à la suite d’une mission dans l’île en novembre dernier à la demande du diocèse de Port-Louis. Selon nos informations l’OIDC n’aurait pas apprécié le contenu de ce rapport.
Dans une note envoyée au Mauricien, Jimmy Harmon fait part de sa réaction au sujet des récents propos du ministre Hervé Aimée :
« J’ai pris connaissance des réactions dans le sillage des attaques du ministre Aimée contre l’Église et de ses insultes à l’égard des Agaléens. Une chose est maintenant sûre : le ministre vient aider à radicaliser les revendications des Agaléens. Dans ce cas je dis tant mieux. Les Agaléens savent à quoi s’en tenir. Le travail de formation que le Département Pédagogie Appliquée de l’ICJM a commencé auprès des Agaléens se poursuivra ici comme à Agalega. Il s’agit d’un travail pour l’éducation comme véritable outil de transformation et non le pseudo-discours d’empowerment paternaliste ».

Adil Ameer Meea (député MMM) :
« Des questions posées régulièrement au Parlement »

Si le Père Jean-Maurice Labour, lors de la conférence de presse du Comité diocésain 1er février hier, a dit noter un manque d’intérêt pour Agalega à l’Assemblée nationale, Adil Ameer Meea, député MMM de la circonscription Port-Louis Nord (qui englobe Agalega), affirme au Mauricien que depuis 2010 il pose régulièrement des questions au Parlement concernant les besoins de cette île. « Le Père Labour n’a pas toutes les informations pour porter un tel jugement. J’ai posé plusieurs questions au Parlement et il peut consulter les archives », soutient le député de l’opposition en citant ses interpellations concernant la construction d’une piste d’atterrissage ; la construction d’un port ; le service de santé et l’éducation. Il ajoute qu’à plusieurs reprises depuis 2010, il a fait une requête au Parlement au ministre Hervé Aimée pour lui permettre de se rendre dans l’île afin de visiter ses mandants. Adil Ameer Meea mentionne une lettre envoyée au Premier ministre le mois dernier pour renouveler sa demande à ce sujet et dit que la réponse du Prime Minister’s Office a été positive. « C’est le ministère des Outer Islands qui doit m’informer pour le transport et j’attends toujours son appel. J’ai appris à travers les journaux que le ministre Aimée s’est rendu seul à Agalega le 11 février dernier. Je commence maintenant à perdre patience », dit Adil Ameer Meea.
Le député MMM affirme que le dossier Agalega est souvent évoqué au sein des instances dirigeantes de son parti, notamment au niveau du Bureau Politique. Il ajoute qu’avant les élections de 2010 il avait rencontré une délégation d’Agaléens et qu’il est toujours en contact avec les proches des Agaléens qui vivent à Maurice.
Par ailleurs, le député dit déplorer les « propos blessants » du ministre Hervé Aimée à l’égard de l’Église catholique et rappelle qu’Alan Ganoo, le leader p.i. du MMM, a condamné ces propos lors de la conférence de presse des mauves samedi dernier.