Les travaux de construction du Chaland Resort Hotel à La Cambuse, dont le démarrage avait été publiquement annoncé par le groupe Currimjee Jeewanjee pour cette fin de mois de novembre, ont été gelés. Ce, par ordre de la vice-présidente de l’Environment and Land Use Appeal Tribunal (ELUAT), J. Ramul-Jhowry, qui a émis une injonction intérimaire en ce sens mardi dernier, accédant ainsi à la demande du Forum Citoyens Libres (FCL). Ordre maintenu jeudi, après que les défendeurs (Currimjee) se sont expliqués sur les raisons pour lesquelles l’ELUAT ne devrait pas rendre cette injonction permanente. Le FCL devra demain présenter son contre-affidavit et répondre aux arguments des défendeurs avant que le cas, soit entendu devant le tribunal le 3 décembre prochain. En attendant, les membres de la plate-forme Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL), qui ont également fait une demande d’injonction en attente du jugement de l’ELUAT, ont manifesté dans la capitale mercredi dernier pour sensibiliser l’opinion publique aux désastres écologiques irréversibles que représente, selon eux, une telle construction sur la plage de la Cambuse.
Face à la situation l’interdisant, depuis mardi dernier, d’aller de l’avant avec les travaux de construction du Chaland Resort à La Cambuse, c’est à sir Hamid Moollan que le groupe Currimjee a fait appel pour le représenter à la tête de l’équipe des légistes devant la vice-présidente, J. Ramul-Jhowry. Le groupe Currimjee insiste que son projet a été conçu selon une approche écosystémique avec, entre autres, un set back de 100m de la ligne de haute marée (High Water Mark – HWM). Plusieurs investissements seront effectués dans le but d’améliorer les aménités publiques et de protéger l’équilibre écologique du site, explique-t-on, en rappelant le fait que le site du Chaland Resort n’empiète pas sur la plage publique.
«Nous croyons profondément en notre projet. En tant que groupe responsable, nous avons pensé et conçu ce projet de façon durable tant sur le point écologique, social qu’économique. Notre projet sera bénéfique plus particulièrement dans la région du Sud où de nombreux emplois seront créés», dit le directeur de Currimjee Hospitality Management, Dinesh Burrenchobay, à Week-End. Il soutient que «nous avons respecté toutes les procédures, obtenu tous les permis de la part des autorités compétentes et avons pris en compte tous les paramètres environnementaux liés à ce développement.» Affirmant agir dans le respect des institutions, il indique que «nous avons confiance en la justice.»
Réagissant à l’ordre de l’ELUAT contraignant le groupe Currimjee à patienter encore un peu avant d’enclencher ses travaux de construction, Georges Ah Yan, le porte-parole du FCL, estime qu’«il s’agit d’un premier pas dans la bonne direction.» Il dit également faire confiance à la justice et souligne qu’il n’est pas contre la construction de cet hôtel, mais qu’elle doit se faire dans le respect des droits des citoyens et de l’environnement. Il rappelle que dans l’affidavit déposé par le FCL, l’attention a été attirée sur le sérieux risque d’inondation que courent les villages avoisinants du fait que cette construction obstruera l’écoulement naturel des eaux de ruissellement vers la plage de La Cambuse. Cette construction, insiste-t-il, aura également un impact négatif sur les écosystèmes marins.
Manif contre      ce projet
Les arguments du groupe Currimjee concernant la sauvegarde de l’environnement ne convainc pas les opposants. Selon eux, «non seulement les dunes de sable sont menacées avec pour risque la disparition des tortues qui viennent pondre à cet endroit, mais aussi les dégâts seront irréversibles au Parc Marin de Blue Bay.» C’est dans cette optique que les contestataires de la plate-forme AKNL, qui regroupe également des membres de Rezistans ek Alternativ aux côtés de ceux du FCL, sont descendus avec leurs banderoles dans les rues de Port-Louis pour exhorter les Mauriciens à défendre «leur patrimoine historique.»
Outre l’aspect environnemental dans ce dossier, c’est la politique du tourisme mauricien qu’il faut revoir, disent-ils, réclamant une politique touristique nationale «plus responsable et durable» du gouvernement Lepep qui fait état, dans son manifeste électoral, d’un développement respectueux de l’environnement. «Nous lui rappelons sa promesse», disent-ils, réclamant, dans le même élan, une enquête sur les circonstances dans lesquelles des Defence Lands qui abritaient les quartiers de la National Coast Guard à La Cambuse ont été octroyés à des particuliers. La plate-forme qui a également déposé, en son nom, une demande d’injonction pour stopper tous les travaux de construction, dit faire confiance à la justice.