Policemen wear masks amid concerns of the spread of the COVID-19 Coronavirus on March 24, 2020 at the Pikine fish market in Dakar. - African states have ordered curfews and lockdowns in response to the growing coronavirus epidemic, raising fears of turmoil for low-income workers and cash-strapped governments across the continent. Cases have risen across the African continent over the past week, to a total of 2,225 according to an AFP tally, prompting countries to enact strict counter measures. (Photo by Seyllou / AFP)

Des défenseurs sénégalais des droits humains ont dénoncé mercredi les excès de violence imputés sur les réseaux sociaux aux policiers chargés de faire respecter le couvre-feu entré en vigueur dans la nuit contre le coronavirus.

Des vidéos circulant abondamment sur les réseaux sociaux montrent des policiers en uniforme distribuer dans la nuit des coups de matraque à des passants isolés, frapper un chauffeur de taxi, faire tomber le conducteur d’un scooter ou se lancer, matraque à la main, à la poursuite d’un jeune homme dans la rue.

Les lieux de ces brutalités n’apparaissent pas clairement.

La police n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Le président Macky Sall a déclaré lundi l’état d’urgence, assorti d’une interdiction stricte de circuler de 20H00 à 06H00 du matin pour lutter contre la propagation du coronavirus.

Alioune Tine, fondateur du think-tank Afrikajom Center et ancien directeur régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, estime que les forces de l’ordre peuvent veiller au respect du couvre-feu « dans le respect des droits humains ». « Pas de tortures, de traitements inhumains et dégradants. Pas d’usage excessif de la force », a-t-il tweeté.

Des Dakarois ont souligné sur les réseaux sociaux que rentrer avant 20H00 n’était pas toujours possible, à plus forte raison quand les transports en commun sont limités et que des urgences nécessitent parfois des déplacements nocturnes.

« L’état d’urgence ne doit pas conduire à l’arbitraire. Les violences de cette nuit sont inacceptables, injustifiées et intolérables. Ceux qui violent le couvre-feu doivent être sanctionnés, mais dans le respect de la loi et de la dignité humaine », estime le juriste Mbissane Ngom sur Twitter.

Une ONG, le Forum du Justiciable, juge que « ces comportements assimilables à la torture violent gravement la dignité de ces citoyens », selon un communiqué cité par les médias sénégalais. Elle demande aux autorités de « recadrer » rapidement les policiers fautifs.

Des internautes sénégalais saluent toutefois les méthodes de la police, les justifiant par « l’indiscipline » qui caractérise selon eux nombre de leurs compatriotes.

« Il y a quelques dérapages, c’est vrai. Mais s’il y a des récalcitrants, il faut sévir avec fermeté. L’usage de la force, dans notre contexte sociétal, face à ce Covid-19, est nécessaire », estime le détenteur du compte Twitter « Découvrir le Sénégal ».

Treize nouveaux cas de coronavirus ont été officiellement confirmés mercredi, portant le total à 99 depuis l’apparition du virus dans le pays le 2 mars. Neuf patients ont été déclarés guéris et aucun décès n’est à déplorer.

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