Deux anciens toxicomanes, Bryan et Azad, patients du Centre Idrice Goomany (CIG), ont tenu à apporter leur contribution aux travaux de la Commission d’enquête sur la drogue, cette semaine. Les deux hommes, qui ont un passé de toxicomane d’une vingtaine d’années chacun et qui sont actuellement traités à la Méthadone, ont surtout expliqué les « bienfaits que ce médicament a apportés dans nos vies. Nous avons retrouvé nos repères et sommes en pleine reconstruction…» Tous deux ont surtout fait un plaidoyer au nom des autres patients et aussi de ceux qui sont encore accros aux opiacés et autres produits « pour plus d’accessibilité à des traitements afin de se sortir de l’enfer des drogues ».
« J’avais tout : ma maison, ma famille, un bon boulot, une belle vie. En quelques années, j’ai tout perdu. Et la société m’a enlevé tout ce qu’il me restait de dignité… Je suis tombé très bas. Mais j’ai voulu me relever. Grâce aux animateurs du CIG, et avec l’aide de Emmaus (Réinsertion), en France, où j’avais commencé un stage, j’ai pu remonter la pente.» Le quadragénaire qui fait cette déclaration est Bryan. Maigre et les traits tirés, sa physionomie laisse transparaître les ravages causés par les drogues dures sur sa jeunesse. Cet enfant de la banlieue de Port-Louis qui a tutoyé les sommets car il travaillait, avant sa chute, pour une compagnie nationale, admet en avoir vu de toutes les couleurs… «Je ne dirais pas que c’est à cause des autres que j’ai pris des drogues», lâche-t-il, lucide et franc. À une question de l’assesseur Sam Lauthan, à savoir si la curiosité ou le « peer pressure » est le plus dangereux élément qui entraîne vers la chute et la prise des drogues, Bryan répondra «certainement la curiosité. Mais en même temps, il y a tout l’aspect de vouloir être ‘dans le coup’. Quand vous êtes jeune, vous ne voulez pas vous sentir rejeté par votre entourage, vos amis… Alors vous ‘essayez’, vous ‘tentez’ les produits qu’eux aussi consomment. C’est une spirale dangereuse.»
Azad, marié et père, a connu un parcours assez identique. Lui aussi admet avoir «gâché ma jeunesse, avant de me rendre compte que je devais me reprendre en mains». Sirops, comprimés, gandia, Brown sugar, Subutex… Azad a «quasiment touché à tout. Ma mère était infirmière et a été mon plus grand soutien. Elle a tout tenté pour moi : elle m’a emmené chez des médecins, dans des centres… Puis, j’ai même commencé une cure au défunt NCRA (National Centre for Rehabilitation of Drug Addicts) qui était situé à Vacoas, mais en vain.»
Azad a été l’un des premiers patients à bénéficier du traitement à la Méthadone en 2006. «Sans cette opportunité, je ne serais pas là aujourd’hui. J’ai retrouvé ma vie, ma famille, mes amis… J’ai repris goût à la vie», explique-t-il. Les deux anciens toxicomanes sont catégoriques : «la Méthadone a radicalement changé la donne pour nous. Nous avons tout connu : le gandia, les psychotropes, les sirops, le Brown sugar, le Subutex… En termes de traitement, nous avons eu des frottements avec divers produits dont la codéine, évidemment. Mais il n’y a que la Méthadone qui nous a donné satisfaction. C’est le seul médicament qui nous aide à nous lever, aujourd’hui. Chercher du travail. Nous occuper de nos siens. Garder la tête froide et vouloir continuer dans cette voie. Vouloir nous en sortir totalement afin de reprendre une vie normale.»
Cependant, soutiennent les deux hommes, «même si nous avons remonté considérablement la pente, nous savons que les risques d’une rechute sont latents. Et de ce fait, même si nous avons consenti à réduire nos doses de Méthadone quotidienne, nous avons peur de changer de traitement… Pour une multitude de raisons.» (voir plus loin)
Azad et Bryan ont bien évidemment été « invités » par le SLO et les représentants de la Commission à « collaborer en donnant des indications sur les dealers, les jockeys…» Mais les deux hommes se sont appesantis sur le fait que « bien que nous soyons encore en contact avec des amis qui sont encore accros aux produits, nous faisons de notre mieux pour ne pas nous approcher de trop près de cet univers…»
Les deux patients du CIG ont surtout tenu à faire remonter « les souffrances personnelles et celles infligées à notre entourage quand on est esclave des drogues. Ce n’est que quand on décroche qu’on réalise les dégâts…» De plus, ils ont expliqué qu’avec « le soutien du CIG, nous avons des chemins qui s’ouvrent à nous afin d’être économiquement indépendants. Nous avons bénéficié de formations et autres afin d’avoir un revenu. C’est très important dans la mesure où quand on a été toxicomane, on est inévitablement passé par la prison et donc, ‘perdu’ notre certificat de moralité… Ce qui est un gros obstacle pour trouver un bon emploi.»