Dans notre vie professionnelle ou notre vie privée, voire intime, les réseaux sociaux prennent une importance démesurée. Ces plates-formes virtuelles peuvent s’avérer de véritables bombes à retardement dans l’espace du couple. Conflit, méfiance et infidélité prennent souvent le dessus, tissés par la promiscuité virtuelle qu’engendrent les échanges de messages, photos et autres fichiers…

Michèle, (nom fictif), 45 ans, n’oubliera jamais cet épisode qui a contribué à la désintégration de son couple. “Je le soupçonnais de m’être infidèle depuis un bout de temps. Ce qui a éveillé mes soupçons, c’est qu’il était constamment collé à son téléphone. Un jour, j’ai réussi à lui soustraire son téléphone et j’ai activé son GPS sur une plate-forme de communication sans qu’il s’en aperçoive. En échangeant des messages avec lui le lendemain, grande fut ma surprise de me rendre compte qu’il se trouvait dans un hôtel dans le sud de l’île au lieu d’être sur son lieu de travail.”

De nombreux couples sont pris dans l’engrenage des réseaux sociaux, résultant en une influence néfaste dans l’espace conjugal. Sradha Gobin Manna, thérapeute de couple et de famille et Lecturer en Counselling à l’UTM, confie : “On prend du plaisir avec des personnes autres que notre conjoint.  Le temps que nous donnons aux réseaux sociaux est un temps que l’on vole à notre couple. Nous sommes devenus des marionnettes collées à nos téléphones portables.”

Omniprésence des plates-formes virtuelles.

Qui plus est, “chaque bip retient notre attention et nous occupe l’esprit”. Ce qui a souvent pour conséquence d’alimenter la frustration et de défaire la solidité du couple. “Pendant la nuit, son téléphone vibrait continuellement. Dès son réveil, elle l’agrippait et consultait tous ses messages. Pendant les repas en famille, il était sur la table et elle souriait en regardant ses notifications.” Ashwin, 32 ans, et sa compagne ont été en mesure de surmonter ces épreuves. Mais de nombreux couples périssent par cette omniprésence des plates-formes virtuelles dans leur quotidien. En rentrant du boulot, avant de se coucher ou en présence de son partenaire, “ce n’est plus un temps où l’on se relâche. Nos neurones travaillent sans cesse et notre esprit génère des émotions comme l’envie, la jalousie, la détresse, la frustration, la déception (en l’absence d’un like)”.

Raymond Claude Marie, animateur au Cours de Préparation au Mariage (CPM), constate que le ou la partenaire passe au second plan. “Dans nos formations, on se pose souvent la question : quelle est l’importance de l’omniprésence d’un téléphone dans l’espace domestique, l’espace intime et l’espace familial ? Le problème, surtout auprès des jeunes, c’est que les priorités ne sont plus les mêmes qu’avant. Même lorsqu’ils sont en présence de leur partenaire, certains s’envoient des messages. C’est une relation à trois. Ou est passée la communication de base ?”. Sradha Gobin Manna plaignent ces couples qui, au restaurant ou dans un parc, sont chacun avec son portable, en contact avec un autre. Se retrouver derrière un écran et non avec la personne choisie et aimée…

“On s’expose trop au monde”.

La naissance de nombreux couples est construite sur des bases virtuelles. Michèle et Ashwin ont rencontré leurs partenaires via Facebook. “Dans une relation classique, ce qui est intéressant est le regard, le contact des yeux perçant et inoubliable, la vue, la présence, l’odorat de l’autre. Des aspects qui manquent complètement dans des relations bâties via les réseaux sociaux”, souligne la thérapeute de couple. Même si ces émois peuvent naître après la rencontre virtuelle. “Une telle relation semble être dépouillée de notre humanité, de nos cinq sens et de notre esprit.” Elle ajoute que cela n’est ni bon ni mauvais. “On vit avec son temps, et nombre de couples qui se sont rencontrés ainsi ont fondé une famille heureuse.”

Raymond Claude Marie se demande si cela est suffisant pour entamer une relation solide sur le long terme et si les habitudes de ces couples 2.0 ne changent pas une fois qu’ils se retrouvent dans un espace commun. “On s’expose trop au monde”, observe l’animateur au CPM.

Sradha Gobin Manna dénonce le fait que ce qui est personnel est devenu public. Cela est toxique pour le couple. “Le problème, c’est cette surexposition de ce qu’ils consomment, des endroits qu’ils fréquentent, leurs préférences, leurs loisirs, les vêtements qu’ils portent, et ainsi de suite. On “poste” des détails superficiels et non notre vraie personnalité, alors que la base d’une relation amoureuse durable, c’est l’amour, la confiance, le respect, l’honnêteté…”.

Vivre dans une autre réalité.

Les échanges de messages, photos, fichiers, etc., peuvent pousser au voyeurisme et à une surveillance rapprochée du conjoint. Michèle confie être devenue une pro dans l’art de l’espionnage, allant jusqu’à devenir “paranoïaque”. “Je ne me reconnaissais plus, je passais mon temps à surveiller ses moindres activités sur les réseaux, et vérifiais toutes les dix minutes son dernier “vu”. J’espionnais les profils de ses amies, dont je pensais qu’il pouvait y avoir plus que de l’amitié.” Même en cas de séparation, difficile de couper court à une histoire. À tel point que le suivre virtuellement est devenu une routine, souligne la thérapeute de couple. C’est souvent une cause de dépression, d’anxiété, ou de mood swings.

Une relation de proximité demande “une présence entière de soi et de l’autre, corps, âme et esprit”. L’excès d’informations et d’interactions via les réseaux sociaux est un frein à une telle présence. De plus, ces personnes tendent à vivre dans une autre réalité sans faire face à la vraie vie, qui est souvent beaucoup plus “challenging que de s’engager dans des conversations futiles avec des étrangers ou des soi-disant ami(es)”. Réfléchir, faire des choix sains et utiliser son bon sens pour pouvoir mettre de côté pendant un laps de temps ce qui nuit à notre relation est c’est ce qu’il y a de mieux à faire, selon la thérapeute de couple. Ce qui naîtra de telles relations sera forcément beau !