COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LA DROGUE : « J’espère que Pravind Jugnauth a pris la mesure de l’indignation générale dans le pays »affirme Paul Bérenger

« Nous verrons bien jusqu’où le PM se montrera tolérant », dit-il

Evoquant tout le déballage durant la semaine devant la Commission d’enquête sur la drogue quand de graves allégations ont, notamment, été formulées contre deux avocats proches du MSM et du gouvernement, Mes Raouf Gulbul et Sanjeev Teeluckdharry, Paul Bérenger, leader du MMM, dit espérer que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, aura pris la mesure de « l’indignation générale » dans le pays. « Nous verrons jusqu’où il se montrera tolérant », dit-il. « Le MMM se prépare pour la partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes avec pour but de l’emporter », assure-t-il. A ceux qui en doutent, Paul Bérenger précise que son parti « s’occupera bien d’Arvin Boolell, candidat de Ramgoolam ». « Ces jours-ci, la démocratie mauricienne est très mal en point », dit-il. Pour cela, il suffit, selon lui, de voir ce qu’est advenu, d’une part, aux travaux parlementaires, de l’autre, au fonctionnement de la MBC TV. Pour lui, la situation s’est empirée dans les deux cas. Paul Bérenger rend, d’un côté, la Speaker, Mme Maya Hanoomanjee, de l’autre, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, responsables de ce qu’il juge être la « complète dégringolade » dans le niveau des débats à l’Assemblée nationale. « Alors qu’elle avait l’occasion de briller à ce poste, en deux ans, Maya Hanoomanjee semble n’avoir rien appris de ce que devrait être le rôle d’une Speaker », trouve-t-il.
Paul Bérenger critique, dans le même contexte, la manière par laquelle le Premier ministre s’y prend pour répondre aux interpellations qui lui sont adressées. Il trouve, en outre, que Pravind Jugnauth s’est montré « indigne et honteux » lors du résumé des débats budgétaires. Pour lui, avec la Speaker, ce dernier porte une « lourde responsabilité » dans la détérioration de la qualité des travaux parlementaires. Parallèlement, Paul Bérenger estime que dans son fonctionnement, la MBC TV est « pire que jamais. Je n’aurais jamais pensé que l’on pouvait faire pire que ce qui se faisait à l’époque de Calikan sous le précédent gouvernement Ramgoolam ».
Enchaînant avec le trafic de drogue, il dit espérer que le Premier ministre a pris la pleine mesure de « l’indignation générale » à travers l’île après tout ce qui a été « déballé tout au long de la semaine devant la Commission d’enquête sur la drogue ». D’autant plus que Me Raouf Gulbul contre qui de graves allégations ont été formulées demeure en fonction à la tête de la Gaming Regulatory Authority (GRA) et de la Law Reform Commission (LRC) et est encore l’avocat personnel de Pravind Jugnauth, fait-il remarquer.
Paul Bérenger dit espérer que le Deputy Speaker Sanjeev Teeluckdharry, « aura la décence de démissionner » maintenant que son nom a été cité devant la Commission Lam Shang Leen. Pour lui, le nombre d’unsollicited visits alléguées de Me Teeluckdharry à des condamnés pour trafic de drogue en prison est révoltant. Le leader du MMM considère d’autant plus « choquant que l’élu MSM se soit permis d’insulter la Commission d’enquête qui est présidée par un ancien juge de la Cour suprême » en alléguant que le travail de celle-ci n’aura été qu’un exercice de mudslinging. Paul Bérenger déclare, dans ce contexte, qu’il attendra pour voir jusqu’à quand Pravind Jugnauth qu’il juge, à nouveau, d’être un hypocrite tolérera de tels écarts de langage.

Dette publique : « Un aveu d’échec »
Abordant la présentation du Finance Bill mardi prochain, Paul Bérenger s’attarde surtout sur la disposition relative à la dette publique. S’il accueille favorablement l’idée de l’adoption du seuil mondialement accepté de 60% comme le niveau à ne pas franchir en matière de dette publique, Paul Bérenger note qu’il est désormais question d’atteindre cet objectif au plus tard en juin 2021. Il rappelle, à ce propos, que quand le seuil mauricien de 50% avait été décidé sous le gouvernement Ramgoolam, l’objectif était d’atteindre ce niveau d’ici à décembre 2018.
Le leader du MMM, qui rappelle qu’à juin de cette année, la dette publique avait déjà atteint la barre des 66%, trouve que le report dans le temps de l’objectif fixé constitue « un aveu d’échec ». D’autant que la tendance est à la hausse constante. Il prend pour exemple l’information à l’effet qu’un emprunt bancaire de Rs 6 milliards allait être contracté pour le remboursement final des victimes pas encore compensées de l’affaire BAI.
Une dette qui, dit-il, viendra, qu’on le veuille ou non, alourdir un peu plus le niveau de la dette publique malgré les artifices qui pourraient être utilisés en guise de camouflage. C’est pour cela que le leader des mauves estime que la maîtrise du niveau de la dette est déjà hors de contrôle des autorités. Il ne manque pas, à cet égard, d’évoquer une provision contenue dans la même disposition du Finance Bill.
Celle-ci donne droit au ministre de tutelle de repousser la maîtrise du niveau de la dette publique en dessous du seuil de 60% par simple décret ministériel au-delà de la nouvelle échéance de juin 2021. Paul Bérenger se rassure quand même que, selon lui, ceux aujourd’hui au pouvoir ne seront pas en poste à cette date. Mais toujours est-il qu’il considère « très inquiétants » les indicateurs pour ce qui concerne la dette publique, mais aussi le déficit budgétaire. Des indicateurs qui, selon lui, ont déjà atteint des niveaux « insoutenables pour l’économie nationale ».
Commentant l’élection partielle techniquement prévue à Belle-Rose/Quatre-Bornes, Paul Bérenger souligne que si son parti disposait de deux outstanding candidates, seul un siège est à pourvoir pour cette élection de remplacement. Il explique que le Bureau politique (BP) mauve qui s’est réuni une nouvelle fois lundi n’a pas eu, en fin de compte, à choisir puisque l’un des deux candidats shortlisted, en l’occurrence, Vijay Makhan s’est désisté de lui-même en signifiant vouloir se préparer, plutôt, pour les élections générales « qui ne sauraient tarder ».
Le leader du MMM regrette, à ce stade, ce qu’il considère être la mauvaise foi de certains commentateurs. Il explique, en effet, que ces derniers sont « ceux-là mêmes qui ont toujours appelé de leurs voeux de nouvelles têtes en politique et qui ont aussi toujours souhaité que plus de femmes s’engagent dans l’arène ». Maintenant que le choix du MMM s’est porté sur Nita Juddoo — une femme et une nouvelle en politique —, Paul Bérenger dit ne pas comprendre les réactions de ces mêmes commentateurs « qui, pourtant, hier encore, en demandaient autant ».
 
« Le MMM en course pour gagner »
Le leader du MMM rejette aussi fermement l’idée avancée par certains à l’effet que le choix de la candidate mauve aurait été sciemment fait en vue de favoriser l’élection du candidat PTr, Arvin Boolell. « Complètement faux : le MMM se prépare pour cette partielle avec pour objectif de l’emporter. Et, avec le coup de main de tous, le MMM l’emportera », assure-t-il. A ceux qui en doutent, Paul Bérenger affirme que le MMM « s’occupera bien d’Arvin Boolell, candidat de Ramgoolam, candidat du PTr », niant toute intention des mauves « de faire le jeu de Boolell » à cette partielle.
Le leader des mauves rappelle que, selon les dispositions de la loi, le writ of election pour cette partielle devrait être publié d’ici fin septembre. Mais Paul Bérenger n’exclut pas la possibilité que plutôt que d’une telle élection de remplacement, le pays soit appelé directement pour de nouvelles élections générales. Encore plus, selon lui, si la date de cette partielle n’est pas fixée pour cette année, mais pour début 2018.
S’il accueille, par ailleurs, favorablement l’idée de transformer l’ex-clinique MedPoint en un centre spécialisé de cancérologie, Paul Bérenger estime que par la manière dont il s’y prend, le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, « fait fausse route ». Assurant ne pas vouloir faire de la politicaille sur un tel sujet ni vouloir mettre en doute “la bonne foi” du ministre Husnoo, le leader du MMM insiste sur la nécessité d’un partenariat stratégique pour une telle « entreprise difficile ». Il cite, à ce propos, la France, la Grande-Bretagne et l’Inde comme trois des pays disposant de tels centres spécialisés de haute technologie auprès desquels les autorités nationales de Santé pourraient entrer en partenariat.
Paul Bérenger commente, enfin, le triste épisode de l’agression mortelle, dans la soirée de jeudi, de la ressortissante écossaise, Janice Farman à Albion. Evoquant l’image de Maurice, notamment, au Royaume-Uni, à la lumière surtout du précédent Micaëla Haerte, touriste irlandaise assassinée dans sa chambre d’hôtel en janvier 2011, il appelle les autorités à l’action. Paul Bérenger trouve « particulièrement horrible que ce crime se soit déroulé en présence du fils adoptif de la victime, un jeune garçon autiste de 10 ans ».
Paul Bérenger qui salue la manière par laquelle l’ancien époux de la victime ainsi que la mère biologique de l’enfant ont réagi après ce crime appelle les autorités à tenir compte, avant toute chose, de l’intérêt de l’enfant. “Qu’on ne laisse surtout pas à de simples fonctionnaires de décider selon leur bon vouloir de fonctionnaires”, dit-il. Le leader du MMM s’élève aussi, d’autre part, contre la façon par laquelle les autorités ont traité du cas du bâtiment historique ayant abrité, dans le temps, la “School” (ex-Collège Royal de Port-Louis) à la rue Edith Cavell à Port-Louis. Notamment, le fait que la démolition s’est poursuivie en dépit du fait qu’une demande d’injonction avait été formulée en Cour suprême.