L’inquiétude gagne actuellement le secteur d’exportation, en particulier le textile, alors que le déficit commercial s’approfondit et que les exportations ont accusé une baisse de 5 % pour le premier semestre de cette année. En plus de la situation commerciale internationale défavorable, les opérateurs considèrent que l’appréciation de la roupie par rapport au dollar américain affecte sensiblement la compétitivité des produits mauriciens à l’exportation.
« Nous sommes pris entre deux feux », observe un exportateur. « D’un côté, nos revenus sont en baisse en raison de la faiblesse du dollar, et de l’autre nos principaux concurrents, notamment dans le domaine du textile comme la Chine et la Turquie, ont réajusté leurs devises par rapport au dollar avec pour conséquence que leurs produits sont plus compétitifs que les nôtres », souligne un économiste. En effet, en une année le dollar a enregistré une appréciation de 7,5 % par rapport au yuan chinois alors qu’il a enregistré une appréciation de 22 % par rapport à la livre turque. Ces deux pays sont parmi les principaux concurrents mauriciens dans le domaine du textile.
Georges Chung, économiste et conseil au bureau du PMO, reconnaît que la baisse du dollar n’a pas grand-chose à faire avec les conditions intrinsèques à Maurice. « L’arrivée de Donald Trump était porteuse d’espoir pour le marché financier et avait été suivie d’une hausse du taux du dollar qui a très vite piqué du nez devant le désenchantement devant la performance du nouveau locataire de la Maison-Blanche qui a provoqué une désillusion généralisée », observe-t-il. Toutefois, il constate également que la roupie reste forte malgré la hausse de l’euro qui était vendu à Rs 40.50 cette semaine alors que logiquement il aurait dû se situer autour de Rs 42. Georges Chung souligne l’importance d’arriver d’urgence à un équilibre afin de préserver le secteur d’exportation et de préserver l’emploi. Cette considération devrait, selon lui, avoir une prédominance sur les autres.
Arif Currimjee, industriel, reconnaît lui aussi que la baisse du dollar par rapport aux autres devises étrangères affecte la roupie mauricienne depuis le début de l’année. La profondeur du déficit commercial aurait dû entraîner une baisse de la roupie mais pour des raisons inconnues, la roupie s’aligne sur l’Euro avec pour résultat que la roupie est plus forte par rapport au dollar, dit-il.
« La grande question est de savoir d’où vient cette force de la roupie. Quelles sont les raisons de son appréciation à un moment où les exportations des secteurs traditionnels restent déficitaires », poursuit M. Currimjee.
À son avis, c’est le flux important de dollars dans le pays qui pourrait en être la cause, malgré la baisse des revenus dans les secteurs traditionnels comme le textile et l’hôtellerie. La grande question est de savoir d’où vient ce flux en devises étrangères. « Est-ce qu’il vient des investissements étrangers dans l’immobilier dont les IRS ? Est-ce qu’il vient des investissements ponctuels dans les services financiers à Maurice ? Y a-t-il un accroissement des placements étrangers en roupies dans les banques locales afin de bénéficier du taux d’intérêt de 3 ou 4 % avec pour résultat un accroissement du volume de dollars sur le marché ? Y a-t-il un accroissement d’investissement dans les rights issues Maurice ? Toujours est-il que la situation est alarmante pour l’industrie d’exportation qui est sérieusement menacée à court terme. La Banque de Maurice a essayé d’absorber l’excès de dollars sur le marché mais cela risque de coûter cher. D’autres mesures doivent être envisagées », insiste Arif Currimjee.
Selon un économiste avisé, l’affaiblissement du dollar est conjoncturel. Il est lié à la situation au niveau de l’économie américaine et pourrait favoriser une hausse de l’euro. « Est-ce que cela traduit un changement de paradigme au niveau du marché de changes international ? » se demande-t-il. Cette observation corrobore le constat des analystes financiers internationaux. Dans l’édition de The Guardian d’hier, Viraj Patel, un stratège financier, observe que « You’ve got two politically plagued currencies offsetting each other – you’ve got Brexit for sterling and you’ve got Trump and geopolitics for the dollar. So in effect the euro is the de-facto political haven ».
Notre interlocuteur considère que toutes ces questions doivent être prises en considération par l’industrie d’exportation mauricienne. Selon lui, ce secteur pèche par l’absence de modélisation. « Afin de plaider leur cas auprès de la banque centrale, les exportateurs devront présenter un dossier solide basé sur des modèles concrets », souligne-t-il.
Toutefois, au niveau du secteur privé dont la MEXA, on estime que les recommandations du FMI formulées ce mois-ci sur la nécessité d’avoir « more flexibility of the exchange rate to help address the emerging imbalances, and maintaining reserve coverage at least at 100 percent of the adequacy metric to safeguard external stability » doivent être prises sérieusement.