Le 31 mars 1839, jour de Pâques, les ex-esclaves devenus apprentis sont vraiment libres. Une de leurs premières réactions est d’habiller leurs pauvres pieds de souliers, accessoires vestimentaires qui leur étaient de tout temps déniés.
En effet, alors que l’esclavage fut aboli le 1er février 1835, il fut remplacé par un système d’exploitation, non moins contraignant, connu sous le nom d’apprentissage ou d’émancipation qui s’échelonna du 1er février 1835 au 31 mars 1839.
Porter des souliers était pour l’ancien esclave, l’ancien apprenti qui n’avait en vérité, rien appris du maître, un symbole de libération !
Pauvre diable, qui n’avait pas été préparé à profiter de cette liberté. Comment pouvait-il, par exemple, officialiser son union à travers le mariage quand les frais du Commissaire civil s’élevaient à plus de 6 shillings à l’époque ? Comment pouvait-il lire et écrire quand l’éducation lui était refusée ? Pour preuve, moins de 50 apprentis pouvaient lire des 55,000 qui furent libérés en 1839. (Teelock, 2009)
C’est si désolant, ne serait-ce qu’en pensant à ces quelques faits, de constater que le thème de l’esclavage est parfois traité avec appréhension.
La Commission Justice et Vérité, instituée en 2009, a été porteuse de beaucoup d’espoir pour les descendants d’esclaves et de travailleurs engagés qui souffrent encore des conséquences des affres du passé.
Quatre volumineux rapports édifiants, qui combattent l’ignorance et nous aident à nous réconcilier avec notre histoire, ont été soumis en 2011.
Quel avenir nous réservent-ils ? Le bilan, après tout ce temps, serait-il encore quasi nul, comme l’avance un article d’un hebdomadaire en date du 3 août 2014 ?
Se référant à la spoliation des terres des descendants d’esclaves et de travailleurs engagés, ce même papier proposait au  gouvernement d’alors  de mettre  enfin en place un Tribunal Terrier (Land Court) comme il en existait jadis. De cette façon , peut-être qu’un début d’application d’une des mesures phares de la Commission Justice et Vérité pourrait se concrétiser.
 Une  réconfortante mesure qui  figure d’ailleurs à la page 44 du manifeste électoral de l’alliance Lepep sous le chapitre  « Combat contre la fraude et la corruption »  :  Les recommandations de la Commission Justice et Vérité seront mises en oeuvre, particulièrement la création d’un Land Tribunal avec un ‘sitting judge’,
 Nous sommes à la croisée des chemins une communion sans précédent s’est établie entre la nation et le nouveau gouvernement  avec plus de 83% de satisfaits après les 3 premiers mois de grâce (Sondage DCDM Research pour l’express: 83 % d’opinions favorables au gouvernement, 2015). Le moment est plus qu’opportun pour consolider les bases et faire table rase des manquements du passé.
J’ose croire que les recommandations seront mises en chantier au vu du grand nettoyage qui se fait. Même ceux qui ont profité et  profitent encore de la spoliation pourraient se sentir allégés, du moins dans l’idéal de la morale. Car, la justice où qu’elle soit est une menace pour l’injustice de toutes parts.
La vérité et la justice libèrent. Espérons que la vague désinfectante atteindra cet abcès tenace. Ainsi, les exploités du passé qui ont été spoliés, retrouveront complètement  leur  liberté, à commencer par celle de récupérer les terres de leurs ancêtres avec le soutien du Tribunal Terrier préconisé…