CONSTRUCTION D’UNE JETÉE PÉTROLIÈRE : Vents de panique et de colère sur Albion

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe à Albion et dans les villages avoisinants après l’annonce au Parlement du Premier ministre, Pravind Jugnauth, de la construction d’une jetée à Pointe aux Caves. La colère, la frustration et la peur ont gagné les habitants.
C’est la consternation à Albion depuis la semaine dernière après que les habitants ont appris qu’une jetée devant servir au débarquement du pétrole allait être construite à Pointe aux Caves dans le cadre du développement d’un Petroleum hub. Un énième rebondissement pour les habitants après l’affaire CT Power et le projet de raffinerie de pétrole au même endroit. “Cela a été un choc terrible pour tout le monde. C’est une décision qui aura beaucoup de conséquences”, souligne Vincent Ravat, président du Collectif Pointe aux Sables contre le pétrole. “Cette nouvelle a affecté tout le voisinage. Nous sommes très en colère”, confie Robert Rose, habitant du village et membre du collectif Say no to petroleum hub.
À Albion actuellement, la crainte a envahi les habitants. Une peur légitime d’une catastrophe qu’ils voient tous arriver et contre laquelle ils se sentent impuissants. La première inquiétude repose sur la dangerosité d’une telle entreprise sur un terrain instable. “Nous avons peur de ce projet; il y a d’énormes risques. Ils veulent construire une jetée sur une falaise remplie de caves et y placer des cuves de plusieurs tonnes. Ce n’est pas par hasard que cette région s’appelle Pointe aux Caves. On va tout droit vers une catastrophe”, dit Robert Rose.

Crainte d’une marée noire.
“Il n’y a pas suffisamment de profondeur pour la construction d’une jetée. Il leur faudra dynamiter. Le gouvernement en a-t-il mesuré les conséquences ? Rappelons qu’il y a à cet endroit le Napoléon, un poisson en voie de disparition, et que les dauphins et les baleines y sont souvent aperçus”, ajoute Jean-Claude Ducasse, du collectif Say no to petroleum hub. Ce dernier partage les mêmes inquiétudes sur l’éventualité d’un accident. “Dans cette région, la mer est houleuse en permanence. Si un accident survient, comme récemment à Chennai, il y aura une marée noire autour de l’île.”
L’annonce du Premier ministre vient démontrer que les différentes manifestations tenues à la fois contre CT Power et la raffinerie de pétrole n’ont pas ouvert les yeux du gouvernement sur les risques de ce type de projets pour l’environnement et la santé des habitants. “Imaginez l’odeur du mazout qui va envahir la région. Ça sent fort; ça va se propager dans l’endroit; les problèmes d’asthme, entre autres, seront récurrents”, souligne Vincent Ravat. Le collectif se plaint de n’avoir eu aucun retour suite aux correspondances qu’il a envoyées cette année au gouvernement.
Si la question d’une raffinerie de pétrole n’a pas été évoquée par le Premier ministre, les habitants pensent que ce n’est qu’une question de temps. “Ils ont écarté la raffinerie pour le moment, mais nous sommes sûrs que cela viendra. Un Petroleum hub sans raffinerie est un non-sens”, soutient Jean-Claude Ducasse.

Mobilisation nationale
Les différents collectifs engagés dans ce combat réfléchissent à leurs prochaines manœuvres. Jean-Claude Ducasse lance un appel : “Nous allons travailler tranquillement dans l’ombre, comme le fait le gouvernement. Je fais un appel à tous les Mauriciens : il faut absolument militer à nos côtés pour contrecarrer ce projet honteux.”