DAMIEN ELISA : L’album qui dit “Allright”

Le nouvel opus de Damien Elisa sort dans quelques jours. Enfin ! L’attente a été longue autour de cet album, annoncé par le 4-titres de 2011, et par lequel l’OVNI de la scène musicale locale va au bout de sa logique. Un peu de funk, de jazz, de séga, de rock, de blues; une grande dose de génie et beaucoup de folie… De quoi prendre un style Serye et crier Allright.
Non, ce n’est pas une faute lexicale. Damien Elisa a préféré garder deux “l” à Alright, espérant que se déploieront grandes les ailes de cet optimisme qu’il veut voir planer dans son ciel depuis longtemps. “Allright avec deux “l” pour mieux dire : tou korek, serye; très bien en français”, raconte celui qui chantait “Serye serye serye mari serye” sur Alala, ce beau swing créole du 4-titres Caroline, que nous vous avions fait découvrir en décembre 2011.
Étrange amalgame de funk, de jazz, de musique ethnique, Allright, est le deuxième morceau de l’album que dévoilera Damien Elisa dans quelques jours. “C’est pour souhaiter que tout aille très bien, pour les autres. Pour moi aussi.” Ce n’est pas qu’une impression, mais effectivement tout va mal dans ce qui aurait dû être le meilleur des mondes. Damien Elisa sort du gouffre en s’agrippant à sa créativité, en chantant : “Lamizik pe deroule mo finn allright, tou dimounn pe reazir, lespri allright.”

N Mots pour un P’Tit Zik.
Allright sera officiellement présenté lors d’une conférence de presse à l’IFM, le 24 juin, à partir de 10h. Le premier concert promo sera donné gratuitement par Damien Elisa et ses musiciens, le samedi 28 juin à l’Amnezia d’Ebène, à partir de 21h. Tout n’est peut-être pas réglé comme du papier à musique. Las d’attendre les bonnes conditions, l’artiste s’est décidé d’aller de l’avant pour le meilleur. Et tant pis pour le pire…
N Mots en 2004, Deux minutes en 2006, P’Tit Zik en 2009, et Caroline en 2011, Allright est le nouveau chapitre de cette histoire aux allures de science-fiction que nous raconte Damien Elisa depuis qu’il s’est inventé son style. L’on demeure toujours dans l’indéfinissable face à cette mosaïque de genres et de sons où les formes s’improvisent comme à travers un kaléidoscope pointé vers le soleil.
L’effet de surprise passé, Damien Elisa a peaufiné son style, “parski mo espere tous tou kalite dimounn”. L’album est définitivement une suite composée à partir d’expériences passées : “A sak fwa mo fer enn zafer, mo sorti dan enn kontex, mo al dan enn lot. Mo pran enn ti pe isi, mo amenn laba.” En même temps, il laisse entendre l’évolution qui s’est effectuée chez ce créateur : “Pour moi, c’est définitivement un des albums les plus aboutis.”

Huit mois, deux jours et des tonnes.
De janvier à août 2012 : “Cela m’a pris huit mois et deux jours de travail.” Deux jours de plus pour combler les vides laissés lorsque des lourdeurs administratives l’ont contraint à abandonner l’idée de reprendre un titre de Jean-Claude Gaspard et un autre de Menwar. Mais Damien Elisa avait plus d’un tour dans son sac et autant de créations musicales en réserve. “J’ai alors repris deux de mes vieilles compositions, que l’on ne connaît pas.” Huit titres à découvrir : Gris Gris, Allright, Si la Sol, Pensé ki bizin faire, Liberté, Port-Louis, Couma deux boulle Gaumont vert et La lumière, la sagesse, l’amitié, l’amour. Et en bonus, Caroline, A Si, Alala et A song of Love, présents sur son 4-titres.
“Sa fwa la, mo finn fer enn zoli ti melanz.” Ceux qui ont goûté à la cuisine du chef d’orchestre savent que lorsqu’il se met aux fourneaux, Damien Elisa a le secret pour lier le sucré au salé et aux autres ingrédients musicaux nécessaires à une savoureuse mélodie, piquante à souhait. Jazz, funk, blues et séga, réunis pour un tempo parfois lent, parfois accéléré. Compositeur, interprète, arrangeur, le multi-instrumentiste garde l’entier contrôle de son œuvre, de son univers musical. Richard Hein signe une fois de plus le mixage, et Damien Elisa reçoit trois invités : Caroline D’Unienville, qui pose sa voix sur trois morceaux, Léo Elisa, qui contribue à l’ambiance de Pensé ki bizin faire, et le guitariste Yannick Mamerou, qui l’accompagne sur trois morceaux.

Patauger.
Une fois Allright lancé, cela voudra peut-être dire que la boucle aura été bouclée pour Damien Elisa. Cela fait longtemps qu’il y réfléchit. Les nombreuses contraintes qui ont bloqué la sortie de son album semblent l’avoir convaincu que l’herbe doit être plus verte ailleurs. Il a fallu que l’obstiné soit encore plus borné que d’habitude pour que ce projet prenne enfin forme. Endetté, débordé, dépassé par plusieurs événements, l’artiste chante Allright, mais en sort aigri. L’absence d’un encadrement professionnel et les lacunes de ce système qui sabote constamment la création artistique ont failli avoir raison de lui. “La musique souffre d’un blocage venant du plus haut niveau. Y a-t-il jamais eu une politique musicale à Maurice, comme c’est le cas ailleurs ? Il y a trop de menteurs, trop de personnes qui ne respectent pas leur engagement dans ce domaine. Et tout cela nous empêche d’avancer. Ici, tout est rendu compliqué. Nous pataugeons dans de la merde.”
Alors, pourquoi avoir persisté ? Cet album, Damien Elisa se devait de le faire. Lauréat du prix Visa pour la création de la musique de l’Institut Français, le dernier pianiste de Kaya, qui a grandi chez Cassiya, voulait aller au bout de ce qu’il avait commencé. Coûte que coûte : “Bizin oze ek fode pa bes lebra. J’ai voulu oser persister. Ici, les gens n’osent pas assez. Ils s’asseyent et regardent. Quand quelqu’un ose, ils finissent par suivre.”