CONSOMMATION : Le panier “percé” de la ménagère

Le prix des aliments et des produits de base ne cesse de prendre l’ascenseur, alors que la compensation salariale demeure insuffisante. Chaque fin de mois, les caddies se remplissent difficilement, même lorsqu’on se montre prudent, en achetant le strict nécessaire en promotion ou en sacrifiant certains plaisirs. Quelques consommateurs se sont confiés à Scope.

Sherine Renaud, 59 ans, Quatre-Bornes
“Je ne vis plus, je survis”

“Le budget que je m’étais imposé ne parvient même plus à remplir un panier pour quinze jours. Chaque mois, c’est le stress avant de passer à la caisse. J’ai peur de ne pas pouvoir tout payer. Je ne vis plus, je survis. Cela fait déjà quelques années que j’ai remplacé le caddy par un panier. La vie est tellement chère que je n’ai pas d’autre choix que de consommer principalement des grains secs et des conserves comme du thon ou des sardines. Fruits et légumes ont disparu de nos assiettes. Pain et beurre sont devenus un luxe. Nous consommons le même repas jour après jour jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Je ne peux pas serrer davantage la ceinture car il y a des choses de première nécessité sur lesquelles je ne peux pas faire l’impasse.”

Hansley Melisse, 29 ans, Curepipe
“Rs 500 de plus chaque mois”

“Je ressens une frustration car j’aimerais pouvoir tout gérer. Aujourd’hui, je comprends mieux l’expression “avoir une épée de Damoclès sur la tête”. C’est ainsi à chaque annonce d’augmentation de prix. Impossible de planifier des projets car je n’arrive pas à épargner. Mois après mois, je me retrouve avec environ Rs 500 de plus à dépenser, alors que j’achète les mêmes choses. Je réfléchis à deux fois, voire dix fois, avant d’effectuer des achats. Malgré toutes les précautions, il faut encore se sacrifier. Le coût de la vie augmente, mais la compensation salariale ne suit pas.”

Maritza Lebrun, 39 ans, Vacoas
“Je n’ai plus le privilège de choisir”

“Le mot pouvoir n’a plus sa place dans l’expression “pouvoir d’achat”. En tant que consommateur, je n’ai plus le privilège de choisir. Je m’accommode et, pire encore, je me fais déplumer. Au quotidien, une famille moyenne avec un enfant, comme la mienne, se retrouve à effectuer des achats en ciblant uniquement les promotions. En même pas une année, c’est près de Rs 1,000 supplémentaire qui a été ajouté au budget mensuel. Et malgré toutes les astuces, difficile de remplir les étagères de provisions et de manger équilibré.”

Giandev Luchman, 78 ans, Plein Bois
“Difficile de mettre de la viande sur la table”

“On disait que la vie était dure avant. Je n’en suis plus aussi sûr aujourd’hui. Je suis né dans une famille pauvre mais je n’ai aucun souvenir de n’avoir pas mangé à ma faim, comme c’est le cas aujourd’hui. Nepli kapav dir nou ena enn bidze pou viv ek manze. Si j’économise Rs 2 sur un produit, c’est Rs 10 que je dois ajouter sur un autre. À un âge où je devrais profiter de ma retraite, je ne vois contraint de veiller au moindre sou et me priver de beaucoup de choses, même si cela met en péril ma santé. Je ne fréquente plus les supermarchés depuis environ trois ans. J’achète au détail et en petites quantités dans les boutiques du coin. Pains ou faratas ont remplacé le riz. J’arrive difficilement à inclure un peu de viande, une à deux fois par semaine. La plupart du temps, ce sont des grains secs et des légumes qui composent les repas.”

Teisha Ramphul, 47 ans, Rivière des Anguilles
“Les dettes s’accumulent”

“Les prix ne cessent de flamber. Les dettes s’accumulent car il faut d’abord se nourrir et se débrouiller avec ce qu’il nous reste en poche. Je comprends que nous dépendons beaucoup de produits importés, mais il est inacceptable que le gouvernement et d’autres instances n’arrivent pas à contrôler les prix. Je me sens pris dans un étau, à allonger mes dépenses mois après mois, mais le panier ne se remplit pas pour autant. C’est à contrecœur que j’achète des produits bas de gamme pour nourrir mes enfants.”

Vincent Kheeroo, 38 ans, Curepipe
“La qualité de vie régresse”

“J’ai la chance de travailler comme superviseur dans un supermarché. J’arrive à repérer les bons plans et à gérer mes dépenses. Mais un consommateur ne devrait pas être dans cette démarche. Certes, Maurice n’est pas une exception; d’autres pays font aussi face à des augmentations de prix. Il y a cependant un minimum à avoir comme qualité de vie. Actuellement, elle ne cesse de régresser.”

Dans le panier de la ménagère
Voici quelques exemples d’augmentations ou de baisses, selon l’indice de consommation publié par Statistics Mauritius.

Poulet surgelé (au kilo)
14 juillet - Rs 140.04
15 juillet - Rs 145.14
16 juillet - Rs 149.07
17 juillet - Rs 151.08

Bœuf frais (au kilo)
14 juillet - Rs 375.39
15 juillet - Rs 384.75
16 juillet - Rs 398.40
17 juillet - Rs 450.11

Bœuf surgelé
14 juillet - Rs 251.89
15 juillet - Rs 272.19
16 juillet - Rs 279.55
17 juillet - Rs 286.00

Corn Beef
14 juillet - Rs 73.78
15 juillet - Rs 84.55
16 juillet - Rs 86.85
17 juillet - Rs 84.55

Sardines (125 g)
14 juillet - Rs 23.40
15 juillet - Rs 24.36
16 juillet - Rs 22.35
17 juillet - Rs 22.80

Lentilles (500 g)
14 juillet - Rs 21.40
15 juillet - Rs 29.76
16 juillet - Rs 32.94
17 juillet - Rs 30.88

Lait en poudre (au kilo)
14 juillet - Rs 212.45
15 juillet - Rs 188.99
16 juillet - Rs 176.78
17 juillet - Rs 178.98

Thé
14 juillet - Rs 26.94
15 juillet - Rs 29.36
16 juillet - Rs 32.02
17 juillet - Rs 39.17

Sucre blanc (au kilo)
14 juillet - Rs 30.90
15 juillet - Rs 30.79
16 juillet - Rs 35.78
17 juillet - Rs 35.11

Nouilles instantanées
14 juillet - Rs 7.33
15 juillet - Rs 7.60
16 juillet - Rs 7.71
17 juillet - Rs 7.64

Beurre (500 g)
14 juillet - Rs 82.34
15 juillet - Rs 82.30
16 juillet - Rs 81.69
17 juillet - Rs 87.11

Pomme de terre (au kilo)
14 juillet - Rs 30.16
15 juillet - Rs 33.53
16 juillet - Rs 34.06
17 juillet - Rs 34.31

Onion (au kilo)
14 juillet - Rs 34.30
15 juillet - Rs 36.50
16 juillet - Rs 32.59
17 juillet - Rs 34.21

Ail (au kilo)
14 juillet - Rs 154.83
15 juillet - Rs 156.44
16 juillet - Rs 157.84
17 juillet - Rs 175.99

Casse-tête et difficulté au moment des achats. Chaque mois, les consommateurs sont contraints de dépenser davantage pour un panier moins garni en aliments et en produits de base