CULTURE D’HUÎTRES PERLIÈRES : La quête de la perle rare

En 2007, le Mauritius Oceanography Institute (MOI) a lancé, dans le sud-est de l’île, un projet pilote de production de perles. Le MOI a implanté trois fermes où sont cultivées des huîtres perlières. Scope a suivi l’équipe de techniciens lors d’une de leur sortie hebdomadaire pour l’entretien des fermes.
Comme chaque lundi depuis 2008, les scientifiques du MOI sortent en mer pour l’entretien des trois fermes d’huîtres perlières situées dans le sud-est de l’île. Ils prennent la mer à bord d’une pirogue au point d’embarcation de Quatre Sœurs. Direction Pointe aux Feuilles, où une des fermes se situe, non loin de la culture de poisons de la ferme Marine de Mahébourg. “Dans la région de Pointe aux Feuilles et ses alentours, il n’y a pas beaucoup de rivières qui pourraient apporter des nutriments et les lagons ne sont pas trop fréquentés. La salinité de l’eau ne varie pas beaucoup et la température est bonne. Les conditions sont optimales pour le projet”, souligne Sadasing Oochitsing, Associate Research Scientist. Ce projet pilote de culture d’huîtres perlières vise à donner la possibilité aux pêcheurs de réaliser des petits projets en parallèle.

Espèces.
En vingt minutes, l’embarcation est déjà sur place. Pas de temps à perdre car la météo est capricieuse. Déjà vêtus de leurs combinaisons de plongée, les scientifiques se jettent à l’eau. À environ sept mètres de profondeur, les voilà juste au-dessus de la “table”, qui sert de support aux cages dans lesquelles les huîtres sont placées. Nous avons ici affaire au Prestle Type Culture System, une des nombreuses façons d’élever les huîtres perlières.
Cette ferme se compose de huit cages comportant environ deux cents huîtres. Deux espèces sont concernées, la Pinctada maculata et la Pinctada margaritifera, aussi appelée Black Lip Pearl Oyster. Cette dernière est plus prisée : sa taille lui permet de produire des perles plus grosses.
Au fur et à mesure que les huîtres grandissent, leur nombre dans une cage doit être limité. “Plus elles sont nombreuses dans une cage, plus elles auront tendance à se mettre les unes sur les autres, ce qui modifie leur forme. Avec pour résultat que les perles ne seront pas de bonne qualité”, confie Sadasing Oochitsing.

Entretien.
Une fois n’est pas coutume, les cages sont ramenées à bord de la pirogue pour procéder à l’entretien. “On essaye autant que possible de nettoyer les cages sous l’eau pour ne pas déranger les huîtres et les stresser. Comme dans toute culture, le stress peut avoir un effet désastreux sur la qualité du produit”, précise Sadasing Oochitsing.
L’entretien consiste à enlever les algues, les éponges et aussi les vers qui attaquent les huîtres. “Les vers sont un gros problème car ils se faufilent dans l’huître et finissent par la manger. Nous faisons en sorte de les enlever avant qu’ils n’aient pu atteindre leur but”, souligne le scientifique. L’huître n’a pas besoin d’être nourrie. En effet, elle se nourrit seule en filtrant l’eau pour ingérer des nutriments qui s’y trouvent.

Greffe.
Les huîtres présentes dans cette ferme ont environ deux ans. Dans six mois, elles seront prêtes à être greffées pour la production de perles. “La greffe consiste à placer une bille dans le système reproductif de l’animal. Cette bille provient d’un coquillage d’eau douce. Aussitôt la greffe effectuée, l’huître se sent irritée et forme une matière autour de la bille pour essayer de la rejeter. C’est ainsi que la perle est créée.”
Selon les officiers du MOI, une deuxième greffe est possible sur chaque huître. Dépendant de la qualité et du poids, une perle noire peut valoir de Rs 3,600 à plus de Rs 300,000. Qui plus est, la nacre de l’animal peut également être utilisée pour la création de pendentifs alors que sa chair peut être dégustée ou être utilisée dans l’industrie pharmaceutique. “Le taux de réussite est de 10% uniquement, mais c’est profitable. En général, il est plus souhaitable de favoriser un processus de cinq ans. Cependant, la culture peut être faite en continu, de sorte à avoir des récoltes à intervalles réguliers, tous les trois mois par exemple.”

Collecte.
À l’heure actuelle, le MOI se fournit en huîtres à travers la collecte de juvéniles. Pour ce faire, les techniciens ont placé des collectors dans les endroits susceptibles d’abriter ces espèces d’huîtres. “Dès qu’elles prennent naissance, les petites huîtres tentent de trouver une structure à laquelle s’accrocher. Elles viennent donc s’agripper à nos collectors. Quand elles sont âgées d’environ trois mois, nous les ramassons et les plaçons dans les fermes pour qu’elles grandissent. Elles y seront à l’abri des prédateurs comme les poissons-perroquets”, souligne Sadasing Oochitsing.