"Je suis encore sous le choc. L'annonce de son décès a été un coup très dur. Je n'arrive toujours pas à y croire", confie Noorani Ameerally, le frère cadet de l'ancien maire de Beau-Bassin/Rose-Hill. Le corps de ce dernier a été retrouvé, mardi 21 juin, dans son magasin dans le 10e arrondissement à Paris.
Son cadavre a été découvert par la brigade criminelle de Paris dans la matinée du jeudi 23 juin, suite à l'alerte donnée par des commerçants du quartier quant à sa disparition soudaine. À Maurice, ses proches dont son frère attendaient, hier encore, les conclusions de l'autopsie et des résultats de l'enquête.
Étant en instance de divorce avec sa femme, il lui arrivait, selon son frère, de passer la nuit dans son magasin. Ce dernier se rappelle avec tristesse de leur dernière conversation téléphonique, qui remonte à lundi dernier: "Nous étions vraiment très proches. Il m'appelait souvent pour s'enquérir de la famille. Je n'arrive vraiment pas à croire ce qui s'est passé. J'attends toujours..."
Originaire de Trèfles, Sadick Ameerally était le sixième enfant de la famille. Trois de ses frères, ainsi qu'une soeur, sont en France et en Angleterre. Les autres sont restés à Maurice.
Sadick Ameerally s'était fait connaître en 1977 en se faisant élire, à 19 ans, comme conseiller municipal. Il avait brigué les suffrages sous la bannière du MMM. Adjoint au maire pendant ce mandat, il était passé dans les rangs du PTr avant d'être élu maire au début des années 1980. Il a ensuite été mêlé à une affaire de falsification de chèques au préjudice de la mairie des villes-sœurs.
Pour échapper à la police, qui devait l'arrêter, Siddick Ameerally s'était enfui en France où il est resté depuis une trentaine d'années. Père de trois enfants, l'ancien maire était sur le point d'obtenir le divorce. Il venait de fêter ses 53 ans le 16 juin. Le corps de Sadick Ameerally, indique son frère, ne sera pas rapatrié à Maurice. Noorani Ameerally doit prendre l'avion au début de la semaine prochaine pour assister aux funérailles.
Siddick Ameerally et la vérité historique
La mort violente de Siddick Ameerally, jeudi dernier, dans son magasin du 10e arrondissement de Paris, est venue rappeler, particulièrement aux résidents de Beau-Bassin/Rose-Hill, un épisode noir dans l'administration des collectivités locales à Maurice. En fait, Siddick Ameerally est passé, depuis décembre 1979, dans les annales des administrations régionales comme le tout premier maire mauricien dont le nom aura été rayé du tableau d'honneur des maires d'une ville qu'il a pourtant bel et bien administré.
Effectivement, le 18 décembre 1979, à la demande du groupement municipal minoritaire MMM, le Conseil municipal des villes-sœurs décida à l'unanimité que son nom soit effacé de ce tableau d'honneur. La raison fut que M. Ameerally avait jeté l'approbre sur le Conseil en essayant, alors qu'il était le premier citoyen de la ville, d'escroquer la mairie d'un demi-million de roupies, ce qui était une somme conséquente à l'époque.
Selon l'information de la Police, il avait agi de concert avec un ami policier, affecté à l'époque aux services de renseignement. Ce dernier s'était présenté avec un faux chèque au guichet de la MCB de Rose-Hill, mais il éveilla in extremis les soupçons du caissier. Le policier fut lourdement condamné en justice, mais, pour des raisons qui sont demeurées mystérieuses jusqu'ici, Ameerally fut lui libéré sous caution et put profiter de sa liberté provisoire pour prendre l'avion à une destination européenne inconnue sans que le moindre objection ne soit logée contre son départ.
Bien que ce fut le MMM qui permit l'entrée en politique du jeune Siddick Ameerally en l'ayant fait élire au Conseil municipal, la fuite d'Ameerally devant la justice fut source de grand embarras, surtout pour l'alliance Parti Travailliste-PMSD-CAM et autres tranfuges mauves qui dirigeaient alors le pays. En fait, sous l'impulsion particulière de Sheila Bappoo très frustrée de s'être vue privée d'un mairat quelque temps auparavant, soit en avril 79, dans le sillage d'une mémorable défaite MMM. Lors d'une élection partielle, plusieurs conseillers mauves s'étaient révoltés contre des dirigeants de leur parti, dont Jean-Claude de l'Estrac, qu'ils accusèrent de les mépriser en tant que petits conseillers et avaient choisi de passer dans le camp de l'alliance rouge-blanc-vert. Ce faisant, les conseillers mauves-renégâts renversèrent l'administration du maire MMM Vijay Venkatassamy et porta dans son fauteuil l'ambitieux Siddick Ameerally. Avec la suite peu glorieuse qu'on connaît. Cet épisode fit dégouter à jamais de la chose politique un certain Gaëtan Raynal dont la contribution à l'ascension d'Ameerally lui-même fut pourtant très importante…
Ainsi, affirmer comme l'ont fait certaines radios depuis hier, que Siddick Ameerally fut un maire MMM au moment où il fut destitué de son poste n'est pas du tout conforme à la vérité historique. Même si le leader du MMM Paul Bérenger n'ait pas cru nécessaire, lors de sa conférence hebdomadaire, hier, de faire la mise au point qui s'imposait…