COURSES HIPPIQUES : Des “tuyaux percés” en vente sur Facebook

Les arnaques à travers l’informatique sont nombreuses. S’y ajoute désormais la vente de “tuyaux” de courses hippiques sur Facebook. Un phénomène qui prend de l’ampleur si l’on se fie aux nombreux posts sur Facebook incitant les internautes à payer pour obtenir des tuyaux. La police dit avoir reçu de nombreuses plaintes à ce sujet.
“Zafr la in paré, Odds (Rs 1000), Paymant (Rs 600). Seki pou vine rode cado mayer sa. Parce qui mo pas rire ek la source la pou ggn sa okey. Seki envi faire cash inbox moii”, a posté un profil sur Facebook, la semaine dernière. Quelques heures plus tard, un autre lui emboîte le pas. “La cote ek program officiel parcor sorti mes tips la fini pare. Seki interese inbox. Payment (1500). Pas gratis nnr okey.”
Ce genre de post témoigne d’un phénomène qui dure depuis quelques années : la vente de “tuyaux” pour les courses hippiques sur les réseaux sociaux. Ceux qui sont assez naïfs pour se prêter au jeu déchantent très vite : en général, le cheval désigné ne gagne pas la course. Et quand ceux qui ont été bernés essaient de réclamer leur argent, le profil est déjà désactivé ou les a bloqués.

Mode opératoire.
Pendant la saison hippique, ces appels sont très nombreux. Dès que le programme des courses est officiel, et même avant, des dizaines de personnes publient des messages sur Facebook. Pour payer le tuyau, aucune rencontre n’est prévue. Les arnaqueurs disent aux turfistes de verser la somme demandée sur un compte de betting où ils pourront la récupérer. Ils leur donnent un numéro de téléphone sur lequel ledit compte est enregistré.
Le mode opératoire est assez simple. La personne crée un profil fictif sur Facebook et invite les turfistes à la contacter. Certains prétendent qu’ils sont parentés à des jockeys, des propriétaires de chevaux ou des entraîneurs. D’autres font croire qu’ils sont chargés de jouer pour les jockeys qui, rappelons-le, n’ont pas le droit de parier aux courses. D’autres encore disent qu’ils achètent eux-mêmes des tuyaux au prix fort et qu’ils les revendent pour avoir de quoi miser. Quelques-uns prétendent qu’ils n’aiment pas les bookmakers et que leur but est de leur faire perdre de l’argent.

Subterfuges.
Pour convaincre les turfistes de leur bonne foi, les arnaqueurs rivalisent d’imagination. Certains postent des photos de reçus trafiqués. Ils prennent la photo d’un reçu qui porte le nom d’un cheval qui a gagné récemment, tout en prenant soin de cacher la date du placement du pari. Car le reçu en question date d’une autre journée de courses où le cheval n’a pas gagné. D’autres présentent des reçus d’un cheval gagnant avec la date, mais en cachant le montant joué. Dans ce cas précis, l’arnaqueur mise une somme dérisoire sur chaque cheval d’une course. Il postera la photo du reçu du cheval gagnant et fera croire aux internautes qu’il a vraiment de bons tuyaux.
Selon le constable Behari de la Cyber Crime Unit de la police, les arnaqueurs utilisent également d’autres astuces. “Certains appâtent les turfistes en leur proposant de leur donner un tuyau et de leur payer une certaine somme uniquement si le cheval gagne. Admettons qu’il y a dix chevaux dans une course : il n’a plus qu’à trouver dix personnes à qui il donnera à chacun un cheval présent dans la course. L’un d’eux va forcément gagner, et il n’aura plus qu’à empocher l’argent du turfiste, qui n’y aura vu que du feu.”

“Nou pou regle to kont”.
Beaucoup de Facebookers ne se laissent pas appâter et vont même jusqu’à commenter de façon virulente ces posts. Mais ils sont nombreux cependant à être tombés dans le panneau. “J’ai payé Rs 1,000 et le cheval qu’il m’a indiqué a perdu”, confie un turfiste. “J’ai payé Rs 2,000 et je n’ai pas même reçu de tuyau, il a désactivé son profil”, dit un autre.
Vickram a déboursé encore plus. “La personne derrière le profil avait réussi à me convaincre de lui verser Rs 5,000 sur un compte de betting. Le cheval a perdu, et lorsque j’ai essayé de la contacter, elle avait désactivé son compte et éteint son téléphone.”
Il y a deux semaines, un Facebooker a posté sur un groupe dédié aux courses une copie d’écran des échanges entre le ”vendeur de tuyaux” et lui. S’il n’a pas souhaité témoigner, c’est sans doute pour se protéger d’éventuelles répercussions, nous confie un autre turfiste qui a vécu une expérience similaire. “Nou pou regle to kont”, lui aurait-on dit lorsqu’il a menacé de rapporter le cas à la police. Une autre victime a elle aussi posté un screen shot démontrant qu’elle a payé l’arnaqueur et que celui-ci lui a donné deux chevaux perdants comme tips.


Complicité
Il semble que les arnaqueurs agissent parfois en groupe pour tenter de convaincre les plus naïfs. En effet, sous les posts incitant les Facebookers à payer pour recevoir des tuyaux, on trouve souvent des commentaires élogieux d’autres profils sur celui de l’arnaqueur. On peut lire des phrases telles que celle-ci : “Faites-lui confiance les amis, c’est lui le meilleur. À chaque fois, il me donne des tuyaux gagnants.” Or, cette manœuvre est également punissable, souligne le constable Behari. “Ceux qui font cela peuvent être poursuivis pour complicité dans une tentative d’arnaque.”


Cybercrime Unit : “Ces mises en scènes sont illégales”
La police est catégorique. “Ces mises en scène sont illégales. Elles constituent une infraction sous le Criminal Code section 330 et la section 4 de la Computer Misuse and Cybercrime Act 2003. Nous avons eu plusieurs plaintes à ce sujet. Les enquêtes sont en cours”, souligne le constable Pravesh Behari de la Cybercrime Unit.
Il précise que les deux lois doivent être couplées pour condamner ceux qui sont trouvés coupables. La section 330 du Criminal Code stipule que quiconque, soit en faisant usage de faux noms ou de fausses qualités, soit en employant des manœuvres frauduleuses, pour persuader l’existence de fausses entreprises, d’un pouvoir ou d’un crédit imaginaire, ou pour faire naître l’espérance, ou la crainte d’un succès, d’un accident ou de tout autre événement chimérique, soit au moyen d’un chèque tiré sur une banque à Maurice à l’ordre d’une personne ou au porteur sans provision suffisante au moment de sa présentation, se sera fait remettre ou délivrer des fonds, des meubles ou des obligations, dispositions, billets, promesses, quittances ou décharges, et aura, par un de ces moyens, escroqué la totalité ou partie de la fortune d’autrui, sera puni de servitude pénale qui n’excédera pas 20 ans et d’une amende qui n’excédera pas Rs 150,000. Quant à la section 4 du Computer Misuse and Cybercrime Act 2003, il stipule que “Any person who causes a computer system to perform any function for the purpose of securing access to any program or data held in any computer system, with intent to commit an offence under any other enactment, shall commit an offence and shall, on conviction be liable to a fine not exceeding 200,000 rupees and to penal servitude for a term not exceeding 20 years”.


Shan Ip du MTC : “Le MTC n’a aucun contrôle là-dessus”
Le Mauritius Turf Club (MTC), l’organisateur des courses hippiques mauriciennes, dit avoir eu vent de ces actes mais qu’il ne peut rien faire pour y remédier. “C’est de l’arnaque pure et simple, mais le MTC n’a aucun contrôle là-dessus”, confie Shan Ip. Il soutient que cela incombe aux autorités concernées de mener leur enquête et de voir comment sévir. “J’invite les victimes à dénoncer ces pratiques aux autorités concernées afin qu’elles puissent mener des enquêtes.”