DANA CHENGAN, président du MACOSS : « La refonte totale du cadre légal, une priorité »

Le président du Mauritius Council of Social Services (MACOSS), Dana Chengan a, dans un entretien accordé au Mauricien, dans le cadre des consultations prébudgétaires avec le ministre des Finances, affirmé que « la refonte totale du cadre légal régissant le secteur des organisations non-gouvernementales est une priorité ». Il insiste que « les lois et règlements en vigueur sont complètement dépassés ».

Vous avez eu une première consultation avec Pravind Jugnauth qui vous a écouté en sa double capacité de Premier ministre et ministre des Finances. Comment s’est passée la rencontre ?
Le Premier ministre a été à l’écoute de tous ceux qui ont pris la parole à cette rencontre. Il ne s’est pas trop prononcé mais il a laissé entendre qu’il prendrait en considération ce qui a été dit. Ceux qui ne se sont pas exprimés pour l’occasion ont été invités à soumettre leurs propositions en écrit.

Vous êtes donc satisfaits…
Oui, dans le sens où on n’a pas été bousculés parce que dans le passé cela se terminait souvent sur la force. On mettait de la pression sur les représentants des Ong pour être brefs dans ce qu’ils avaient à dire. On imposait par exemple deux minutes à chacun pour prendre la parole. Par contre, cette fois-ci, tous ceux qui voulaient parler ont levé la main et ils ont eu la chance de s’exprimer. Il est vrai cependant que les gens se sont exprimés selon les thématiques. Par exemple tous ceux qui s’occupent des handicapés ou de la famille n’ont pas parlé. Ils ont été regroupés pour parler des problèmes qu’ils rencontrent et de leurs propositions. Toutefois, il y a eu une restriction sur le nombre d’Ong invitées aux consultations.

Vous voulez dire que toutes les Ong n’ont pas été invitées ?
Tout à fait. Moi, j’y étais en tant que président du MACOSS. Je n’ai eu aucune requête pour lancer les invitations à nos membres. Cela s’est passé au niveau du gouvernement mais je ne sais pas ce qui a motivé le choix. Par conséquent, il y a certaines organisations qui ne sont pas contentes de ne pas avoir été invitées et elles ne comprennent pas comment le choix a été fait.
Le plus important toutefois, c’est que le travail soit fait et que les propositions peuvent être envoyées par écrit.

Avez-vous une date limite pour le faire ?
Non mais au niveau du MACOSS, on s’est fixé la fin de la semaine pour le faire.

Quels sont les points saillants évoqués lors de cette rencontre ?-
Déjà, on a parlé de la gestion même du MACOSS, l’encadrement, la formation et le soutien technique dont l’organisation a besoin pour monter des projets. Ensuite, il y a notre administration.
La structure administrative des Ong a été évoquée parce que certaines n’en ont pas une bonne. Au niveau du MACOSS, on a aussi fait un plaidoyer concernant les besoins des Ong qui bénéficient d’une subvention administrative du NGO Trust Fund, du ministère de la Sécurité sociale, de la Solidarité nationale, du Bien-être des personnes âgées et des Institutions réformatrices.

Quelles sont les autres propositions que vous avez faites au ministre des Finances dans le cadre de ces consultations ?
Il y a une proposition que de nombreuses Ong ont faite et que nous avons reprise, c’est l’encadrement légal des Ong. La loi et les règlements régissant les Ong datent de si longtemps. Ils n’ont jamais été révisés. Il y a des clauses par exemple qui vous disent qu’une organisation ne peut pas faire un paiement en liquide de plus de Rs 100. Il faut absolument tirer un chèque. À l’époque, cela avait peut-être son importance mais plus aujourd’hui. Il y a aussi d’autres organisations de services par exemple comme la St-John Ambulance ou la Croix Rouge. Aujourd’hui ce qu’elles font a évolué et en même temps, il y a eu la formation de nouvelles organisations non gouvernementales sur le plan médical qui interviennent sur des problèmes spécifiques comme l’hémophilie, le lupus, l’autisme ou l’épilepsie. Il y a aussi différents types de handicaps. On a besoin d’une loi-cadre pour couvrir toutes ces activités et il est important de catégoriser les Ong selon les secteurs. Demain, si on veut faire une étude dans le secteur de la santé par exemple, ce sera difficile par contre en les catégorisant et avec une loi-cadre, il serait plus facile de le faire.

Il y a aussi souvent la légitimité de certaines Ong qui est mise en cause ?
Oui, il y a des Ong qui travaillent sur plusieurs thématiques en même temps. Je ne dis pas qu’elles ne doivent pas le faire mais il faut paramétrer les activités et renforcer les capacités. Il y a aussi des Ong qui poussent comme des champignons, qui prétendent être opérées à des buts non lucratifs. Or, elles sont très orientées vers les affaires. Vous savez, il est facile de créer une organisation avec six personnes et de mettre sur papier ses objectifs et sa vision pour se faire enregistrer. Ensuite, il n’y a aucune visite, ni aucun contrôle. Elles sont là pour profiter des facilités offertes aux Ong ou pour avoir l’occasion de se faire valoir et de pouvoir fréquenter des personnalités. C’est un gros problème.
Pour revenir à l’encadrement légal, il faut aussi bien définir la taille d’une organisation parce qu’il y a certaines qui sont grandes et d’autres petites. On a fait une étude sur le renforcement du secteur des Ong, on a investi gros dedans mais malheureusement, le rapport est resté dans un tiroir. Il faut le mettre à jour parce qu’il est dépassé aujourd’hui.

Combien d’Ong compte-t-on sur le territoire ?
On parle de 8 000 à 9 000. Parmi, il y a les associations de jeunes, de femmes, les Parent Teachers Associations (PTA). On met tout dans le même panier, d’où l’importance de la catégorisation. On aura ainsi une base de données et on pourra évoluer vers un « knowledge centre ». On saura exactement qui fait quoi et ce sera ainsi plus facile de canaliser ceux qui ont besoin de tel ou tel service. Cela évitera le gaspillage et une duplication d’activités. De plus, aujourd’hui avec le numérique, les informations sont facilement accessibles. Sinon, on perd beaucoup de temps à chercher le groupe concerné pour un problème spécifique. On aura aussi besoin d’une base de données concernant les bailleurs de fonds, par exemple.
Beaucoup d’Ong ont aussi besoin d’un véhicule. On a aussi demandé que les Ong bénéficient des facilités de WIFI. Il faudrait qu’on fasse une étude sur les handicapés à Maurice et voir comment les intégrer dans la société. Il faut un développement inclusif de la société mauricienne.
En ce qui concerne le personnel des Ong, il n’est régi par aucune loi. Il faudrait un Renumeration Order (RO) à son intention. Il n’est pas bien payé et c’est peu valorisant. Il faut revoir tout cela. Certaines instances devraient bénéficier d’équipements spécialisés pour mieux opérer comme l’accès au braille. On a aussi besoin d’une Cour de Justice juvénile. Il y a pas mal d’enfants qui sont en conflit avec la loi et on ne peut pas les passer devant le tribunal normal.

Qu’en est-il du fonds CSR ?
Avant, il y avait un problème pour accéder au fonds. Il fallait suivre certains critères qui permettaient aussi aux compagnies d’utiliser leurs propres fonds dans le domaine social. Cela bloquait ainsi l’accès à cet argent pour bon nombre d’organisations non-gouvernementales. 60 % des Ong ne pouvaient pas bénéficier de ce fonds. Les procédures étaient aussi très compliquées. Il leur était difficile de monter un projet parce qu’il ne faut pas oublier que souvent des Ong se forment à partir d’un petit groupe de parents dont un proche souffre d’un problème quelconque. Ces gens-là sont de la base et ils ne savent pas écrire un projet. Par conséquent, ils n’ont pas accès au fonds. Quand ils arrivent à le faire, il faut ensuite passer une entrevue… On perdait beaucoup de temps.
Auparavant, il y avait six secteurs prioritaires. Maintenant, le fonds s’est ouvert à quatre additionnels donc on a dix secteurs qui pourront en bénéficier. Une nouvelle structure a été mise en place. On a nommé un président et un conseil d’administration. La semaine dernière il y a eu un appel à projet. On va commencer à financer.

Il y a de l’espoir alors ?
Certainement. On attend.