Le grand linguiste français Claude Hagège est invité par l’Institut Français de Maurice dans le cadre de la Journée Internationale de la Francophonie. Il donnera notamment une conférence publique le mercredi 20 mars, à 18 h, à l’IFM, sous le titre « Contre la pensée unique, pour la diversité des langues ». Paru chez Odile Jacob il y a un an, son dernier livre développe des arguments sur les dangers d’un monde dominé par une seule langue, véhicule qui plus est d’une conception de la société basée sur l’argent et la consommation.
Dans la linguistique contemporaine, Claude Hagège est considéré comme celui qui a su rendre compte de la relation entre l’homme et le langage, et construire des modèles théoriques à partir de là dans cette démarche qui associe linguistique et anthropologie. Né dans l’entre-deux guerres en Tunisie, Claude Hagège a, dès le plus jeune âge, été confronté au multilinguisme, parlant français à la maison, arabe à l’école, ayant appris l’hébreu, ayant été familiarisé avec l’italien. Longtemps professeur de linguistique dans différentes universités françaises, il a enseigné au Collège de France de 1988 à 2006, et a été directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études à partir de 1978.
Polyglotte, Claude Hagège s’exprime aisément dans une dizaine de langues mais connaît, en tant que linguiste, les règles et notions de plusieurs centaines ! S’il a écrit plus de cent articles en tant que chercheur et universitaire, et s’il a publié plus de vingt livres, certains d’entre eux sont accessibles aux non spécialistes, à l’instar de son Dictionnaire amoureux des langues (2009), de Combat pour le français, au nom de la diversité des langues et des cultures (2006) ou encore depuis janvier 2012 de Contre la pensée unique…
Au-delà de ses études, entre autres à l’École des langues orientales, à l’École pratique des Hautes Études, puis aux États-Unis à Harvard et au MIT avec le Pr Jakobson et Noam Chomsky, Claude Hagège a vécu de nombreuses missions de recherche sur le terrain à travers le monde tant dans les contrées les plus lointaines de son pays natal (Extrême-Orient, Afrique subsaharienne, Micronésie, etc) que dans ses coins les plus retirés tels que le Poitou et les Pyrénées. Encore récemment, en 2008, alors qu’il devait dépasser les soixante-dix ans, il s’est intéressé in situ à certaines formes de thaï, dans l’est de la Thaïlande.
Extrêmement conscient de la grande diversité du fait linguistique et du rôle de chaque langue en tant que véhicule d’une pensée singulière, d’une identité et d’une culture, il est un des plus fervents défenseurs de la diversité des langues. Partant en guerre contre ceux qui voudraient faire de l’anglais une langue universelle, risquant ainsi de causer la disparition de nombreux autres idiomes, il constate que jamais une langue n’a été dans une telle position de domination. Aussi dénonce-t-il les formes d’anglomanie qui font que l’on émaillera sa propre langue d’anglicismes en tous genres, la figeant et même l’appauvrissant en ne faisant pas l’effort de trouver les mots et expressions équivalents dans sa langue d’expression.