Le spectacle que Abaim a produit avec ses 50 artistes en herbe, de nombreux soutiens et l’appui des mamans, ainsi que de certains papas, est une belle page de l’imaginaire mauricien transfigurée par la magie du spectacle – sans playback –, et dont il restera un jour un DVD. La fraîcheur de notre jeunesse et le bonheur communicatif que transmettent tous ces participants n’en sont pas les seuls atouts, quand on songe notamment au travail accompli en amont depuis des années au Saturday Care Centre de Beau-Bassin.

Toute la vitalité de Tizan ar so 8 frer repose sur l’équilibre d’un travail collectif, qui a été mis en œuvre à la fois par les jeunes apprentis artistes et tous ceux qui les ont encadrés, qui ne se contentent pas de faire de l’animation sociale, mais se préoccupent aussi de l’épanouissement de la jeunesse et font de la recherche, ajoutant régulièrement à la richesse de notre patrimoine oral, en le dépoussiérant. Les enseignants sont bien placés pour savoir que gérer une trentaine d’adolescents pendant des cours demande fermeté, empathie et beaucoup de patience. Ils sont nombreux à demander que ce spectacle vienne dans leurs établissements. Cinquante enfants et adolescents sur une scène de spectacle, avec parmi eux aussi bien des bouts de choux à peine sortis du berceau que des pré-adultes, c’est une belle paire de manches.

Le fait est qu’avec l’expérience accumulée et un réseau de contributeurs bien choisis dans les métiers du spectacle, la comédie musicale Tizan ar so 8 frer tient largement ses promesses, même si quelques petits couacs instrumentaux se sont fait entendre samedi dernier et que certains jeunes participants auraient dû parfois mieux se concentrer pour accorder leurs gestes et leurs placements à leurs petits voisins.


Avec un peu de rodage et des enfants en pleine forme, Tizan ar so 8 frer offre le potentiel d’un spectacle flamboyant, dans lequel une des peurs les plus courantes de l’enfance est habilement traitée. Qui n’a pas cauchemardé d’être abandonné par ses parents ou de se retrouver subitement chez des inconnus ? Cette peur de l’enfance fait partie de ce conte au même titre que l’infinie culpabilité dont les parents sont capables, qui, sans même avoir abandonné leurs enfants, se sentent souvent en deçà des exigences de leur rôle.

Le dispositif scénique associé aux lumières et à des costumes oniriques, qui sont autant d’éléments de décor vivants, donne d’emblée une esthétique et, pour ainsi dire, une griffe à l’ensemble. Alignés en fond de scène, les musiciens créent un arrière-plan astucieux et esthétique, rehaussé par les beaux cercles des ravannes traditionnelles, qui font nombre de temps à autre. Les arbres de la forêt demeurent les piliers visuels, qui vont et viennent, offrant à la fois l’aire de jeu des enfants et la métaphore du néant et du mal… le domaine de l’ogre ! 

Avec leurs costumes verts et bleus de toutes tailles et ces visages à l’expression plus ou moins neutre, ils paraissent d’autant plus sympathiques et amusants qu’ils laissent apparaître des mines plus ou moins réjouies, plus ou moins expressives. Si la jeune interprète de Tizan chante juste et se donne pleinement à son rôle, il est aussi intéressant de constater que ses frères, souvent des filles dans la vraie vie, sont autant mis en valeur par la présence scénique ou par le chant. Dans le rôle de la mère, Marousia Bouvery offre des images qui resteront gravées dans les mémoires.