L’ex-président malgache Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, l’actuel président de la Transition qui l’a renversé en 2009, sont arrivés mardi aux Seychelles, à la veille d’une nouvelle tentative de mettre un terme à la crise qui paralyse Madagascar depuis plus de trois ans.
Le président Ravalomanana a atterri le premier dans la matinée à Mahé, principale île de l’archipel, en provenance d’Afrique du Sud où il vit en exil depuis sa chute en 2009. M. Rajoelina est arrivé à son tour en fin d’après-midi.
Le face-à-face doit avoir lieu à huis clos mercredi à Mahé.
Sommés par leurs voisins de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) de se mettre d’accord, les deux hommes se sont déjà rencontrés aux Seychelles il y a quinze jours, mais ils n’ont pas réussi à aplanir leurs différends. Ce premier face-à-face direct a au contraire exacerbé les tensions.
La principale pierre d’achoppement reste la question du retour au pays de Marc Ravalomanana, et donc la possibilité pour lui de se présenter à l’élection présidentielle.
« Le problème, c’est qu’il y en a qui n’arrivent pas à transcender leurs égos, et je parle de l’ancien président Marc Ravalomanana, qui croit que la fin de la crise ira de pair avec son retour. Il ne faut pas que tout se résume au différend entre deux politiciens », analyse Richard Victor Tsiebo Mahaleo, membre du Congrès de la Transition (Parlement provisoire) et du parti TGV proche de M. Rajoelina.
Aucun responsable n’était disponible pour un commentaire mardi dans le camp adverse.
Après avoir perdu le pouvoir, M. Ravalomanana a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, pour la mort d’une trentaine de manifestants abattus devant le palais présidentiel en 2009. Il garde toujours l’espoir de rentrer libre à Madagascar pour la présidentielle prévue en mai 2013.
Mais il en a été empêché à deux reprises par les autorités. Et son épouse Lalao a encore été expulsée le 27 juillet alors qu’elle tentait un retour à Antananarivo.
« M. Ravalomanana n’est pas au dessus des lois, qu’il soit ancien président ou non. S’il revient il devra être arrêté », insiste M. Tsiebo Mahaleo.
Depuis l’archipel des Seychelles où il est arrivé mardi matin, l’ex-chef de l’Etat s’est insurgé mardi dans un communiqué très dur contre sa condamnation, prononcée selon lui par un « tribunal fantoche ».
« Le régime (en place à Antatanarivo) essaie désespérément de m’empêcher de rentrer pour me présenter à l’élection. Le seul moyen qu’ils ont pour essayer d’empêcher mon retour est de prétendre que je suis coupable d’un crime alors que je ne le suis pas », a-t-il insisté.
Andry Rajoelina a lui aussi durci le ton mardi, avant de s’envoler pour les Seychelles.
Selon lui, M. Ravalomanana « a déjà fait l’objet d’une condamnation donc il n’a plus les pleins droits de se présenter à l’élection présidentielle ».
Et de citer un article de la « feuille de route » devant conduire à une sortie de crise –signée en septembre par la quasi-totalité des formations politiques malgaches–, qui précise que le retour des exilés ne les dispense pas d’éventuelles poursuites judiciaires.
La question de son retour et de la validité de sa condamnation paralyse le processus de réconciliation et prend en otage le reste de la classe politique.
« Un accord entre les deux n’apportera pas la solution au problème global. Il y a déjà eu des rencontres, elles n’ont abouti à rien (…) Un accord entre les deux ne sera qu’une étape, Il faudra organiser par la suite une réunion élargie », estime Jean Marcel Miandrisoa, le chef de délégation de la mouvance d’opposition de l’ancien président Albert Zafy.
Il milite pour une réunion des quatre principales mouvances politiques, une position soutenue par la mouvance de l’ex-président Didier Ratsiraka.
MM. Rajoelina et Ravalomanana doivent trouver un accord avant le prochain sommet de la SADC, les 17 et 18 août à Maputo, faute de quoi celui qui sera jugé responsable du blocage sera exclu du processus de réconciliation par l’organisation régionale.