Un comité a été constitué au ministère de la Santé pour se pencher sur la composition des compléments alimentaires qui sont apparus il y a quelques années sur le marché mauricien. Ces fameux health/food supplements sont sensés nous donner du peps et renforcer nos muscles… Des publicités vantent le fait qu’ils contiendraient que des protéines, des vitamines à hautes doses ou des extraits végétaux. Leur principal argument de vente est qu’il ne s’agirait donc que de « produits naturels ». Et pourtant, les effets secondaires engendrés par ces substances sont parfois inattendus et toujours potentiellement dangereux…
Le public-cible des fabricants de compléments alimentaires sont essentiellement les personnes âgées de 17 à 40 ans (étudiants, cadres ou travailleurs manuels sachant utiliser l’outil informatique). Dans leur vaine quête de ressembler à Arnold Schwarzenegger ou Hrithik Roshan, les jeunes n’hésitent pas de mettre la main à la poche pour s’offrir ces produits « chers et trop souvent dangereux ».
À Maurice, aucune législation ne réglemente la mise sur le marché des compléments alimentaires. Ils sont importés par n’importe qui et vendus n’importe où, dont dans des gymnases où l’on pousse les membres adhérents à leur consommation. Or, ces produits, loin d’être inoffensifs, sont susceptibles d’entraîner de graves problèmes de santé. C’est le cas notamment de ceux commercialisés sur internet.
Des professionnels de Santé affirment que les autorités concernées doivent légiférer pour protéger les consommateurs. Ils tirent la sonnette d’alarme sur ce commerce juteux qui n’est pas sans danger pour la santé, à l’instar de ceux distribués sur internet par le biais de fournisseurs aux États-Unis. Ces compléments alimentaires sont généralement fabriqués dans des ports francs un peu partout dans le monde. Les fournisseurs se contentent le plus souvent d’afficher un site web où des hommes exhibent leurs muscles. La traçabilité des produits dans de telles conditions est difficile sinon impossible, disent-ils. Nul ne peut dire avec exactitude où se trouve le site de fabrication… et encore moins dans quelles conditions le produit a été fabriqué.
Acide aristolochique
Ci-dessous la liste des composants de ces produits qui ne sont pas sans risques et que nous présentent des professionnels de Santé. Parmi les plantes ayant occasionné des effets toxiques, l’acide aristolochique est un ingrédient est naturellement présent, mais à des concentrations diverses, dans plusieurs espèces d’aristoloche. Il s’agit d’un composant très toxique pour les reins, qui a été relié à plusieurs cas de défaillances rénales nécessitant une transplantation, et qui est considéré comme un carcinogène par l’Organisation mondiale de la santé. Il est interdit dans plusieurs pays européens dont la France, ainsi qu’en Égypte, au Japon et au Venezuela. Autre ingrédient : l’orange amère (citrus aurantium) ou bitter orange est utilisée en remplacement de l’éphédra dans plusieurs suppléments censés favoriser la perte de poids. Elle peut provoquer de l’hypertension, augmenter le risque d’arythmie, de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. Elle contient de l’octopamine, un stimulant qui peut entraîner un contrôle antidopage positif. Autre cas : celui du yohimbe et de ses alcaloïdes. L’écorce de cet arbre est traditionnellement utilisée pour stimuler la fonction érectile. Il est présenté dans les compléments alimentaires comme pouvant diminuer la masse lipidique. Son usage peut provoquer des changements dans la pression sanguine, de l’insomnie, des vertiges, de la migraine, une certaine nervosité, des tremblements, de l’arythmie, des troubles respiratoires, voire même une crise cardiaque. Des décès liés à son utilisation ont été rapportés dans plusieurs pays. La rauwolfia est un arbre d’Afrique centrale dont est extraite la yohimbine.
Le tribulus terrestris se trouve aussi dans des compléments alimentaires. Cette substance est utilisé en Inde et en Chine traditionnellement pour traiter les problèmes sexuels des femmes et des hommes. On lui prête une certaine efficacité à augmenter les niveaux de testostérone, à renforcer la qualité et la motilité des spermatozoïdes ainsi qu’à augmenter la libido et les performances sexuelles. Il connaît depuis plusieurs années un grand succès dans les milieux sportifs et de la musculation, depuis que les haltérophiles bulgares ont prétendu l’utiliser dans les années 80 en lieu et place des stéroïdes anabolisants pour expliquer leur spectaculaire suprématie sportive. Ses effets sont essentiellement dûs à la protodioscine, l’un de ses principes actifs. Il est en outre sensé d’augmenter la masse musculaire des bodybuilders. En réalité, les analyses ont montré que sous ce label de produit végétal naturel, se cachent souvent des contaminations du complément alimentaire par des stéroïdes anabolisants, certes très efficaces mais pas du tout « naturels » ni autorisés par la réglementation en matière de dopage.
Le datura ou jimson weed est une plante hallucinogène puissante et très toxique. On le trouve dans les compléments alimentaires pour son effet euphorisant. On l’associe à des troubles cardiaques graves. Par ailleurs on trouve très fréquemment la DMAA (di methylhexanamine) dans les suppléments alimentaires sous une appellation masquée, l’« extrait de géranium » ou « huile de géranium ». Ce produit est interdit par la World Anti Doping Agency. Il a été responsable en 2012 de la mort soudaine de deux soldats américains. Depuis avril 2013, l’agence du médicament américain (US FDA) ne permet plus son utilisation dans les compléments alimentaires.