COMMISSION D’ENQUÊTE LAM SHANG LEEN : Le colis de Rs 9,7 M de Saint-Pierre en vedette

Sam Lauthan (sur un ton ironique) fait état « des affiches à l’effigie de SGD » pour signifier qu’il s’agissait d’argent, et non d’affiches, livrées à Saint-Pierre en novembre 2014
  • Le candidat battu du MSM au N° 3 en décembre 2014 dément  avoir reçu « Rs 9,7 M pour financer (sa) campagne » et souhaite que l’ancien magistrat Mamade Alim Bocus soit convoqué par la Commission
  • GamblingGate : le Chairman de la GRA dément avoir favorisé le bookmaker Lee Shim, nie « connaître le propriétaire de SMS Pariaz » et « ignore » que PlayOnline appartient à Paul Foo Kune

Verra-t-on, ce jeudi 9 novembre, l’ultime round de confrontation entre l’ex-juge et actuel président de la Commission d’enquête sur la drogue, Paul Lam Shang Leen, et le tenor du barreau, candidat battu du MSM au No. 3 en décembre 2014 et actuel Chairman de la Gambling Regulatory Authority (GRA), l’avocat Raouf Gulbul ? Entretemps, hier, lundi 6, R. Gulbul s’est présenté pour la troisième fois devant Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, l’ancien ministre Sam Lauthan, et le Dr Ravind Dhomun. Plusieurs aspects ont été abordés dont divers clients de l’avocat et non des moindres, tels que les trafiquants de drogue Siddick Islam dit Nerf, Peroumal Veeren ou encore Sada Curpen. Mais aussi ses prérogatives en tant que président de la GRA, ses liens avec les bookmakers controversés Michel Lee Shim et Paul Foo Kune, dans le sillage du GamblingGate, de même que la fameuse rencontre de novembre 2014, en pleine campagne électorale, dans la région de Saint-Pierre, où, selon P. Lam Shang Leen, « un colis contenant Rs 9,7 M vous a été donné pour financer votre campagne. »
Il a gardé le suspense jusqu’à la fin : que s’est-il réellement passé ce fameux 24 novembre 2014 à Saint-Pierre ? Flash-back : en juillet dernier, lors des auditions de Mes Tisha Shamloll et Noor Hussenee, devant la Commission Lam Shang Leen, un coin de voile était levé sur un déplacement pour le moins énigmatique, effectué par le candidat MSM Raouf Gulbul, en pleine nuit, à Saint Pierre, loin donc, de la circonscription No. 3 (Port-Louis Maritime/PL Est, partagé en deux grands axes : Plaine-Verte et Roche-Bois, principalement), où il briguait les suffrages. Cette “escapade” nocturne devait soulever son lot de questions et susciter une foule de spéculations… Mais surtout, amener le président de la Commission d’enquête sur la drogue, l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, à évoquer le fait qu’« un colis a été placé dans le coffre d’une des voitures qui accompagnait R. Gulbul lors de cette sortie à Saint-Pierre » et qui « contiendrait de l’argent provenant du trafic de drogue. » Avant ce lundi 6 novembre, P. Lam Shang Leen avait cité le nom de Peroumal Veeren s’agissant de cet épisode. Hier, cependant, l’ancien juge n’a mentionné aucun nom, mais a clairement fait comprendre que « my information is that a parcel, that is, money, of about Rs 9,7 M, had been placed in the boot of the car, and that money was for your campaign, M. Gulbul ! » Le président de la Commission a abordé la question en évoquant, une nouvelle fois, les liens de l’avocat avec le trafiquant de drogue Peroumal Veeren, qui a été l’un de ses clients.
Paul Lam Shang Leen : Je vais résumer la déposition de Peroumal Veeren ici même ; il nous a déclaré qu’il n’avait jamais été un trafiquant de drogue ; qu’il l’est devenu en prison, car il avait été « piégé » tant par des policiers que des avocats ; qu’il avait dû se lancer dans le trafic de drogue pour, je cite, « payer mes avocats véreux »… Et savez-vous combien il a déclaré avoir payé ses avocats ? Entre 10 et 20 millions de roupies ! Quand nous lui avons demandé quels sont ces avocats qu’il a payés avec de l’argent de la drogue, savez-vous quels noms il a balancé ?
Raouf Gulbul : Je ne le sais pas
PLSL : Il a mentionné le nom de Samad Goolamauly dans le cas d’Altaf Jeeva, le frère de la détenue Parwiza Jeeva. Et qui d’autre d’après vous, il a nommé ?
RG : Il a plus de 25 avocats…
PLSL : Justement, et de tous ceux-là, l’autre qu’il a nommé est Hervé Duval Jr ! Des 25 avocats à sa solde, il a mentionné les noms de seuls ces deux-là ! Would you believe that ?
RG : Je ne peux répondre à cela.
PLSL : Je reprends une partie de la déposition, toujours sous serment, ici encore une fois, de Me Noor Hussenee, qui nous a répondu, quand nous lui avons présenté une liste de noms de vos clients, que « je sais que ces personnes sont des clients de Me Gulbul, mais j’ignore si elles sont des trafiquants de drogue ». Nous lui avions également demandé si c’était vrai que durant la campagne électorale de 2014, les deux autres candidats de l’alliance PMSD-ML-MSM qui étaient vos colistiers, avaient refusé de faire campagne avec vous à cause de certaines personnes qui gravitaient dans votre entourage… Me Hussenee avait répondu que M. Lauthan devait savoir comment se déroulent les exercices de porte-à-porte (voir plus loin). Mais dites-nous, durant cette campagne, comment vous déplaciez-vous ? Avez-vous utilisé votre propre voiture ? Rouliez-vous en 4x4, BMW ou comme on dit, dans un « cathiak charlie » ?
RG : Athon Murday était mon chauffeur.
PLSL : Officiellement ?
RG : C’est lui qui assurait mes déplacements…
PLSL : And a M. Sabir who had been flown in specially from London ?
RG : I dont know if he was thrown in from London…
PLSL : I didnt say « thrown in » but « flown in » ! According to my information, this M. Sabir had been sent specially by M. Lee Shim…
RG : No, no, this is not correct
PLSL : Very good then. So who are all the gentlemen who accompanied you during your campaign : are they either drug traffickers or convicted for drug trafficking ?
RG : Ce ne sont pas eux qui ont financé ma campagne ! C’est la régionale de la circonscription No. 3 qui a financé toute la logistique…
PLSL : Quelles sont ces logistiques ?
Raouf Gulbul explique alors le fonctionnement durant une campagne électorale pour un candidat et les procédures de financement par le parti.
PLSL : D’après vous, combien de voitures et/ou de 4x4 étaient affectés à vos côtés ?
RG : Je ne sais pas exactement, mais il y avait beaucoup de gens qui nous accompagnaient… La circonscription est divisée en deux grandes régions : il y a Plaine Verte et Roche Bois. Et c’est de connaissance générale que ceux qui se rendent dans une de ces deux régions ne vont pas dans l’autre, et vice-versa.
PLSL : Puisque vous tenez à rester vague, qui vous accompagnait à Roche-Bois ?
RG : Un certain Maraz était toujours avec moi
PLSL : Est-ce que d’autres avocats venaient vous aider ?
RG : Lors des meetings publics, certains venaient. Mais quand on faisait du porte-à-porte, non
PLSL : Samad Goolamauly était votre campaign manager ? Et Ashley Hurhangee, son assistant ? C’est ce que nous avait dit Me Hussenee, mais il a nié qu’il était votre directeur financier…
RG : Il ne l’était pas.
PLSL : Et il y avait donc aussi Athon Murday et ce M. Sabir. J’ai cru comprendre qu’il y avait aussi M. Bocus ?
RG : C’est très important et je souhaite expliquer la présence de M. Bocus en détail. Il faut savoir que Mamade Bocus m’a appelé, pour la première fois, le 20 novembre 2014, à deux reprises, pour arranger un rendez-vous avec moi. Le 22 il me rappelle à nouveau pour me demander quand nous allions nous rencontrer car il s’agissait d’un élément important dans le cadre de la campagne. Le 23 novembre, il m’a encore appelé et le 24 novembre, c’est moi qui l’ai appelé pour lui confirmer qu’on allait se voir. Là Mamade Bocus m’a expliqué qu’il souhaitait que je rencontre un religieux — un imam, et que le rendez-vous était pris à une station d’essence, à Saint Pierre. À 22 h 30, je suis arrivé là-bas, et Mamade Bocus et moi avons échangé des SMS. Puis, avec la voiture conduite par Athon Murday, nous avons suivi M. Bocus jusqu’à une maison où nous avons rencontré ce religieux… Je tiens, d’ailleurs, à remettre à la Commission, une copie de mon « itemized bill » pour corroborer mes dires…
Durant cette rencontre, il y avait moi-même, Mamade Bocus, l’imam et Noor Hussenee. Je tiens à faire remarquer que s’il y a une personne autre que moi qui peut attester de ce dont on a parlé durant cette rencontre avec ce religieux, ce n’est autre que Mamade Bocus ! Je ne me suis rendu dans aucune autre maison et j’invite la Commission à convoquer Mamade Bocus pour aller au fond des choses.
PLSL : Qui est cet imam ?
RG : Je ne me souviens pas de son nom. Appelez M. Bocus, il saura vous donner l’identité de ce religieux…
PLSL : Selon nos informations, à un certain moment, Samad Golamaully et Ashley Hurhangee, qui voyageaient à bord d’une autre voiture, n’étaient plus là quand vous êtes retournés de la rencontre avec l’imam…
RG : En effet
PLSL : Combien de temps avez-vous passé avec ce religieux ?
RG : Entre 30 et 45 minutes
PLSL : Entre 30 et 45 minutes vous parlez à une personne et vous ne savez pas son nom ?
RG : J’ai rencontré tellement de personnes durant la campagne, vous savez…
PLSL : D’accord, d’accord… Mais il n’y a rien de confidentiel dans cette rencontre ? De quoi avez-vous discuté durant tout ce temps ? Où habite cet imam ? Parce que M. Lauthan a essayé d’en savoir plus mais on n’a rien appris… N. Hussenee nous a dit qu’il vous avait quitté avant la fin de votre rencontre avec l’imam…
RG : C’est ce qu’il a dit ? Pourtant j’ai le souvenir qu’il a quitté la maison avec moi…
PLSL : Est-ce qu’il n’y a pas un colis qui a été placé dans le coffre de la voiture de votre Campaign Manager ?
RG : Non, non
PLSL : D’accord. Selon nos informations, vous étiez allé récupérer des « affiches » pour la campagne…
RG : Pas du tout. Il n’était question que de la rencontre avec Mamade Bocus et l’imam uniquement
Sam Lauthan : Des « affiches » portant l’effigie de sir Gaëtan Duval…
(NDR : l’ancien ministre de la Sécurité Sociale a lancé cette boutade pour faire allusion au fait qu’au lieu d’affiches, ce sont des billets de banque de Rs 1 000, portant donc, l’effigie de sir Gaëtan, dont il était question)
PLSL : Votre campaign manager était « chauffeur driven » ?
RG : Je crois…
PLSL : Selon nos informations, ce colis qui a été placé dans le coffre de cette voiture, contenait Rs 9,7 M et était destiné à financer votre campagne !
RG : Ce n’est pas vrai du tout ! Donnez-moi l’occasion de contre-interroger votre informateur et je vous prouverais qu’il vous donne des informations erronées !
Le ton monte d’un cran à ce stade de l’audition, alors que depuis le début, Paul Lam Shang Leen et Raouf Gulbul s’étaient beaucoup retenus, l’un comme l’autre, évitant un rapport conflictuel.
PLSL : Vous pensez qu’on vous dira qui est notre informateur ?
RG : Si vous souhaitez que cela reste secret, d’accord, permettez-moi de le contre-interroger « in camera », alors ! Comment allez-vous le tester sans contre-interrogatoire ?
PLSL : Mais pour quelle raison ? Est-ce que vous croyez que nous n’allons pas mettre ses informations à l’épreuve ? Nous allons le faire ! Ce n’est pas à vous de nous dire ce que nous devons faire !
Sur ce point, le président de la Commission d’enquête décide de lever la séance et solliciter R. Gulbul pour qu’il se présente, à nouveau, ce mercredi 8 novembre. Mais l’avocat explique qu’il est retenu et obtient que son audition se déroule jeudi, à la place. Durant l’échange, P. Lam Shang Leen laisse entendre que « mercredi, notre informateur sera dans la salle… »


IMAM:Lauthan veut l’identité
La question de l’identité du religieux musulman qui est au cœur de l’énigmatique escapade nocturne de Raouf Gulbul durant la campagne électorale de 2014 était très débattue. Hormis le président de la Commission, P. Lam Shang Leen, qui a tenté de connaître le nom et d’autres détails relatifs à cet imam, l’ancien ministre S. Lauthan est sorti de sa réserve, durant l’audition de l’avocat, pour déclarer que « non seulement moi, mais je pense que toute la communauté musulmane souhaiterait savoir qui est cet imam qui a rencontré un Chairman de la GRA ainsi que le « legal adviser » attitré de SMS Pariaz ». Insinuant, implicitement, par ce commentaire, l’aspect de l’interdit dans l’islam de s’adonner aux paris et autres jeux de hasard. Mais R. Gulbul s’est contenté de répliquer qu’il ne connaissait pas le nom du religieux en question. À noter que P. Lam Shang Leen a réclamé de l’avocat qu’il communique ces détails lors de l’audition de ce jeudi 9.


Intrigant neveu et biens immobiliers
P. Lam Shang Leen a longuement questionné Me Gulbul sur ses avoirs immobiliers, notamment des bureaux qu’il a acquis tant à Sterling House qu’à la Hennessy Tower. Ainsi que ses terrains acquis dans diverses régions de l’île, dont à Bagatelle, à Montagne Ory, à Mesnil et à Highlands. L’avocat a indiqué que bien qu’il possède « de grands bureaux, je préfère le petit que j’occupe… » et qui se situe non loin de la Cour intermédiaire où se tiennent les auditions de la Commission. Le passage d’un neveu, fils du frère aîné de Me Gulbul, a aussi été abordé et la question a été close avec l’argument de Me Gulbul que son neveu l’a quitté pour prendre de l’emploi ailleurs « à la suite de différends d’ordre familiaux, entre autres. » Il nous revient de savoir que c’est ce neveu dont la signature figure sur certains documents officiels concernant l’affaire Parwiza Jeeva.