DALEY THOMPSON, EX-CHAMPION DU MONDE ET OLYMPIQUE DE DÉCATHLON : « La médaille d'or était plus importante que de porter le drapeau »

Daley Thompson, ancien champion de décathlon, était à Maurice dans le cadre d'un stage de fitness et de motivation avec une vingtaine de ses compatriotes, des Anglais bien évidemment. Considéré comme l'un des plus grands décathloniens de tous les temps, il a à 59 ans un physique bien conservé et s'est converti en coach de fitness et gourou de la motivation. Week-End a profité de sa visite pour le rencontrer à l'hôtel Le Résidence à Belle-Mare. L'anglais s'est livré à cœur ouvert sur son métier à travers lequel il a connu la gloire et les critiques.

Est-ce votre première visite à Maurice ?
Je suis venu à Maurice plusieurs fois. Mais c'est la première fois que je viens au Residence Hotel avec mes clients pour travailler. Maurice est un endroit superbe pour les vacances. Le cadre est magnifique et les gens par ici sont très amicaux.
 
Qu'elles sont les raisons derrière ce séjour ?
Je suis venu ici d'Angleterre avec 20 personnes dans le cadre de mon travail. Je suis coach de fitness et je motive les gens à se surpasser et à faire toujours plus qu'ils en ont fait avant. Par exemple, s'ils arrivent à faire deux pompes aujourd'hui, demain, ils vont devoir en faire cinq. Au menu des sessions quotidiennes, du fitness, un peu de yoga, des activités pour une bonne santé et des bons moments.
 
En quoi votre travail est-il important ?
Les gens de nos jours sont moins motivés dans la vie. La plupart ont trop travaillé et sacrifié pour subvenir aux besoins de leur famille. Ils deviennent au fil des années moins ambitieux. Lorsque les entreprises me contactent ou les personnes individuellement, j'essaie de les faire comprendre l'importance d'un challenge dans la vie. Ce n'est pas parce qu'ils vieillissent qu'ils doivent arrêter de faire des choses
 
Instructeur de fitness et guru de motivation, est-ce donc le job dont vous rêviez ?
Pas vraiment. Pour être honnête, le rêve serait de conduire mes enfants à l'école, d'aller les récupérer et passer beaucoup de temps avec eux. C'est ce que j'aurais aimé faire tous les jours. Mais hélas, j'ai une gym à gérer et j'y vais six fois par semaine.
 
Pourquoi n'aviez-vous pas choisi de devenir entraîneur du décathlon ?
Parce qu'il n'y a pas d'argent à ce faire. En Angleterre, j'ai des factures à payer, des enfants à envoyer à l'école et à l'université. La vie est assez chère et je dois travailler pour remplir le frigo à la maison.
 
Êtes-vous toujours en contact avec l'athlétisme ?
Pas trop. Je suis trop occupé avec mes deux boulots.
 
Vous étiez un sprinteur quand vous avez commencé votre carrière en 1975. Comment êtes-vous passé du sprint au décathlon ?
J'étais très chanceux. Un des quatre décathloniens de notre club souffrait de la varicelle et ne pouvait pas participer à une compétition. Le coach est alors venu me demander si je pouvais le remplacer. J'ai accepté et j'ai eu trois semaines pour m'entraîner. C'était la première fois que je faisais du saut à la perche ou encore le 110m haies. Au final, j'ai bien aimé ma performance et le challenge. Et c'est là que j'ai décidé qu'au lieu de devenir sprinteur, je deviendrai décathlonien.
 
Deux médailles d'or olympique, trois des Jeux du Commonwealth (or), deux titres de champion d'Europe et un sacre mondial… Pensez-vous que vous auriez pu avoir plus de réussite ?
Oui probablement. J'aurais pu remporter plus de titres si les blessures n'avaient pas plombé ma fin de carrière. Je ne courrai pas sous ma meilleure forme lorsque je devenais vieux. Mais c'est comme ça, c'est la vie. C'était un autre challenge.
 
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?   
Tous mes titres remportés. Le fait le plus dur dans le monde du sport, c'est de réussir une longue carrière. Il y avait une période où, en dix ans, j'étais imbattable.
 
 Aux Jeux du Commonwealth en 1982 à Brisbane, Australie, vous avez subi des critiques pour avoir refusé de porter le drapeau de la Grande-Bretagne. Pourquoi ?
Seulement parce que quand vous êtes le porte-drapeau, vous devez le porter avec vous et marcher avec pendant presque cinq heures. Je n'étais pas prêt à faire ça, parce que j'avais une compétition à remporter. Pour moi, remporter la médaille d'or était plus important que de porter le drapeau.
Et votre quatrième place aux Jeux olympiques de Séoul en 1988, est-ce là votre pire moment ?
Non, je pense que c'était malheureux pour moi à cette époque là. Mais maintenant quand j'y resonge, je le prends positivement. On ne peut pas réussir tout le temps. À chaque fois que vous participez à une compétition, vous espérez donner le meilleur de vous-même. Je n'ai aucun regret. Quatrième est mieux que cinquième (rires).
 
Après les JO de Séoul, vous avez mis un terme à votre carrière à cause des blessures. Pensez-vous que c'était le bon moment de raccrocher ?
Non (haussant le ton). Ce n'était pas le bon timing parce que j'avais acquis de l'expérience dans la discipline, malgré le fait que je me faisais vieux. Les choses étaient devenues plus faciles, il y a des automatismes qui se sont mis en place au fil du temps. Mais maintenant, ça fait partie du passé. Et le futur se trouve devant moi.
 
Frank Dick, votre entraîneur à l'époque, vous a dit une fois que vous étiez « the most competitve sporting animal » qu'il a côtoyé. Quelle est votre réaction aujourd'hui face à ce commentaire ?
C'est vrai, j'étais très compétitif. Mais plus maintenant. Je prends plus de plaisir. Mon challenge, c'est d'encourager mes gars à se surpasser.
 
L'Américain Ashton Eaton est l'actuel détenteur du record du monde (9 045 points). Vous-même ancien recordman du décathlon, croyez-vous que ce record peut être battu ?
 Oui tout à fait. Je pense qu'il y a un potentiel parmi les athlètes qui émergent. Ils ont le potentiel d'aller encore plus loin dans les performances. S'ils commencent à 17 ou 18 ans, à 25 ans, s'ils sont en bonne condition, ont une bonne motivation, un coach dévoué et des encouragements, ils peuvent le faire. Mais il y en a d'autres qui, malheureusement, préfèrent tricher.

A ce sujet, quel regard jetez-vous sur le dopage ?
Je crois que l'International Association of Athletics Federations (IAAF) a été négligente il y a 30 ans. Mais aujourd'hui, je trouve que les gens qui sont à sa tête essaient désormais de faire une différence et d'apporter un changement.
 
À cause des récents scandales de dopage et de corruption, la Fédération européenne d'athlétisme et la Fédération britannique d'athlétisme proposent d'effacer les records du monde et d'Europe. Partagez-vous cet avis ?
Personnellement, je ne vois pas quel changement cela apportera. Je pense que nous devons plus nous préoccupé des gens qui trichent à présent, que des athlètes qui se sont dopés il y a 15 ans. J'aurais préféré qu'ils consacrent leur énergie et dépensent leur argent pour s'assurer que les athlètes qui concurrent de nos jours soient intègres.  
 
Selon vous, Sebastian Coe, président de l'IAAF, est-il l'homme de la situation ?
Je l'espère. En tout cas, il a un gros travail à faire et je pense qu'il a déjà franchi une étape avec la Russie. Je trouve qu'il essaie d'amener un changement contrairement aux autres qui étaient là avant lui.
 
Vous dites souvent que vous êtes un homme chanceux. Est-ce toujours le cas ?
Absolument (un large sourie). Je n'arrête pas de faire la connaissance de gens bien où je vais. Je suis béni et c'est ma plus grande force.

Bio
Daley Thompson a été champion du monde de décathlon en 1983, champion d'Europe en 1982 et 1986, et triple vainqueur des Jeux du Commonwealth. Il compte également deux médailles d'or aux Jeux olympiques, soit en 1980 et 1984. Père de cinq enfants, il poursuit sa carrière comme coach fitness.