La Commission d’enquête sur la drogue n’a siégé qu’un jour cette semaine. Jeudi, c’était à un représentant des services de la prison de déposer. Son intervention a surtout été axée sur le centre Lotus, les difficultés rencontrées en milieu carcéral en vue de réhabiliter les détenus qui sont toxicomanes et de veiller sur ceux qui sont séropositifs. Mais surtout, l’officier a fait ressortir que « depuis que le traitement à la méthadone a été supprimé, cela fait le bonheur des barons de la drogue qui sont incarcérés car le trafic a repris de plus belle ! »
Pour cet officier qui s’est beaucoup investi dans la réhabilitation des détenus, « quand la méthadone a été introduite dans le milieu carcéral, pour aider les détenus toxicomanes, cela a eu un effet très positif ! En très peu de temps, nous avons eu moins de bagarres ; les détenus ont changé de comportement parce qu’ils se soignaient, et surtout, cela avait considérablement réduit le trafic au sein des prisons. » Hélas, devait relever l’officier, « depuis que le traitement à la méthadone a été supprimé, dans la communauté, il en est de même au sein de la prison ! Avec pour résultat, entre autres, que le trafic a repris de plus belle dans certaines de nos prisons… C’est triste, mais c’est une réalité. » L’officier a fait part de ses craintes relativement à cette situation au président et aux assesseurs de la Commission d’enquête. Questionné sur ce point, l’officier a confirmé la présence de substances telles que « le gandia, le Brown sugar ainsi que le Subutex dans différentes prisons. Il y a aussi certainement de la drogue synthétique qui circule. Mais ces produits sont tellement changeants et comme nous avons affaire à des « dealers » qui sont très créatifs, nous ne pouvons savoir avec quels produits on a affaire… » Ce qui inquiète surtout l’officier qui a déposé, c’est le fait que « depuis que le gouvernement a décidé de suspendre le traitement à la méthadone aux nouveaux patients, nous les officiers avons noté une reprise du trafic dans les prisons… Cela a eu pour effet de réjouir les barons ! »
Dans le même souffle, l’officier a aussi déploré « le mauvais usage des psychotropes. Nombre de détenus se font soigner et obtiennent des prescriptions pour des psychotropes de la part de médecins qui pratiquent par exemple à l’hôpital Brown-Séquard. Cependant, quand ils ont leurs cachets, souvent des comprimés pour dormir, ils ne les prennent pas mais en font un commerce… Beaucoup de détenus achètent ces comprimés, les écrasent et les mélangent à d’autres produits et s’en injectent dans leurs veines. » L’officier a expliqué que « le personnel soignant a souvent ces cas qui leur sont référés… »
L’officier a également évoqué la question de détenues Malgaches qui sont mères d’enfants en bas âge : « Il y a un certain nombre d’enfants de ces passeuses de drogue actuellement dans la prison pour femmes. Le problème c’est que ces enfants ont atteint l’âge où normalement ils doivent quitter leur mère, c’est-à-dire, 5 ans, pour aller vivre dans la société et aller à l’école. » Cependant, a relevé l’officier, « dans le cas de ces enfants, ils sont contraints de rester en prison et sans scolarité ! Cela parce que le transfert, dans le cas des détenus étrangers, doit être aux frais du détenu, justement. Comme ces femmes et leurs familles n’ont pas les moyens de payer pour que l’enfant retourne à Madagascar et que ces détenues sont en attente de leurs procès, la situation de ces enfants est inquiétante… »
Sam Lauthan, ancien travailleur social, a, à l’heure des questions, signifié son intérêt et ses inquiétudes tant pour ce qui est des programmes de réhabilitation et de réinsertion que pour les enfants des détenues Malgaches : « La question de ces enfants qui n’ont aucun recours m’inquiète beaucoup. C’est une situation très délicate et qui mérite que l’on s’y attarde pour trouver une solution pour ces enfants. » Pour sa part, le Dr Dhomun, autre assesseur de la Commission, a déploré le fait qu’il « n’existe pas de traitement de désintoxication au sein de la prison pour les détenus concernés. »
Il a aussi été question du centre Lotus qui existe au sein de la prison et qui a pour vocation d’aider les détenus qui sont toxicomanes et/ou séropositifs. Il offre écoute, partage et activités à ces derniers. L’officier a présenté le Centre Lotus et a expliqué comment fonctionne cette structure, autrefois centre résidentiel, transformé en day care centre « depuis que les études de l’audit ont trouvé que trop d’officiers étaient requis pour ce travail de réhabilitation, de réinsertion et d’encadrement de ces détenus souffrant tant de toxicomanie que du sida. Cette autorité a trouvé qu’il y avait gaspillage de fonds public et que la structure devait changer… » L’officier en question, qui compte 25 ans de service dans le milieu carcéral, a fait ressortir que « malheureusement, il est difficile de faire comprendre aux autorités, parfois, que le travail de réhabilitation et de réinsertion coûte du temps. »
L’idée de transformer la prison de Petit-Verger en centre de réhabilitation a été formulée de même que le projet d’instaurer un Centre Lotus à la prison de Melrose où se retrouvent surtout des « high profile convicts ».